Bar Noar : 10 ans après, les parents des victimes attendent encore des réponses
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Bar Noar : 10 ans après, les parents des victimes attendent encore des réponses

Le tireur à l'origine de l'attaque du centre LGBT de Tel Aviv est encore en fuite malgré la plus importante enquête de police de toute l'histoire d'Israël

Hommage aux victimes du bar Noar après une fusillade qui avait fait deux morts et 11 blessés dans ce bar gay de Tel Aviv, le 1er août 2009. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)
Hommage aux victimes du bar Noar après une fusillade qui avait fait deux morts et 11 blessés dans ce bar gay de Tel Aviv, le 1er août 2009. (Crédit : Gili Yaari/Flash90)

Une décennie après la pire attaque commise à l’encontre de la communauté LGBT israélienne de toute l’histoire du pays, les parents des deux jeunes victimes décédées ce jour-là n’acceptent toujours pas que l’auteur de la fusillade soit encore en fuite.

« Je n’ai aucun contrôle sur le fait que l’assassin n’a jamais été attrapé. C’est juste un fait. Que puis-je y faire ? », s’interroge Ayala Katz, 58 ans, mère de Nir Katz, mort à l’âge de 26 ans au centre Bar Noar pour les jeunes LGBT à Tel Aviv, le 1er août 2009.

Il avait été pris pour cible par un homme armé masqué, vêtu de noir, qui était entré sur le site, avant d’ouvrir le feu et de prendre la fuite.

La seconde victime mortellement touchée, ce jour-là, avait été Liz Trobishi, une adolescente âgée de seulement 16 ans. Dix ans après, le père de la jeune fille, Eli, blâme encore la police.

« Quand on me demande ce que je pense du fait que le meurtrier soit encore en liberté, je raconte toujours l’histoire du vélo qui appartenait à Asaf Hefetz, l’ancien commissaire de police », a dit Trobishi au site d’information Maariv, qui a interviewé les parents endeuillés à l’occasion du dixième anniversaire de la fusillade.

Liz Trobishi, assassinée à l’âge de 16 ans au centre LGBT Bar Noar à Tel Aviv le 1er août 2019 (Capture d’écran : YouTube)

« Quand Hefetz était commissaire, il était allé quelque part dans le sud à vélo et la bicyclette avait été volée, mais retrouvée dans l’heure. Voilà votre réponse. S’ils en avaient fait davantage, je pense qu’ils auraient arrêté le meurtrier », a-t-il ajouté.

La fusillade avait fait onze blessés. Deux d’entre eux sont restés handicapés à vie.

Suite à l’attaque, la police de Tel Aviv avait lancé l’enquête la plus importante et la plus coûteuse de toute l’histoire de l’Etat juif, interrogeant plus de 1000 personnes. Malgré ces efforts, toutefois, l’identité du meurtrier et son mobile restent inconnus.

« La police israélienne fait de son mieux. Se mettre en colère est une perte d’énergie », clame Katz. « J’avais dans le passé un enseignant plein de sagesse qui m’avait dit que la colère n’était pas une émotion mais une couverture pour d’autres sentiments qui sont plus difficiles à gérer. La colère, ça ne vaut rien. Comment la colère pourrait-elle me venir en aide ? Est-ce qu’elle va changer la réalité, d’une manière ou d’une autre ? », poursuit-elle.

Une veillée à la mémoire de Liz Trobishi et Nir Katz (photos), assassinés lors de la fusillade survenue au centre LGBT Bar Noar de Tel Aviv, le 1er août 2009 (Capture d’écran : Deuxième chaîne)

La mort de Nir était survenue 19 ans après la mort de son père, Rami, lors d’un entraînement militaire, quand son unité avait été accidentellement frappée par une batterie d’artillerie au cours d’un exercice sur la base Tzeelim, dans le sud du pays.

Aujourd’hui, confie Ayala Katz, il ne lui reste que des souvenirs.

« Le sentiment du manque ne part jamais. Nir était étudiant, il venait de terminer sa première année de sciences informatiques au Centre interdisciplinaire de Herzliya », raconte-t-elle.

« Il avait été programmateur au sein de l’armée pendant six ans et demi. C’était une personnalité douce, et il venait tout juste de lancer une start-up avec un ami, une entreprise qui avait des chances énormes de réussir. Il tenait énormément à sa famille, il avait la tête sur les épaules, il était toujours actif et prêt à venir en aide aux autres », poursuit-elle.

Trobishi, 67 ans, se souvient également de sa fille en ce jour-anniversaire de sa mort.

“Liz était une enfant unique. Quelqu’un m’avait dit qu’elle était comme un juge… Les enfants, à l’école, venaient la voir lorsqu’ils avaient des conflits à résoudre », a-t-il confié à Maariv.

Le jardin du parc Meir de Tel Aviv planté en mémoire de Liz Trobishi et Nir Katz, assassinés dans la fusillade du centre LGBT Bar Noar le 1er août 2009 (Crédit :Wikipedia/Avi1111/CC BY-SA)

Les deux parents ont tenté de créer des sites de commémoration en hommage à leurs enfants. Trobishi a fait pousser des plantes exotiques dans le parc Meir de Tel Aviv et dans sa ville natale d’Arad. Katz est devenue activiste, se battant pour la tolérance et l’acceptation de la communauté LGBT. Elle a été présidente de Tehila, un groupe de soutien pour les parents d’homosexuels.

La Aguda, principale organisation de défense des droits LGBT et de soutien aux membres de la communauté, a donné à sa hotline le nom de Nir.

La fusillade de Bar Noar avait choqué la nation toute entière et elle a fait les gros titres, de manière répétée, au fil des années.

Hagai Felician, qui avait été considéré comme suspect dans la fusillade meurtrière du centre Bar Noar de Tel Aviv en 2009 mais qui a été innocenté lorsqu’il s’est avéré qu’un témoin-clé qui l’avait dénoncé avait menti (Crédit : Flash90)

Quatre ans après l’attaque, la police avait pensé avoir trouvé son auteur. Au mois de juillet 2013, sur la base des déclarations d’un témoin de l’accusation, Tarlan Hankishayev, la police avait inculpé Hagai Felician pour les meurtres. Il était resté en détention pendant huit mois le temps que l’enquête progresse.

Mais ce dossier s’était écroulé de lui-même lorsque les enquêteurs avaient établi que le témoin de l’accusation avait menti.

Les accusations contre Felician avaient été abandonnées et il avait reçu 2,1 millions de shekels en dommages et intérêts pour détention abusive après avoir poursuivi l’Etat en justice.

Il ne peut pas être jugé une deuxième fois, même si de nouvelles preuves devaient le relier au dossier.

Les procureurs avaient alors inculpé le témoin de l’accusation pour obstruction à la justice et pour faux témoignage.

La couverture médiatique de l’incident avait également marqué un tournant dans le débat public israélien au sujet de la communauté LGBT. Les chaînes de télévision avaient révélé les identités des blessés pendant cette couverture, forçant de nombreux jeunes gens à faire leur coming-out à la télévision nationale.

La chaîne israélienne la plus regardée à l’époque, la Deuxième chaîne, avait ultérieurement présenté ses excuses publiquement pour sa couverture des événements.

Des milliers de personnes assistent à une cérémonie marquant le neuvième anniversaire de la fusillade du centre LGBT Bar Noar, à Tel Aviv, le 11 août 2019. (Crédit Flash 90)

Dans les années qui ont suivi l’attaque de Bar Noar, les violences contre les LGBT n’ont pas diminué au sein de l’Etat juif, selon les activistes, même si la communauté est plus acceptée par un nombre croissant d’Israéliens. Selon un rapport d’Aguda, le nombre d’incidents homophobes dans tout le pays a augmenté de 54 % entre 2017 et 2018 dans un contexte d’activisme anti-gay de plus en plus important à l’extrême-droite et chez les religieux conservateurs.

En 2015, un extrémiste ultra-orthodoxe avait poignardé à mort Shira Banki, 16 ans, pendant le défilé de la Gay Pride de Jérusalem. Son agresseur, Yishai Schlissel, avait été libéré de prison trois semaines seulement auparavant, après avoir purgé une peine de huit ans de prison pour une attaque au couteau lors de la parade dans la ville, en 2005.

Vendredi, c’est un adolescent de 16 ans originaire de la ville arabe de Tamra qui a été poignardé aux abords du foyer LGBT Beit Dror à Tel Aviv, qui accueille les jeunes qui sont dans l’impossibilité de vivre chez eux. Le garçon s’était abrité à Beit Dror pour échapper aux pressions familiales, qui lui demandaient d’adopter un style de vie plus religieux. Jeudi, la police de Tel Aviv a déclaré que deux des frères de la victime avaient été arrêtés et jeudi, un troisième suspect a été appréhendé.

Un certain nombre de personnalités éminentes, à la droite de l’échiquier politique, ont critiqué ces dernières semaines l’acceptation croissante des modes de vie LGBT au sein de l’Etat juif.

Le grand rabbin sépharade de Jérusalem Shlomo Amar lors de la 15ème conférence annuelle de Jérusalem du groupe ‘Besheva’ , le 12 février 2018 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Mardi dernier, le grand-rabbin de Jérusalem a suscité la controverse lorsqu’il a déclaré que l’homosexualité était une « luxure » qui pouvait être vaincue simplement en craignant Dieu.

« Il y a des gens qui se disent religieux qui tombent aussi dans ce piège », a déclaré Amar au public en référence aux personnes homosexuelles. « Elles ne sont pas religieuses. Ils feraient mieux de retirer leur kippa et de ne pas respecter Shabbat pour montrer leurs vrais visages ».

Amar, ancien rabbin en chef d’Israël, avait également créé la polémique dans le passé en disant que l’homosexualité est une « abomination ».

Au début du mois de juillet, le ministre de l’Education Rafi Peretz, ex-grand rabbin de l’armée israélienne et personnalité éminente, a causé la polémique en faisant part de son soutien à la thérapie de conversion en direction des homosexuels, un processus controversé qui prétend aider les gays à se « convertir » à l’hétérosexualité. Cette procédure a été éreintée par les psychologues qui estiment qu’elle est dangereuse. Elle a été liée à une hausse du taux de suicides parmi ceux qui l’ont suivie.

Suite aux réactions indignées suscitées par les propos de Peretz, le député de droite Betzalel Smotrich – qui, dans le passé, avait organisé une marche de la « Pride » anti-LGBT avec des animaux de ferme – avait pris la défense de Peretz, dénonçant un « lynchage médiatique » à son encontre.

Peretz a fini par revenir sur ses propos et qualifié de « dangereuse » la thérapie de conversion.

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