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Cisjordanie : Trois Palestiniens blessés lors d’une attaque d’extrémistes juifs

Des résidents d'implantation s'en sont pris au village de Hawara, près de Naplouse, caillassant des voitures et des vitrines pour fêter la libération d'un extrémiste d'Yitzhar

Un Palestinien examine les dégâts commis à un magasin par les jets de pierre d'un extrémiste juif, à Hawara, près de Naplouse, le 24 janvier 2022. (Autorisation)
Un Palestinien examine les dégâts commis à un magasin par les jets de pierre d'un extrémiste juif, à Hawara, près de Naplouse, le 24 janvier 2022. (Autorisation)

Des extrémistes juifs ont caillassé des Palestiniens alors qu’ils défilaient à travers un village de Cisjordanie situé près de Naplouse, lundi soir. Trois Palestiniens ont été blessés et des voitures grièvement endommagées dans cette petite localité de Hawara, ont fait savoir les responsables palestiniens et des groupes de défense des droits de l’Homme israéliens.

Tout un convoi de véhicules appartenant à des partisans du mouvement pro-implantations ont traversé le village à coups de klaxon et de la musique s’échappant de l’habitacle des voitures pour fêter la libération d’un Israélien qui avait été emprisonné, l’année dernière, pour avoir jeté des pierres à des Palestiniens, selon un officiel israélien de la sécurité. Les extrémistes ont ensuite commencé à caillasser les habitants.

« Les frictions ont commencé quand un certain nombre de voitures qui circulaient via Hawara, sur la Route 60, ont jeté des pierres sur les commerces et sur les voitures qui étaient stationnées là, entraînant beaucoup de dégâts », a noté l’armée israélienne dans un communiqué.

Au moins 20 voitures appartenant à des Palestiniens ont été très abîmées et des vitrines ont été brisées dans tout le village, a annoncé le groupe de défense des droits de l’Homme Yesh Din, de gauche. Un porte-parole de la police israélienne a précisé qu’une enquête avait été ouverte.

Le responsable local de l’Autorité palestinienne (AP), Ghassan Daghlas, a indiqué au cours d’un appel téléphonique qu’un jeune Palestinien de 15 ans avait été pris en charge dans un hôpital de Naplouse après avoir reçu une pierre jetée par un Juif israélien. Il a été touché à la tête.

Selon le maire de Hawara, Mueen Dameidi, deux autres Palestiniens âgés respectivement de 12 et 17 ans ont été, eux aussi, légèrement blessés par des jets de pierre.

Les responsables palestiniens ont affirmé que les soldats israéliens étaient présents lors de l’incident mais qu’ils n’avaient rien fait pour empêcher ces attaques. Lorsque les Palestiniens ont commencé à riposter à leurs agresseurs en leur jetant des pierres, les militaires ont utilisé des gaz lacrymogènes et des grenades incapacitantes pour les disperser, a raconté Dameidi.

« Les partisans du mouvement pro-colonies ont cassé des voitures. Ils ont brisé des vitrines, ils criaient, ils injuriaient les résidents du village – et tout ça en présence de l’armée », a rajouté Dameidi.

Un Palestinien montre une voiture dont les vitres auraient été brisées par des extrémistes juifs qui jetaient des pierres, le 24 janvier 2022. (Autorisation)

L’armée israélienne a refusé de commenter les affirmations de Dameidi.

Hawara se trouve dans la Zone C de Cisjordanie, où Israël est en charge du contrôle militaire et civil de la zone. Un checkpoint israélien situé à l’extrémité nord du village est fréquemment le théâtre d’affrontements entre Palestiniens et soldats.

L’implantation d’Yitzhar, largement considérée comme l’une des plus radicales, se trouve au nord-est. L’ancien prisonnier juif israélien aurait rejoint son habitation dans la ville suite à sa libération.

Les responsables israéliens de la sécurité ont averti que les violences des extrémistes juifs, en Cisjordanie, avaient grimpé en flèche ces derniers mois. Des responsables du Shin Bet ont expliqué au Times of Israel, fin décembre, que les violences des extrémistes juifs avaient augmenté de 50 % l’année dernière.

Le Royaume-Uni a condamné l’attaque de lundi, réclamant des actions contre les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantations.

« Ces incidents de violences de la part de colons doivent faire l’objet d’une enquête et leurs responsables doivent être traduits devant les tribunaux », a écrit l’ambassadeur de Londres en Israël, Neil Wigan, sur Twitter, partageant un tweet en hébreu publié la semaine dernière par le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, qui recommandait vivement de s’attaquer à ce phénomène.

Après l’attaque, le ministre de la Défense Benny Gantz a promis de renforcer la lutte contre « les crimes nationalistes ». Comme dans ses déclarations antérieures, Gantz a évité de préciser très exactement qui étaient les auteurs de ces attaques.

« Les incidents récents en termes de crimes nationalistes en Judée-Samarie sont graves et nous les combattrons avec sévérité. Ceux qui caillassent, ceux qui incendient des voitures… sont des terroristes », a écrit Gantz dans un post publié sur Twitter.

Toutefois, le débat politique israélien sur le phénomène est divisé. Les politiciens israéliens de droite dénoncent la désignation « violences des partisans du mouvement pro-implantations » pour caractériser ces agressions, disant qu’il s’agit d’une tentative visant à ternir l’image de tous les Juifs qui vivent en Cisjordanie.

« Il y a des éléments marginaux dans toutes les communautés et il faut s’attaquer à eux avec tous les moyens dont nous disposons mais nous ne devons pas généraliser ce phénomène en y incluant une communauté toute entière », avait commenté le Premier ministre Naftali Bennett, fin décembre.

Une grande partie de ces violences seraient perpétrées par des extrémistes juifs qui vivent dans des avant-postes illégaux. Vendredi dernier, des individus masqués sont descendus de l’avant-poste de Givat Ronen – l’un des plusieurs avant-postes illégaux situés près d’Yitzhar — et ils ont attaqué des activistes de gauche israéliens dans la ville palestinienne de Burin, située à proximité, faisant au moins six blessés.

« Si des Palestiniens attaquaient des Israéliens et que l’armée israélienne était là – est-ce qu’elle permettrait seulement que cela puisse se produire ? Bien sûr que non. Il y aurait un mort du côté palestinien », a déclaré Dameidi, le maire de la ville de Hawara.

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