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Boutcha: Liberman refuse de condamner la Russie, invoque des « accusations mutuelles »

L'ambassadeur d'Ukraine en Israël a réprimandé le ministre des Finances et l'invite à « voir les corps par lui-même »

Un employé municipal libère les poignets d'un homme mort, les mains attachées derrière le dos, dans la ville de Boutcha, non loin de la capitale ukrainienne Kiev, le 3 avril 2022. (Crédit :  Sergei SUPINSKY / AFP)
Un employé municipal libère les poignets d'un homme mort, les mains attachées derrière le dos, dans la ville de Boutcha, non loin de la capitale ukrainienne Kiev, le 3 avril 2022. (Crédit : Sergei SUPINSKY / AFP)

Le ministre des Finances Avigdor Liberman a refusé de condamner catégoriquement les atrocités russes présumées à Boutcha et dans d’autres villes entourant Kiev, déclarant lundi qu’Israël devait défendre à la fois ses valeurs et ses propres intérêts dans la guerre en cours.

Depuis le départ de l’armée russe, les autorités ukrainiennes ont fait savoir qu’elles avaient retrouvé des centaines de corps sans vie de civils. Un grand nombre ont été découverts dans des charniers et des dizaines gisaient dans les rues. Le monde entier a réagi en exprimant son choc et sa colère, avec l’inquiétude qu’un grand nombre d’autres localités contrôlées par les Russes ne présentent ultérieurement des horreurs similaires.

« Il y a des images difficiles, et nous condamnons tous les crimes de guerre», a déclaré Liberman à la radio militaire lundi matin, ajoutant toutefois qu’ « il s’agit d’accusations mutuelles ».

Liberman, originaire de Moldavie, a noté que la Russie a appelé à une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur la situation à Boutcha et a accusé les « radicaux ukrainiens » d’une « provocation flagrante » dans la ville à l’extérieur de Kiev.

« La Russie blâme l’Ukraine et l’Ukraine blâme la Russie », a-t-il déclaré. « Nous condamnons, mais ce que nous devons vraiment comprendre, c’est qu’il y a une guerre sanglante et que nous devons, d’une part, maintenir la position morale d’Israël et, d’autre part, préserver les intérêts de l’État d’Israël. »

Le ministre des Finances Avigdor Liberman s’exprime lors d’une conférence du journal israélien « Makor Rishon » au Centre international des congrès de Jérusalem, le 21 février 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Au milieu de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, Liberman a déclaré « soutenir avant tout les intérêts israéliens », faisant allusion aux bonnes relations d’Israël avec les deux pays, ainsi qu’à la présence de l’armée russe en Syrie, et notant que sa plus grande inquiétude concerne les pourparlers nucléaires iraniens en cours à Vienne.

En réponse aux commentaires de Liberman, l’ambassadeur d’Ukraine en Israël, Yevgen Korniychuk, a déclaré que le ministre des Finances pourrait visiter Boutcha et voir de visu les atrocités dans la ville.

« J’invite Avigdor Liberman à venir en Ukraine. Nous l’emmènerons dans un convoi à Boutcha et dans d’autres endroits et il pourra voir les corps par lui-même et rencontrer les femmes qui ont été ligotées et violées », a déclaré Korniychuk dans un communiqué au site d’information Walla. « Peut-être qu’alors il saura ce qui s’y est passé. »

Lundi matin, le ministre de la Défense Benny Gantz a qualifié la situation de crime de guerre, allant plus loin que les commentaires du ministre des Affaires étrangères Yair Lapid la veille.

« Je condamne ce genre de carnages. C’est certainement un crime de guerre », a déclaré Gantz à la radio publique Kan au sujet de la situation à Boutcha, sans nommer la Russie en tant qu’antagoniste. Le ministre de la Défense a noté que même en temps de guerre, certaines normes de conduite doivent être maintenues.

« Malheureusement, les citoyens peuvent être blessés pendant les combats, mais ils ne peuvent pas être assassinés », a ajouté Gantz, affirmant que la situation à Boutcha « semble être quelque chose de très, très grave ».

Le ministre de la Défense Benny Gantz donne une conférence de presse au quartier général du commandement central de Tsahal, le 30 mars 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Malgré les critiques israéliennes sur l’activité russe, Gantz a soutenu que Tsahal resterait actif en Syrie, où la Russie contrôle partiellement l’espace aérien : « nous continuerons à opérer au Moyen-Orient, partout où nous devons opérer. »

Dimanche, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a tweeté qu’il « est impossible de rester indifférent face aux images horribles de la ville de Boutcha près de Kiev, après le départ de l’armée russe ».

« Porter intentionnellement atteinte à une population civile est un crime de guerre et je le condamne fermement », a-t-il ajouté.

Le tweet de Lapid n’a pas explicitement accusé la Russie de crimes de guerre. Israël a utilisé un langage diplomatique prudent concernant l’invasion de l’Ukraine par la Russie, cherchant à maintenir de bonnes relations avec Moscou ainsi qu’avec Kiev.

La publication de Lapid est intervenue quelques heures après que son bureau a refusé de commenter d’éventuels crimes de guerre russes, en réponse aux commentaires de l’ambassadeur d’Israël en Ukraine.

« Je suis profondément choqué par les photos de Boutcha. Tuer des civils est un crime de guerre et ne peut être justifié », a écrit l’envoyé israélien Michael Brodsky. Mais un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a déclaré à Haaretz que Brodsky parlait pour lui-même et a souligné que l’envoyé « ne blâmait pas la Russie ».

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