S. Amar: les gays ne devraient pas pratiquer, l’homosexualité est une « luxure »
Rechercher

S. Amar: les gays ne devraient pas pratiquer, l’homosexualité est une « luxure »

La communauté LGBT affiche sa colère suite aux propos du grand rabbin séfarade de Jérusalem

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Capture d'écran d'une vidéo du grand rabbin séfarade de Jérusalem Shlomo Amar, à droite, lors d'un séminaire à Ashdod, le 19 juillet 2019. (Chaîne publique Kan)
Capture d'écran d'une vidéo du grand rabbin séfarade de Jérusalem Shlomo Amar, à droite, lors d'un séminaire à Ashdod, le 19 juillet 2019. (Chaîne publique Kan)

Mardi, des organisations de défense de droits des gays ont demandé que l’un des rabbins en chef de Jérusalem retire les propos qu’il a tenus au sujet des homosexuels qui ne peuvent pas être religieux et que l’homosexualité est de la luxure incontrôlée qui peut être maîtrisée par la foi en Dieu.

Le rabbin Shlomo Amar, rabbin séfarade de la capitale, a fait ses commentaires lors d’un sermon la semaine dernière à Ashdod. Une petite vidéo de ses remarques a été publiée par la chaîne publique Kan, lundi soir.

L’incident est intervenu après que, plus tôt ce mois, le ministre de l’Education Rafi Peretz, lui aussi un rabbin ordonné, a créé une polémique en évoquant son soutien à une thérapie de conversion gay, une thérapie polémique qui vise à transformer les gays en hétérosexuels.

Amar, un ancien rabbin en chef d’Israël, a également créé la polémique dans le passé en disant que l’homosexualité est une « abomination ».

Le portrait du Séfarade Shlomo Amar, à l’époque grand rabbin en chef séfarade d’Israël, le 3 novembre 2010. (Abir Sultan/Flash 90)

« Il y a des gens qui se disent religieux qui tombent aussi dans ce piège, a déclaré Amar au public en référence aux personnes homosexuelles. Elles ne sont pas religieuses. Ils feraient mieux de retirer leur kippa et de ne pas respecter Shabbat pour montrer leurs vrais visages ».

« Avec leurs corps, ils commettent un péché contre le peuple juif, a-t-il dit, en utilisant une expression talmudique qui signifie qu’ils sont irréligieux.

« Dieu sait que c’est de la luxure, une luxure sauvage qui doit être surmontée et qui peut être surmontée », a poursuivi Amar.

Parlant de la thérapie de la conversion gay, Amar a déclaré « Tout peut être surmonté. Il n’y a pas besoin de psychologue ou de toutes ses inepties. Tout ce qu’il faut c’est avoir la crainte de Dieu – une foi juste en Dieu pour surmonter ».

Mardi, trois groupes de soutien des gays religieux, Bat-Kol, Havruta, et la Communauté religieuse gay, ont publié un communiqué conjoint pour remettre en question l’autorité par laquelle Amar pouvait décider de leur engagement à la religion.

« En tant qu’hommes et femmes religieux, nous ne savons pas clairement d’où le rabbin tire cette puissance pour nous exclure du judaïsme. Comment ose-t-il nous demander de mettre fin à notre respect du Shabbat et ainsi abandonner notre identité religieuse ? »

« Rabbin Amar, avec vos commentaires blessants, vous appelez nos familles à nous vomir dessus en nous excluant de nos foyers et de nos communautés ».

Eran Globus, le directeur de l’Open House de Jérusalem, la principale organisation gay de la capitale, a appelé Amar à réfléchir aux effets dévastateurs de ses commentaires.

« Rabbi, nous sommes ceux que vous rencontrez aux cérémonies et dans les yeshivot, dans les rues de la ville et dans les synagogues, a déclaré Globus dans un communiqué. Essayez de penser à ces milliers de jeunes visages que vous avez vus, vous regardant avec respect et admiration, pour que vous puissiez comprendre le prix insupportable qu’ils doivent payer à cause de vos paroles irresponsables ».

« Nous vous demandons de retirer vos commentaires irrespectueux », a déclaré Globus.

Eitan Ginzburg, le député de Kakhol lavan, pose pour une photo à la Knesset, le 29 avril 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Le député de Kakhol lavan Eitan Ginzburg, qui a servi en tant que premier maire gay d’Israël à Raanana, a appelé Amar à être démis de son poste.

« Shlomo Amar est une gêne pour les responsables religieux et le rabbinat, a tweeté Ginzburg. Il ferait mieux d’enlever son manteau de rabbin en chef. Il ne convient pas au poste de rabbin en chef de Jérusalem ».

L’élue de Kakhol lavan, Yael German, a conseillé à Amar de suivre l’exemple du Pape François dans sa décision d’accepter la communauté homosexuelle.

Ronen Lubitch, le président de Neemanei Torah VaAvodah, un mouvement libéral orthodoxe moderne, a déclaré dans un communiqué que la question de l’homosexualité est « passée d’un désaccord à une obsession malsaine ».

« Les dirigeants et les rabbins ne peuvent plus continuer à enfoncer leur tête dans le sable et penser qu’ils réussiront à résoudre le sujet à travers la condamnation, a-t-il dit, appelant plutôt les rabbins à « renforcer l’amour, la paix, l’acceptation et le respect ».

Yishai Schlissel attaquant des personnes avec un couteau lors de la parade de la Gay Pride à Jérusalem, le 30 juin 2015 et une photo de Shira Banki dans une photo datée de novembre 2013 prise de sa page Facebook. (AP/Sebastian Scheiner and Facebook)

Avi Buskila, un ancien responsable de La Paix maintenant qui a récemment rejoint le Parti démocrate israélien en difficulté, a prévenu que la sortie d’Amar pourrait conduire à un bain de sang.

« C’est une douloureuse et incroyable démonstration de haine, tout particulièrement quand cela vient d’un grand rabbin de Jérusalem, a-t-il tweeté. C’est l’ouverture de la chasse. Cela crée des meurtriers abominables comme Yishai Schlissel, qui a tué Shira Banki lors de la parade de la gay pride dans la ville ».

Schlissel a poignardé à mort Shira Banki, âgée de 16 ans, lors de la parade de la gay pride dans la capitale en 2015, seulement trois semaines après être sorti de prison, où il avait passé huit ans pour avoir perpétré une attaque au couteau à la parade de Jérusalem en 2005.

« Les commentaires haineux du rabbin en chef de Jérusalem Amar sur la communauté #LGBTQ sont antinomiques aux valeurs juives de tolérance et d’acceptation », a écrit l’ADL sur son compte Twitter. 
 
« Les dirigeants religieux devraient respecter tout le monde et dialoguer positivement avec toute la communauté », a ajouté le groupe.
 
L’ ADL a appelé Amar à s’excuser. 
En 2016, Amar avait refusé de participer à un service mémoriel pour Banki après que sa famille a refusé de lire à haute voix une condamnation de l’homosexualité qu’il avait incluse dans la lettre de condoléances qu’il leur avait adressée. A l’époque, Amar avait dit au journal Israel Hayom qu’il avait écrit aux parents, déclarant que « si vous voulez exalter son âme au paradis, vous devez vous repentir des pratiques maléfiques ».

Dans l’entretien avec le journal, Amar a dit que l’homosexualité était « un culte ».

« C’est un culte d’abomination, c’est évident. C’est une abomination, avait déclaré Amar. La Torah dit que c’est punissable de mort. Et c’est dans la première série des crimes les plus graves… ils disent ‘penchant’, ‘perversion’ – c’est une ineptie. Il y a de la luxure, une personne peut la surmonter si elle le souhaite, comme toutes les luxures. C’est parmi les luxures les plus interdites, les plus graves ».

Le ministre de l’Education Rafi Peretz, président de l’Union des partis de droite, s’exprime lors d’une conférence du parti à Lod, le 22 juillet 2019. (Flash90)

Plus tôt ce mois, Peretz, le ministre de l’Education, a déclaré lors d’un entretien télévisé qu’il avait envoyé des étudiants vers un traitement thérapeutique et qu’il a vu qu’il était « possible » de changer leur orientation sexuelle.

Ses remarques sur la Douzième chaîne ont entraîné une large condamnation du public et des élus de tout le spectre politique, y compris du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Des activistes des droits LGTB, des éducateurs, des élus et d’autres ont demandé sa démission immédiate.

Peretz a ensuite retiré ses propos, déclarant qu’il n’avait « jamais » recommandé la soi-disante thérapie de conversion aux homosexuels, et soulignant qu’il s’oppose « littéralement » à cette pratique « mauvaise et grave ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...