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Ben Gvir appelle à interdire « les résidents de l’AP » sur le mont du Temple pendant le Ramadan

Le ministre d'extrême-droite a dit qu'il serait inacceptable "d'autoriser des célébrations de victoire du Hamas" au sein du complexe de Jérusalem alors que "des femmes et des enfants sont otages à Gaza"

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, au centre, en visite au mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 21 mai 2023. (Crédit : Minhelet Har Habayit)
Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, au centre, en visite au mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 21 mai 2023. (Crédit : Minhelet Har Habayit)

Le ministre de la Sécurité nationale d’extrême-droite Itamar Ben Gvir a déclaré samedi qu’il devait être interdit aux Palestiniens résidant en Cisjordanie d’assister aux prières organisées sur le mont du Temple de Jérusalem pendant tout le mois musulman du Ramadan, qui commencera aux environs du 10 mars.

« Nous ne devons pas autoriser les résidents de l’Autorité palestinienne à entrer en Israël d’une manière ou d’une autre » pendant la fête qui durera un mois, a-t-il tranché dans une publication écrite sur X, anciennement Twitter.

« Nous ne devons rien laisser au hasard et nous ne pouvons pas prendre de risque », a-t-il ajouté.

« Il est impossible que des femmes et des enfants soient retenus en otage à Gaza et que nous permettions au Hamas de célébrer sa victoire sur le mont du Temple », a-t-il ajouté dans un post qui a été écrit moins de vingt-quatre heures après qu’une chaîne de télévision a annoncé que le ministre extrémiste poussait le gouvernement à interdire la présence des Palestiniens dans le lieu saint pendant tout le mois du Ramadan.

Environ 130 otages qui avaient été kidnappés le 7 octobre durant un assaut meurtrier du Hamas – une attaque sans précédent dans toute l’Histoire d’Israël – sont encore retenus en captivité dans la bande de Gaza, selon l’armée qui a annoncé, par ailleurs, qu’une trentaine d’entre eux étaient morts pendant leur détention. Le 7 octobre, 253 personnes avaient été kidnappées dans les communautés du sud d’Israël quand les terroristes du Hamas avaient franchi la frontière séparant Gaza de l’État juif, massacrant environ 1 200 personnes.

Plus de cent otages ont été libérés lors d’une trêve d’une semaine, qui avait eu lieu au mois de novembre, et quatre captives avaient été relâchées par le groupe terroriste auparavant. Trois otages ont pu être secourus par les troupes et les corps sans vie d’onze autres ont également été rapatriés sur le sol israélien – notamment les dépouilles de trois captifs qui ont été accidentellement tués par l’armée.

Une personne est portée-disparue depuis le 7 octobre et son sort reste indéterminé. Le Hamas est aussi en possession des corps sans vie de deux soldats tués au combat en 2014, Oron Shaul et Hadar Goldin, et il maintient en détention dans ses geôles deux civils israéliens, Avera Mengistu et Hisham al-Sayed, qui seraient tous les deux encore en vie après être entrés de leur propre gré au sein de l’enclave côtière en 2014 et en 2015 respectivement.

Ben Gvir réclame la mise en place d’une approche beaucoup plus dure face à Gaza et face aux Palestiniens en général aux côtés du ministre des Finances Bezalel Smotrich, le chef du parti Hationout HaDatit. Les deux hommes ont par ailleurs appelé au déplacement des Palestiniens de Gaza, qu’ils veulent envoyer vivre à l’étranger, dans le contexte de la guerre en cours et ils ont menacé de renverser la coalition si un accord « irréfléchi » devait être finalisé avec le Hamas pour permettre aux otages de recouvrer la liberté.

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir dirigeant une réunion de la faction Otzma Yehudit, à la Knesset, à Jérusalem, le 5 février 2024. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

En tant que ministre en charge de la police, Ben Gvir a une certaine autorité sur les politiques mises en œuvre sur le mont du Temple même si le Premier ministre Benjamin Netanyahu a pu renverser des décisions qu’il avait prises dans le passé.

Habituellement, l’État juif permet aux Palestiniens de Cisjordanie de se rendre sur le mont du Temple pendant le Ramadan et l’establishment de la sécurité tout entier est favorable au maintien de cette politique, le mois prochain, pour tous les Palestiniens âgés de plus de 45 ans.

L’approche de Ben Gvir entre même en contradiction avec celle de la police qui estime que les Palestiniens âgés de plus de 60 ans doivent avoir la permission de prier sur le mont du Temple, a noté la Douzième chaîne, samedi.

Le ministre d’extrême-droite, qui a suscité une forte indignation à l’étranger pour ses propres visites sur le mont du Temple, recommande même d’interdire aux citoyens arabes israéliens âgés de moins de 70 ans de se rendre sur le site, a ajouté la chaîne.

Il est difficile de dire s’il a l’autorité nécessaire pour instituer une telle politique.

La police, pour sa part, est favorable à l’idée de laisser entrer tous les Arabes israéliens de plus de 45 ans sur le mont du Temple. Le Shin Bet, de son côté, a indiqué être opposé à toute limitation de ce type.

Le Shin Bet est aussi en désaccord avec la police en ce qui concerne la présence des forces de sécurité dans le complexe du mont du Temple pendant le Ramadan.

La chaîne publique Kan a fait savoir, samedi, que les forces de l’ordre avaient proposé le déploiement en continu des agents sur le mont du Temple de manière à pouvoir intervenir si des Palestiniens devaient brandir le drapeau du Hamas ou se livrer à des incitations à la haine ou à la violence contre Israël – le Shin Bet, de son côté, a déclaré qu’aucune présence policière n’était nécessaire et que les agitateurs pourraient être réprimés en temps voulu.

Des dizaines de milliers de fidèles musulmans lors de la dernière prière du vendredi du Ramadan à la mosquée Al-Aqsa, sur le mont du Temple de Jérusalem, le 14 avril 2023. (Crédit : Jamal Awad/Flash90)

Netanyahu devrait rencontrer Ben Gvir et le cabinet de guerre, dimanche, pour évoquer le sujet plus en profondeur.

Selon un autre reportage qui a été diffusé samedi par la Douzième chaîne – qui n’a pas cité ses sources – certains ministres, au sein du gouvernement, ont eu le sentiment qu’il y a eu « un manque d’attention » portée à cette problématique « de la part du Premier ministre et au sein du cabinet également », avec une réticence affichée par le Premier ministre face à une prise de décision dans ce cadre.

« Cela fait maintenant des semaines que la question est soulevée par les États-Unis et il n’y a pas de décision prise. Cela devient dangereux. Nous entrons mal dans cette période du Ramadan et c’est dramatique », auraient commenté « des ministres » – qui n’ont pas été identifiés par la chaîne – dans le reportage.

« On a le sentiment que Ben Gvir a pris en otage le Premier ministre. Le résultat est grave. Le potentiel en matière de de provocation et en lien avec le mont du Temple est immense et il est inquiétant. Il semble que Ben Gvir et que le Hamas, qui ont tous deux leurs intérêts propres, veulent tout faire exploser », ont-ils continué, des propos cités par la chaîne.

Le ministre s’est rendu sur le site à trois occasions depuis qu’il a pris ses fonctions, au mois de décembre 2022, déclenchant un torrent de condamnations, à chaque reprise, de la part des alliés d’Israël dans le monde entier qui ont considéré comme une provocation cette initiative prise par un homme qui appelle depuis longtemps à une remise en question du statu quo fragile.

La semaine dernière, un responsable américain et un officiel israélien ont indiqué au Times of Israel que l’administration Biden s’inquiétait énormément d’éventuelles tentatives, de la part de Ben Gvir, visant à attiser les tensions sur le mont du Temple pendant le Ramadan – ce qui pourrait, craint Washington, entraîner la question sensible du statut de Jérusalem dans le conflit actuel, une guerre que les États-Unis cherchent à contenir.

La Maison Blanche redoute une nouvelle visite de Ben Gvir sur le mont du Temple pendant le mois de jeûne musulman, ont noté les officiels qui ont témoigné sous couvert d’anonymat.

Ministre en charge de la police, Ben Gvir joue un rôle de premier plan s’agissant du maintien de l’ordre sur le site et Washington s’inquiète également – comme c’est le cas de l’establishment israélien de la sécurité – de ce qu’une directive, depuis le sommet de la hiérarchie, soit donnée aux agents concernant une répression particulièrement forte des agitateurs. Les Américains craignent également qu’ordre soit donné d’entrer dans la mosquée Al-Aqsa pour y écraser des émeutes, ce qui pourrait entraîner des violences à Jérusalem, en Cisjordanie et au-delà, a précisé le responsable israélien.

Ben Gvir demande depuis longtemps un changement du  statu quo sur le mont du Temple, qui permet aux musulmans d’y prier et de s’y rendre librement tandis que les Juifs ne peuvent y aller qu’à des horaires limités et choisis. Il leur est par ailleurs interdit d’y prier (même si la police semble autoriser de plus en plus des prières discrètes et officieuses). Ces dernières années, un nombre record de Juifs du mouvement nationaliste religieux sont allés sur le site, s’y recueillant alors que les forces de l’ordre détournaient le regard, ce qui a déclenché la fureur des Palestiniens et des musulmans du monde entier qui considèrent souvent que cette présence de plus en plus visible entre dans le cadre d’un plan visant à restreindre leur accès au complexe, qui est le troisième sanctuaire le plus saint de l’Islam et le lieu saint le plus sacré du Judaïsme dans la mesure où c’est là que se dressaient les deux Temples bibliques antiques.

Des craintes qui atteignent leur paroxysme pendant le mois islamique du ramadan, chaque année, lorsque le nombre de visiteurs musulmans grimpe encore en flèche, avec des fidèles qui sont connus pour ne pas hésiter à se heurter aux forces de police.

Au cours des trois dernières années, les responsables de l’administration Biden ont tiré la sonnette d’alarme avant le ramadan, demandant vivement à Jérusalem de prendre des initiatives susceptibles d’attiser les tensions dans une ville en pleine ébullition – comme ils l’avaient fait au mois de mai 2021 lorsque le Hamas avait tiré des roquettes en direction de la ville, ce qui avait entraîné le dernier conflit entre Israël et le Hamas, le groupe terroriste au pouvoir à Gaza.

Mais les inquiétudes sont encore plus fortes, cette année, dans un contexte de guerre entre l’État juif et le Hamas au sein de l’enclave côtière, une guerre qui a été déclenchée par l’assaut meurtrier du 7 octobre.

Le Hamas avait nommé son attaque dans le sud d’Israël « l’Opération inondation Al-Aqsa » – du nom de la mosquée installée au sommet du mont du Temple – et les groupes armés soutenus par l’Iran, dans d’autres pays, qui ont rejoint le conflit font également référence à Jérusalem dans leurs communications et dans leurs messages au monde.

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