Bangladesh : poursuite du transfert controversé de rohingyas vers une île
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Bangladesh : poursuite du transfert controversé de rohingyas vers une île

Ces déplacements controversés de 10 000 personnes, dénoncés par de nombreuses ONG et organisations internationales, font l'objet d'une vive opposition de la communauté rohingya

Sur cette photo du 29 juin 2018, des réfugiés rohingyas se rassemblent près d'une clôture lors d'une tournée médiatique organisée par le gouvernement, dans le no man’s land entre le Myanmar et le Bangladesh, près du village de Taungpyolatyar, Maung Daw, dans le nord de l'État de Rakhine, au Myanmar. (Photo AP / Min Kyi Thein)
Sur cette photo du 29 juin 2018, des réfugiés rohingyas se rassemblent près d'une clôture lors d'une tournée médiatique organisée par le gouvernement, dans le no man’s land entre le Myanmar et le Bangladesh, près du village de Taungpyolatyar, Maung Daw, dans le nord de l'État de Rakhine, au Myanmar. (Photo AP / Min Kyi Thein)

Le Bangladesh a commencé lundi à transférer un deuxième groupe de réfugiés rohingyas vers une île isolée du golfe de Bengale, et ce en dépit de l’opposition d’organisations de défense des droits de l’Homme.

Plus de 1 600 membres de cette minorité musulmane qui avaient fui la Birmanie voisine où ils étaient persécutés ont déjà été emmenés début décembre sur l’île de Bhashan Char.

Et le ministre bangladais des Affaires étrangères A.K. Abdul Momen a indiqué lundi qu’un peu moins d’un millier d’autres figuraient dans le deuxième groupe.

Des autocars les ont récupérés dans les camps de réfugiés de Cox’s Bazar, où vivent près d’un million de personnes, pour les emmener au port Chittagong, d’où ils partiront pour cette île coupée du monde et vulnérable aux cyclones et aux inondations

« Ils y vont de façon volontaire. Ils ont très hâte d’y aller parce que leurs proches qui se trouvent déjà à Bhashan Char leur ont dit que c’était un endroit excellent », a déclaré à l’AFP M. Momen.

Il a ajouté que l’île était « 100 fois mieux » que les camps et que les réfugiés demandaient à y aller.

« Bhashan Char est un très beau site. C’est un beau complexe. Ceux qui y vont l’adorent », a encore affirmé le ministre.

Deux réfugiés rohingyas figurant dans ce groupe ont affirmé à l’AFP qu’ils s’y rendaient volontairement.

Nur Kamal, un rohingya vivant dans le camp gigantesque de Kutupalang, a expliqué qu’il rejoignait sur l’île des proches s’y trouvant déjà : « A quoi bon rester sans eux (dans les camps) ? »

Serajul Islam, qui s’y rend avec cinq membres de sa famille, a aussi dit que personne ne l’obligeait à le faire.

« Vu la façon dont la communauté internationale gère notre dossier, il n’y a aucun avenir dans les camps », a-t-il dit à l’AFP.

« Mieux vaut y aller passer le reste de ma vie, pour habiter dans des logements meilleurs. Au moins je n’aurai pas à m’inquiéter des inondations pendant la saison des pluies ou de la chaleur insupportable l’été. »

Des jeunes réfugiés rohingyas célèbrent l’Aïd el-Adha, dans un camp de réfugiés au Bangladesh, le 21 août 2018. (Crédit : AFP / Dibyangshu SARKAR)

Environ 750 000 réfugiés musulmans rohingyas, minorité persécutée dans une Birmanie à majorité bouddhiste, ont fui en 2017 une épuration ethnique menée dans l’ouest de ce pays par l’armée et des milices bouddhistes, qualifiée de génocide par l’ONU.

Après le premier transfert le 4 décembre, certains rohingyas avaient affirmé à l’AFP avoir été contraints d’accepter d’aller sur l’île.

Dacca veut de longue date déplacer 100 000 réfugiés rohingyas. Ce projet controversé, dénoncé par de nombreuses ONG et organisations internationales, fait l’objet d’une vive opposition de la communauté rohingya.

L’ONU dit ne pas avoir été associé à ce processus.

« Les déclarations provenant de réfugiés selon lesquelles de l’argent était proposé aux familles rohingyas pour qu’elles acceptent d’aller sur Bhashan Char, ou sur des actes d’intimidation posent des questions sur le processus de déplacement », a déclaré Saad Hammadi, de l’organisation Amnesty International.

M. Momen a de son côté dénoncé des affabulations des détracteurs de ce projet.

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