Boycotts, rythmes endiablés et paillettes : la 70e édition de l’Eurovision s’ouvre à Vienne
Alors que tous les regards se tournent une nouvelle fois vers Israël, les chanteurs de 35 pays vont s'affronter pour remporter le premier prix de ce concours haut en couleur, dans un contexte de sécurité renforcée, de manifestations attendues et de tensions en coulisses
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Des chanteurs venus de 35 pays se sont rassemblés à Vienne, en Autriche, pour le concours annuel haut en couleur, flamboyant et controversé de l’Eurovision de la chanson, qui célèbre cette année son 70ᵉ anniversaire.
Pour la troisième année consécutive, la participation d’Israël a fait l’objet de vives controverses et elle occupe le devant de la scène, plusieurs manifestations étant prévues tout au long de la semaine, dans un contexte de forte présence policière.
Mardi soir, l’Israélien Noam Bettan montera sur scène pour interpréter « Michelle », une chanson pop qui s’éloigne légèrement des ballades que le pays avait envoyées en 2024 et 2025 alors que la guerre faisait rage.
La chaîne publique autrichienne ORF a déclaré qu’elle ne déploierait pas de dispositif anti-huées et qu’elle n’interdirait pas les drapeaux palestiniens dans le public.
Si ces drapeaux étaient autorisés l’an dernier, ils n’étaient pas particulièrement visibles dans la foule. Deux manifestants avaient toutefois tenté de se précipiter sur scène pendant la prestation d’Israël, mais ils avaient été bloqués par le service de sécurité, ce qui n’avait pas été montré lors de la diffusion en direct.
Bettan, qui a déclaré au Times of Israel qu’il s’était entraîné au son des huées, est jugé peu susceptible de remporter le concours cette année, mais il a de fortes chances de se qualifier pour la grande finale de samedi.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
Au cours des deux dernières années, l’Union européenne de radio-télévision (UER) avait fermement rejeté les appels en faveur de l’exclusion d’Israël du concours, affirmant que la chaîne publique Kan n’avait enfreint aucune règle et ce malgré la colère qui avait été exprimée par certaines nations face à la guerre à Gaza.
Cependant, la fureur d’une minorité de membres de l’UER à l’encontre d’Israël avait atteint son paroxysme dans le sillage de l’édition 2025 – au cours de laquelle l’Israélienne Yuval Raphael s’était classée deuxième du vote par téléphone, ce qui avait entraîné des accusations de fraude de la part d’un certain nombre de pays hostiles à Israël, accusations qui avaient toutefois été largement rejetées par l’UER.
L’UER avait alors annoncé qu’elle organiserait un vote direct parmi ses membres concernant la participation d’Israël, avant d’annuler cette décision quelques jours après la conclusion d’un cessez-le-feu historique à Gaza, au mois d’octobre 2025.
À la place, lors de l’assemblée générale annuelle de l’organisation au mois de décembre dernier, un ensemble de réformes visant à apaiser certaines de ces inquiétudes avait été présenté aux membres.
Les membres de l’UER avaient voté à une écrasante majorité en faveur de l’acceptation des réformes proposées, plutôt que d’imposer un vote direct sur la participation d’Israël, comme l’avaient demandé certains radiodiffuseurs nationaux. Ce vote avait permis à Israël de rester dans le concours, ce qui avait conduit cinq nations – l’Espagne, l’Irlande, l’Islande, la Slovénie et les Pays-Bas – à s’en retirer en signe de protestation.
Parmi ces cinq pays, seuls les Pays-Bas et l’Islande diffuseront encore le concours sur leurs territoires respectifs.
Les réformes adoptées comprennent le retour de jurys professionnels lors des demi-finales (affaiblissant de fait le pouvoir du vote du public), la limitation des votes à dix par personne au lieu de vingt, ainsi que des mesures qui auront pour objectif de dissuader les « campagnes de promotion disproportionnées » et d’interdire aux diffuseurs ou aux artistes de participer à toute campagne menée par des tiers, afin de répondre à la colère suscitée par la campagne en ligne qui avait été soutenue par le gouvernement israélien, l’an dernier.
Samedi, l’UER a adressé un avertissement direct à Israël concernant une campagne publicitaire qui met en scène Bettan, affirmant qu’elle n’est « ni conforme à nos règles ni à l’esprit du concours ». Écrite en plusieurs langues, elle appelle le public à voter dix fois en sa faveur.
La campagne a été rapidement retirée des réseaux sociaux. Cet incident n’a toutefois fait qu’attiser davantage les discussions anti-Israël sur les pages de fans de l’Eurovision.
Se préparer aux manifestations
Même si les détracteurs les plus virulents d’Israël ne participeront pas au concours cette année, les événements se dérouleront tout de même sous haute sécurité, car des manifestations sont attendues tout au long de la semaine.
La police viennoise a déclaré la semaine dernière qu’elle se préparait à faire face à des « barrages et tentatives de perturbation » tout au long du concours.
Les forces de l’ordre ont indiqué que les manifestations les plus importantes étaient attendues dans la journée de samedi, jour de la grande finale – et éventuellement vendredi. En effet, ce sera la Journée de la Nakba, qui marque le déplacement massif des Palestiniens pendant la Guerre d’Indépendance d’Israël et qui mobilise régulièrement les militants anti-Israël.
La semaine dernière, le Conseil de sécurité nationale (NSC) a diffusé un avertissement à l’intention de tous les fans israéliens assistant au concours, les invitant à faire preuve de prudence, à ne pas afficher de manière ostentatoire des symboles ou des identifiants israéliens, et « à éviter de pénétrer dans des zones perçues comme hostiles à l’égard des Israéliens et des Juifs ».
Premier test majeur pour la sécurité à Vienne, la cérémonie d’ouverture de dimanche soir s’est déroulée sans interruption ni manifestation, tandis que Bettan arpentait le tapis turquoise au son de « Hava Nagila », bien qu’entouré de nombreux agents de sécurité.
Qui remportera la victoire ?
Les cotes des paris prédisent cette année que la Finlande devrait l’emporter avec sa chanson « Liekinheitin » (Lance-flammes), qui est interprétée par Linda Lampenius et Pete Parkkonen, même si les cotes se sont trompées sur les vainqueurs de ces deux dernières années.
Si Lampenius a étudié le violon à l’école de musique Keshet Eilon, dans le nord d’Israël, au début des années 1990, elle n’a pas manifesté beaucoup d’affection pour ce pays ces dernières années.
Début 2026, Lampenius et Parkkonen avaient écrit sur les réseaux sociaux : « Ce n’est pas une bonne chose de permettre à Israël de participer à l’Eurovision. Ce qui se passe en Palestine est inhumain et condamnable. »
Israël serait inquiet de l’impact qu’une victoire finlandaise pourrait avoir sur sa participation future dans la mesure où Helsinki est considérée comme moins favorable à l’État juif que l’Autriche et la Suisse, les pays hôtes des concours de 2026 et de 2025.
Israël serait probablement plus à l’aise si la Grèce, également considérée comme favorite, remportait la victoire, compte tenu de ses relations plus chaleureuses avec Athènes.
Le groupe Akylas, qui représente la Grèce, interprète le morceau de danse entraînant « Ferto », qui a 13 % de chances de remporter le concours, selon les bookmakers.
Bettan, quant à lui, devrait terminer à la sixième place selon les cotes, avec 4 % de chances de remporter le trophée. La plupart des analystes jugent une victoire de Bettan très improbable, car même si Israël remporte à nouveau le télévote, les jurys sont susceptibles de classer la chanson nettement plus bas.
Amis et ennemis
En raison des mesures de sécurité renforcées et de la guerre contre la république islamique d’Iran qui a paralysé la plupart des voyages internationaux de la fin du mois de février jusqu’au début du mois d’avril, Bettan n’a pas pu participer à plusieurs événements pré-Eurovision avec ses concurrents.
Ces dernières années, les chanteuses israéliennes Yuval Raphael et Eden Golan avaient dû faire face à l’hostilité de certains de leurs concurrents. D’autres artistes de l’Eurovision craignaient tout simplement d’être vus en compagnie d’un représentant d’Israël, redoutant d’éventuelles réactions négatives sur Internet.
Cette année, un visage particulièrement amical se détache dans les coulisses, et ce d’une source inattendue : Senhit, de Saint-Marin, a recruté l’icône pop britannique Boy George pour chanter à ses côtés sur « Superstar ».
Boy George, un allié de longue date d’Israël, a déjà fait les gros titres pour son soutien sans réserve au maintien d’Israël dans la compétition, et il a été vu en train de saluer chaleureusement Bettan en coulisses.
Malgré tout le battage médiatique et les rebondissements, Bettan a déclaré qu’il souhaitait se concentrer sur la musique, se produire sur scène et donner le meilleur de lui-même.
Boy George meets Israel’s Eurovision contestant and gives him a hug to wish him luck.
“Best of luck.”
The ‘Culture Club’ singer has received praise recently over his outspoken support for Jewish and Israeli people. pic.twitter.com/9ZBWTekMaD
— Oli London (@OliLondonTV) May 8, 2026
Dans une interview accordée au Times of Israel le mois dernier, le chanteur de 28 ans a déclaré qu’il était à Vienne « pour donner de l’amour ».
« Je comprends que je ne contrôle que moi-même, et ce que je peux apporter, c’est qui je suis, la lumière que j’ai à offrir au monde, la couleur que j’ai à offrir au monde. Je me concentre sur cela, sur le fait de venir et de donner de l’amour aux autres. »
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