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Bennett rencontre les dirigeants réformés et massortis après une impasse de 6 ans

Le député Alon Tal, qui a assisté à la rencontre, s'est dit optimiste quant aux perspectives d'amélioration des liens entre Israël et les Juifs progressistes

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des représentants des mouvements réformés et conservateurs du judaïsme d'Amérique du Nord et d'Israël devant le bureau du Premier ministre à Jérusalem avant une réunion le 28 février 2022. (Crédit  : Mouvement réformé en Israël)
Des représentants des mouvements réformés et conservateurs du judaïsme d'Amérique du Nord et d'Israël devant le bureau du Premier ministre à Jérusalem avant une réunion le 28 février 2022. (Crédit : Mouvement réformé en Israël)

Pour la première fois en six ans, le Premier ministre israélien a rencontré lundi les chefs des courants réformés et massortis, lors d’une discussion chaleureuse et positive selon les participants, au cours de laquelle le Premier ministre a promis d’améliorer l’espace de prière égalitaire du mur Occidental.

Ont participé à la réunion le Premier ministre Naftali Bennett et des membres de son équipe, les chefs des courants réformés et massortis d’Amérique du Nord et d’Israël, ainsi que les députés de la Knesset Alon Tal et Gilad Kariv, ce dernier étant un rabbin réformé.

Tal a décrit la réunion comme une ouverture dans une impasse qui dure depuis des années entre Israël et les courants progressistes du judaïsme.

Tal a déclaré au Times of Israël qu’il était venu à la réunion avec une présentation cinglante sur la façon dont le gouvernement avait laissé tomber les Juifs réformés et massortis, mais qu’il avait été tellement impressionné par le niveau de compréhension dont faisait preuve Bennett qu’il l’avait « effacée ».

« Je me suis senti comme Bilam », a déclaré Tal, en référence à un personnage biblique qui avait été engagé pour maudire les Israélites mais qui a fini par les bénir.

Les relations entre le gouvernement et les courants progressistes du judaïsme sont particulièrement tendues depuis que Benjamin Netanyahu, alors premier ministre, s’est retiré d’un accord sur le mur Occidental qui aurait, entre autres, permis la construction d’un espace de prière égalitaire permanent sur la partie sud du lieu saint. Dans le sillage de ce retrait, Netanyahu a refusé de rencontrer les dirigeants des courants réformés et conservateurs.

« Six ans ! Six ans que le gouvernement tourne le dos au judaïsme réformé et massorti, qui constitue la majorité des Juifs aux États-Unis », a déclaré Tal, qui officie dans une synagogue affiliée au courant massorti, la version israélienne du judaïsme conservateur.

Yizhar Hess, ancien directeur général du courant massorti et actuel chef du Congrès sioniste mondial, a déclaré au Times of Israël qu’il était lui aussi optimiste à l’issue de cette réunion de 90 minutes.

« Premièrement, je suis optimiste parce que c’était la première réunion depuis des années. Deuxièmement, nous avons aussi parlé de questions concrètes. Et troisièmement, avec [Netanyahu], il a dit beaucoup de choses et n’a rien fait. Ici, nous avons senti qu’il y avait une réelle intention », a dit Hess.

« Il était plein d’humour, il était confiant, il n’était pas une coquille vide », a dit Hess au sujet du premier ministre pendant la réunion.

Selon Tal, l’un des moments les plus importants de la réunion est survenu lorsque le président de l’Union pour la réforme du judaïsme, Rick Jacobs, a déclaré au Premier ministre que, malgré les tensions entre les courants progressistes du judaïsme et le gouvernement, le lien entre les mouvements et l’Etat d’Israël est « non conditionnel. » Jacobs a noté que son mouvement et la United Synagogue of Conservative Judaism se sont prononcés contre un rapport récent du groupe des droits de l’homme d’Amnesty International accusant Israël d’apartheid.

« Nos mouvements ont exprimé notre soutien inconditionnel à l’État d’Israël et nous nous attendons à ce que le Premier ministre prenne des mesures qui prouvent son engagement afin que l’État d’Israël soit le foyer de tous les Juifs en Israël et dans le monde », a déclaré le Mouvement réformé en Israël.

Hess a dit que pendant la réunion, Bennett « a parlé avec considération » de la communauté juive progressiste.

Yizhar Hess, directeur-exécutif et directeur général du mouvement conservateur en Israël à la cour suprême de Jérusalem, le 31 août 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Malgré le changement de gouvernement et les promesses de plusieurs membres de la coalition, le compromis du mur Occidental, comme on l’appelle, reste gelé. Bien qu’aucune garantie spécifique n’ait été donnée quant à la mise en œuvre de l’accord, Tal a déclaré que le Premier ministre avait promis d’améliorer les modalités à l’Arche de Robinson, une zone du Mur Occidental qui est déjà consacrée à la prière égalitaire. Cela a été confirmé par un fonctionnaire israélien au courant du dossier.

L’emplacement est jonché de débris, y compris des pierres qui sont tombées du mur Occidental, et est dans un état assez médiocre depuis des années, ce à quoi Bennett a dit qu’il remédierait. De plus, le Premier ministre a dit qu’il améliorerait la sécurité sur le site, à la lumière des nombreux cas d’extrémistes qui harcelaient des fidèles là-bas, plus particulièrement et violemment cet été pendant Tisha BeAv, un jour de deuil qui marque, en partie, des dissensions au sein du peuple juif.

« Bennett s’est engagé à garantir notre droit à prier selon notre coutume au mur Occidental, à l’abri de la violence et des interruptions », a déclaré le Mouvement réformé en Israël.

Jacobs a déclaré au Times of Israël que, bien que Bennett n’ait pas fait de promesses spécifiques concernant le compromis du mur Occidental, il a clairement fait savoir aux dirigeants Juifs progressistes que les informations selon lesquels il n’était pas personnellement investi dans sa mise en œuvre étaient incorrects.

Daniella Goldberg (gauche) et la ministre de la Culture Miri Regev inspectent les dégâts causés par la chute d’une grosse pierre au mur Occidental de la Vieille ville de Jérusalem, le 23 juillet 2013, à la plateforme de prière mixte (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Jacobs a ajouté que, bien que la question du Mur Occidental soit importante et symbolique, ce n’était qu’un exemple parmi tant d’autres où les Juifs progressistes américains ont depuis des années l’impression de « ne pas être entendus » par le gouvernement. Jacobs a dit qu’il était optimiste que le gouvernement israélien actuel et Bennett seraient en mesure de régler certains de ces problèmes.

Hess a déclaré que, malgré l’absence de progrès concrets sur la question du mur Occidental, il estimait que les dirigeants Juifs progressistes « avaient raison de partir avec un sentiment d’optimisme ».

Le député haredi Moshe Gafni a rapidement critiqué la rencontre. Il a notamment cité un passage du Talmud qui signifie approximativement : « les oiseaux qui ont une plume commune se rassemblent entre eux ».

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