Rechercher

Beer Sheva: les armes des civils qui ont abattu le terroriste restituées mercredi

Une querelle avait opposé un agent et l'homme qui a abattu le terroriste, dont l'arme avait été saisie pour des tests balistiques et qui refusait de partir sans, se sentant en danger

Les secours sur les lieux d'une attaque au couteau à Beer Sheva, le 22 mars 2022. (Crédit : Flash90)
Les secours sur les lieux d'une attaque au couteau à Beer Sheva, le 22 mars 2022. (Crédit : Flash90)

Les armes appartenant aux deux hommes qui ont mis un terme à la cavale meurtrière d’un terroriste en ouvrant le feu et en abattant ce dernier seront restituées à leurs propriétaires mercredi matin, a fait savoir la police. L’attaquant avait tué quatre personnes aux abords d’un centre commercial de Beer Sheva, mardi.

Les forces de l’ordre ont ajouté que les tests balistiques sur les armes avaient été terminés pendant la nuit à Jérusalem.

Mardi, un porte-parole de la police avait indiqué dans un communiqué que ces tests balistiques étaient une partie « inséparable » de l’enquête sur l’attentat.

« Afin d’éviter à toute détresse à ces citoyens qui ont agi avec bravoure et avec détermination, les examens nécessaires seront réalisés cette nuit et lorsqu’ils seront terminés, les armes seront restituées à leurs propriétaires », a noté le communiqué.

Ce communiqué, qui a aussi salué les deux hommes pour leurs actes, a semblé venir répondre à des pressions exercées par des politiciens de droite et d’autres qui s’étaient insurgés contre la décision d’enlever les armes à leurs propriétaires pour effectuer les tests.

Suite à l’attaque et alors qu’il se trouvait au commissariat, l’un des citoyens qui était intervenu lors de l’attentat – ouvrant le feu sur le terroriste – s’était querellé avec les policiers et il avait refusé de quitter les lieux en affirmant qu’il craignait de retourner chez lui, en Cisjordanie, sans son arme de poing.

La police avait alors menacé de l’arrêter et un rassemblement s’était formé devant le commissariat pour soutenir l’homme.

Un Arabe israélien en possession d’un couteau a tué, mardi, quatre personnes à Beer Sheva, une ville du sud du pays, avant que les deux civils ne le mettent en joue avec leurs propres armes à feu. Le terroriste, refusant leurs demandes de lâcher son couteau, s’est rué vers l’un d’entre eux. L’attaquant a alors été abattu.

La police avait tenté d’expliquer que ces tests balistiques réalisés après l’attaque faisaient partie du protocole standard de l’enquête.

La Douzième chaîne a diffusé des images de la querelle entre les policiers et l’homme qui voulait absolument récupérer son arme à l’intérieur du commissariat.

Dans cette vidéo filmée par un témoin, l’agent dit à l’homme : « Ne jouez pas au plus malin avec moi, vous vous trouvez dans un commissariat ».

« Vous voulez le pistolet ? Attendez à l’extérieur, c’est tout », ajoute-t-il.

L’homme répond à l’agent qu’il se sent aiten danger parce que les images le montrant en train d’ouvrir le feu sur le terroriste ont été publiées sur les réseaux sociaux et diffusées dans les médias.

« Vous avez pris mon arme et tout le monde sait dorénavant qui je suis en Israël – tous les commissariats, tous les groupes WhatsApp », explique-t-il.

« Et je ne vais pas partir d’ici sans mon pistolet, d’accord ? », continue-t-il.

Le policier pour sa part, insiste pour qu’il parte ou pour qu’il attende, tout du moins, devant le commissariat, affirmant que « si vous ne le faites pas, je vous arrête ».

Un policier admoneste un homme qui a ouvert le feu sur un terroriste au commissariat de Beer Sheva, des images diffusées par la Douzième chaîne, le 22 mars 2022. (Capture d’écran)

Après la diffusion de ces images, le chef de la police israélienne Kobi Shabtai a ordonné que le laboratoire chargé de la balistique soit immédiatement mis à contribution et que les tests soient terminés pendant la nuit de manière à accélérer le processus.

La ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked a déclaré que « dans ce cas précis, nous devons faire exception au protocole, faire preuve de bon sens et permettre à ce héros qui a abattu le terroriste de rentrer chez lui avec son arme ».

Bezalel Smotrich, député de l’opposition du parti Sionisme religieux d’extrême-droite, a indiqué que le comportement de la police avait été « inacceptable, intolérable et il porte préjudice à la sécurité de tous les citoyens israéliens ».

La police a fait savoir dans un communiqué que « les armes utilisées contre l’auteur de l’attentat d’aujourd’hui ont été saisies dans le cadre d’une procédure approuvée d’enquête et elles seront remises à leurs propriétaires au terme des investigations. Cette procédure d’enquête est habituelle ».

« La police israélienne salue la réponse apportée par les civils qui a permis de mettre un point final à l’attaque meurtrière », a continué le communiqué. « Pour prévenir toute détresse chez ces civils qui ont agi avec courage et avec détermination, les contrôles nécessaires seront réalisés dès cette nuit ».

Certains résidents de Beer Sheva avaient manifesté contre la police dans le sillage immédiat de l’attentat, se rassemblant à l’extérieur du commissariat et interpellant les agents en scandant : « Quelle honte ! » Les forces de l’ordre ont été critiquées, ces dernières années, pour avoir autorisé « l’anarchie » à régner dans certaines parties du sud d’Israël.

Shabtai a été chahuté en arrivant sur les lieux de l’attentat, où il a fait une déclaration aux médias.

L’ex chef de la police israélienne Kobi Shabtai lors d’une cérémonie dans le nord d’Israël, à Nazareth, le 9 novembre 2021. (Crédit : Meir Vaknin/Flash90)

Un homme qui se trouvait dans un attroupement de résidents qui ont suivi Shabtai alors que ce denier se dirigeait vers sa voiture aurait crié de manière répétée « vous devriez avoir honte ».

Plus tard, environ 200 personnes se sont réunies sur les lieux de l’attaque avant de marcher vers le commissariat où elles ont manifesté leur mécontentement à l’égard de ce qu’elles ont qualifié de manque « de maintien de l’ordre » dans le sud – une plainte exprimée depuis longtemps par les résidents locaux.

Itamar Ben-Gvir, député du parti Otzma Yehudit d’extrême-droite, avait rejoint ce mouvement de protestation.

« Un gouvernement qui compte sur le mouvement islamique n’a pas le droit d’exister politiquement », a déclaré Ben Givr, une allusion à Raam, parti arabe au sein de la coalition au pouvoir et qui défend avec fougue les droits des Bédouins dans le sud du pays – la communauté d’origine du terroriste. Raam et les autres formations arabes israéliennes ont, de leur côté, dénoncé l’attaque avec ferveur.

Également présent lors de la manifestation, l’activiste d’extrême-droite Baruch Marzel qui a appelé à ce que la loi martiale soit mise en œuvre dans le Neguev pour « nettoyer » la région.

Les quatre victimes d’un attentat terroriste à Beer Sheva, le 22 mars 2022 : Laura Yitzhak, en haut à gauche ; Le rabbin Moshe Kravitzky, en haut à droite ; Doris Yahbas, en bas à gauche et Menahem Yehezkel, en bas à droite. ( Réseaux sociaux/Autorisation)

Les quatre personnes tuées à Beer Sheva ont été identifiées : elles s’appelaient Doris Yahbas, 49 ans, une mère de trois enfants ; Laura Yitzhak, une femme de 43 ans elle aussi mère de de trois enfants ; Moshe Kravitzky, un rabbin et père de quatre enfants et Menahem Yehezkel, 67 ans, qui avait quatre frères.

Selon les médias palestiniens, le terroriste s’appelait Mohammad Ghaleb Abu al-Qian et il était âgé de 34 ans. Il était originaire de la ville bédouine de Hura, dans le Neguev, et il avait été déjà condamné pour terrorisme. Il avait purgé une peine de quatre ans de prison pour avoir projeté de rejoindre le groupe terroriste fondamentaliste du Jihad islamique en Syrie et il avait été libéré en 2019. Selon Shabtai, il aurait agi seul dans l’attentat de mardi.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...