Berkovitch jure de maintenir le « statu quo » sur le Shabbat à Jérusalem
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Berkovitch jure de maintenir le « statu quo » sur le Shabbat à Jérusalem

Après avoir perdu de peu les élections du second tour, l'ancien adjoint au maire Ofer Berkovitch dit avoir encore des projets pour la ville qu'il adore

Ofer Berkovitch, candidat à la mairie de Jérusalem et chef du mouvement Hitorerut (Eveil), lors de l'ouverture de la campagne électorale de Hitorerut à Jérusalem, le 2 septembre 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)
Ofer Berkovitch, candidat à la mairie de Jérusalem et chef du mouvement Hitorerut (Eveil), lors de l'ouverture de la campagne électorale de Hitorerut à Jérusalem, le 2 septembre 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Ofer Berkovitch, ancien adjoint au maire de Jérusalem – qui a perdu de peu la course à la mairie de la ville sainte – a une nouvelle perspective de l’Hôtel de ville : il l’observe dorénavant de l’extérieur. Après cinq années au poste d’adjoint de Nir Barkat, il explore maintenant un nouveau territoire, celui de chef de l’opposition au conseil municipal de Jérusalem.

Ce changement n’est pas seulement conceptuel, il est aussi physique. Le bureau de Berkovitch a été réinstallé de l’autre côté de la place, passant du cinquième étage de l’Hôtel de ville à un tout nouveau bâtiment.

Berkovitch est à la tête du parti Hitorerut (Eveil), qui est maintenant la faction la plus importante au sein du conseil municipal avec sept sièges sur les 31 que compte l’instance. Après sa défaite au second tour contre Moshe Lion au mois de novembre, Berkovitch avait espéré continuer son travail au sein de la coalition, gardant un oeil sur le portefeuille de construction et de planification de la ville avec pour objectif de créer des logements plus abordables. Mais les négociations ont échoué en raison de désaccords portant sur le maintien du « statu-quo lors du Shabbat » ou sur la garantie qu’il n »y aurait « ni changement, ni impact négatifs » dans les politiques actuelles de la ville concernant la journée de repos juive, explique Berkovitch.

Berkovitch dit vouloir s’assurer que la ville pourra encore organiser des activités et des événements durant Shabbat, que les centres communautaires locaux pourront être ouverts le samedi, ainsi que les restaurants, les cafés et les lieux de divertissement, là où la loi l’autorise.

« Il n’était pas prêt à accepter de ne pas effectuer de changements », indique Berkovitch en évoquant Lion. « Il a signé des accords avec les partis orthodoxes Degel Hatorah et Shas qui stipulaient qu’il serait possible d’annuler des événements culturels s’ils avaient un ‘impact négatif sur les sentiments du public’. Ce qui pouvait signifier que des femmes ne pourraient être invitées à chanter lors d’événements municipaux publics au cours des cinq prochaines années de son mandat, par exemple, à cause des sensibilités des Haredim face à des femmes qui pourraient se produire devant un public », accuse Berkovitch.

Une porte-parole de Lion a démenti les propos de Berkovitch. « Toutes les accusations portant sur un potentiel échec à maintenir le statu-quo ne traduisent rien de plus que la même technique de manipulation médiocre qu’utilise souvent Ofer », a-t-elle affirmé.

Des copies de projets d’accord de coalition qui ont été obtenus par le Times of Israel montrent que l’équipe de Lion a rejeté les sections proposées par Hitorerut concernant le maintien d’aspects variés du « statu-quo du Shabbat ».

« Il n’y aura pas de changement dans le statu-quo dans l’application de l’ouverture, pendant le Shabbat, des entreprises liées au secteur du loisir », dit une clause de l’accord de coalition suggéré par Hitorerut, une clause rejetée par l’équipe de Lion dans le document final. Cette phrase faisait référence à un incident survenu l’année dernière lorsque la municipalité de Jérusalem, sur demande du ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, avait établi un rapport sur les restaurants ouverts pendant le Shabbat, cherchant par la suite à imposer de lourdes amendes pour des raisons sans lien avec cette activité du samedi – alors que leurs opérations étaient complètement légales.

« Il n’y aura pas de changement dans le statu-quo au sujet du Shabbat et des événements dans l’espace public sans l’accord de la coalition toute entière », disait une autre disposition présente dans le texte et supprimée par la suite par l’équipe de Lion.

Fin décembre, après des semaines de négociations, Berkovitch a annoncé qu’il ne rejoindrait pas la coalition de Lion. Et Berkovitch se prépare donc à combattre depuis l’opposition en faveur des problématiques questions chères à son parti, et en particulier celle du statu-quo lors du Shabbat. Agudat Yisrael, une formation haredi qui s’était présentée contre Lion, prend également sa place sur les bancs de l’opposition.

« L’ADN de Hitorerut, c’est le travail constructif depuis l’intérieur de la coalition pour améliorer la ville », dit Berkovitch, installé dans son nouveau bureau. « Notre premier choix a été bien entendu d’entrer dans la coalition, mais malheureusement, il faut être deux pour danser le tango et le maire n’a pas coopéré ».

La porte-parole de Lion a expliqué que les négociations avaient échoué parce que Berkovitch courtisait de multiples partis nationaux, tentant de rejoindre la Knesset, et qu’il n’était « revenu vers la municipalité qu’après avoir été dans l’incapacité de concrétiser son projet ». Elle a ajouté que l’accord de coalition était encore sur la table et qu’il « pourra le signer quand il le voudra ».

Selon Berkovitch, si de nombreux partis appartenant à tout le spectre politique l’ont approché, il a finalement choisi de rester à Jérusalem pour se mettre au service de cette moitié de la ville qui l’a élu.

Après avoir été adjoint au maire sous Barkat, Berkovitch n’a dorénavant plus de portefeuille, ni de salaire. Comme les autres conseillers municipaux sans portefeuille, Berkovitch servira l’Hôtel de ville en tant que bénévole et sera bientôt dans l’obligation de chercher un emploi à mi-temps plutôt que de concentrer toute son énergie à la municipalité, explique-t-il.

Sous Nir Barkat, qui a été maire de 2008 à 2018, la ville a tenté de mettre en place davantage d’offres culturelles pour des résidents très divers. Tandis que la municipalité n’a jamais ouvertement encouragé les entreprises à ouvrir pendant le Shabbat, un certain nombre de nouveaux restaurants l’ont fait au cours des dernières années – particulièrement dans le complexe de la Tahanat harishona. Berkovitch avait figuré parmi les entrepreneurs qui avaient été les initiateurs de la rénovation de laTahanat harishona, vieux parking abandonné devenu un centre commercial animé.

Même si Lion lui-même n’est pas haredi, une grande partie de ses soutiens et de la coalition du conseil municipal sont ultra-orthodoxes – et ils devraient avoir une forte influence sur le mandat qui s’annonce.

Berkovitch lui-même a bénéficié d’un coup de pouce surprise et de dernière minute de la part de certains leaders hassidiques et notamment de la faction Agudat Yisrael qui n’a pas soutenu Lion lors du second tour du scrutin, le 13 novembre, une initiative interprétée comme un appui tacite apporté à Berkovitch. « Les Haredim font partie de nous, nous aimons tout le monde mais nous voulons que Jérusalem reste intéressante pour toutes les populations », dit Berkovitch.

Les ultra-orthodoxes représentent environ 37 % de la population juive de Jérusalem, selon des données récentes de CBS. Parce que les résidents arabes de la ville boycottent en général les élections municipales, l’impact des voix ultra-orthodoxes – qui souvent votent en bloc – est plus important encore.

Les activistes de Hitorerut manifestent aux abords du cinéma Cinema City à Jérusalem, appelant à son ouverture le samedi, le 25 février 2014 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cela fait longtemps que Jérusalem est le théâtre de batailles entre laïcs et religieux en ce qui concerne l’ouverture, pendant le Shabbat, des magasins ou des lieux de divertissement dans les quartiers non-orthodoxes. En 2015, la communauté ultra-orthodoxe avait tenté en vain de faire cesser les projections du vendredi soir et du samedi au nouveau complexe de salles de cinéma YES Planet, situé au sud du centre de la ville. En 2013, la communauté avait également été dans l’incapacité de faire fermer la Tahanat harishona — le complexe de gare rénové situé à cinq minutes à pied du cinéma, dont un certain nombre de commerces ouvrent le jour du Shabbat.

Toutefois, Nir Barkat avait donné l’ordre de donner des amendes aux petits commerces ouverts à Shabbat – conformément aux lois nationales et dans le cadre d’un effort livré par le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri d’imposer une fermeture générale de toutes les entreprises dans le coeur de Tel Aviv, majoritairement laïque.

Et pourtant, le mandat de Barkat aura été considéré comme celui ayant amélioré les possibilités, pour les habitants laïcs de Jérusalem, de s’attabler pour un brunch du samedi à un café, ou de trouver des événements culturels intéressants pour les familles pendant le Shabbat.

Un événement Berela lors d’un après-midi de Shabbat à Jérusalem, attirant les résidents laïcs et leur offrant des activités du Shabbat intéressantes pour les familles (Autorisation : Page facebook de Rachel Azaria)

Berkovitch dit que même s’il a perdu la course à la mairie, il prévoit encore de se concentrer sur les questions relatives à la qualité de vie au quotidien à Jérusalem – comme garantir que les emplois des services postaux resteront dans la ville et améliorer le stationnement. Si la vie devient plus agréable à Jérusalem, les jeunes qui débutent leur carrière resteront au sein de la municipalité après leurs études ou d’autres choisiront de venir s’y établir, pense-t-il.

Il y a de petites choses qui font de grandes différences pour les habitants qui vivent Jérusalem au quotidien, dit-il. La politique porteuse de vision globale est importante mais ce sont les détails qui décident les professionnels à rester à Jérusalem et qui encouragent de nouvelles arrivées : Le temps d’attente à l’arrêt de bus, le prix du logement, le coût d’une garde des enfants à la crèche, les facilités de stationnement, où et quand s’acheter une tasse de café, l’endroit où aller pour pique-niquer, un vendredi après-midi, dans un parc à proximité, ou le fait de déambuler dans une rue où les trottoirs sont en mauvais état et débordent d’ordures.

« C’est pour ça qu’on a besoin d’investir dans l’emploi, l’économie et la qualité de vie, dans les parcs et dans le logement abordable pour les jeunes », note Berkovitch. « Quand on travaille ensemble et qu’on exerce des pressions là où il le faut, quand on assemble les choses, on a de plus grandes chances de construire la ville ».

Les partisans du candidat à la mairie de Jérusalem Ofer Berkovitch réagissent aux résultats préliminaires de la course à la mairie, le 13 novembre 2018 (Crédit : Noam Revkin Fenton/FLASH90)

Berkovitch affirme avoir beaucoup appris sur la ville au cours de ses deux mois de campagne intensive. L’un de ses moments préférés, pendant cette dernière, est arrivé un jour, à 2 heures du matin, pendant les Slihot, les prières de fin de soirée qui mènent aux grandes fêtes d’automne, alors qu’il visitait une synagogue – un haut lieu du parti ultra-orthodoxe Shas.

Le chantre, Rabbi Ofer Levy, tentait d’obtenir de Berkovitch qu’il s’engage à se livrer à certaines pratiques juives. Un moment bizarre durant lequel Berkovitch ne souhaitait pas offenser le chantre mais ne désirait pas non plus dire en public qu’il commencerait à observer Shabbat.

« Les gars du Shas sont venus à mon secours. C’était drôle de les voir contrer Ofer Levy pour minimiser la coercition religieuse », s’esclaffe Berkovitch. « Cela a été un moment vraiment formidable. Je suis quelqu’un de traditionnel, j’entretiens un lien avec ma foi mais d’une manière qui m’est propre ».

Une projection envoûtante sur la synagogue Hurva, au Jerusalem Light Festival 2018 (Avec l’aimable autorisation de David Saad).

« Je crois en Jérusalem. Je crois que Jérusalem élève des personnes fortes », explique Berkovitch. « Je crois qu’il y a un assortiment de valeurs uniques dans cette ville qu’il n’est pas possible de trouver ailleurs. Ce n’est pas une ville qui est adaptée à tous. Il est clair que nous devons la rendre plus amicale, plus drôle, plus intéressante, plus vivante. Il y a des mouvements qui aident à ça. Il n’y a pas seulement Hitorerut dans le domaine politique, il y a aussi les initiatives culturelles, l’économie et les transports. Il y a des gens ici qui sont actifs et qui travaillent plus que partout ailleurs ».

« Si on veut que les choses soient faciles et commodes, alors ce n’est pas ici, à Jérusalem », ajoute Berkovitch; « Mais pour quelqu’un qui veut trouver du sens, rencontrer des gens intéressants, expérimenter la culture, expérimenter la connexion entre l’orient et l’occident et le spectre politique, alors il faut venir ici. Ici, il y a quelque chose qui est plus profond, plus fort qu’ailleurs, et c’est qui m’amène avec d’autres à me battre pour cette ville. »

« Politiquement, c’est un moment difficile », estime Berkovitch. « Mais nous continuons à travailler pour tenter encore notre chance dans cinq ans. Nous allons créer cette ville et la faire avancer ».

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