Compromis rejetés et dénigrements dans la crise du budget
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Compromis rejetés et dénigrements dans la crise du budget

Quatre jours avant une éventuelle dissolution du gouvernement, Kakhol lavan refuse l'offre de sauter l'adoption du budget et nie une proposition sur les nominations judiciaires

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), et le ministre de la Défense Benny Gantz lors de la réunion hebdomadaire du cabinet au ministère des Affaires étrangères de Jérusalem, le 5 juillet 2020. (Amit Shabi/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), et le ministre de la Défense Benny Gantz lors de la réunion hebdomadaire du cabinet au ministère des Affaires étrangères de Jérusalem, le 5 juillet 2020. (Amit Shabi/Flash90)

Les partis du Likud et de Kakhol lavan ont continué, jeudi, à se quereller sur les dispositions d’un accord potentiel qui permettrait de reporter l’échéance de l’adoption d’un budget pour l’Etat, ce qui permettrait d’éviter la menace immédiate d’élections anticipées.

A quatre jours seulement de cette échéance, aucun compromis ne semble se profiler à l’horizon et plusieurs propositions qui auraient été faites par les deux parties ont immédiatement été critiquées.

Kakhol lavan et le Likud ont jusqu’à lundi soir, soit le 24 août, pour adopter un budget d’Etat – ce qui est pratiquement impossible au vu du délai restant – ou pour adopter une loi qui permettrait de reporter l’approbation du budget de cent jours. Le cas échéant, le gouvernement sera dissous et les Israéliens devront retourner aux urnes pour la quatrième fois depuis le mois d’avril 2019.

Ce texte avait été approuvé lors de la première de ses trois lectures devant le gouvernement mais, selon des informations, le Likud aurait soumis des demandes variées à honorer en échange de son soutien futur au texte – nécessaire pour que ce dernier soit définitivement une loi.

Netanyahu aurait réclamé des changements variés dans son accord de coalition avec Kakhol lavan pour protéger son statut dans le cadre de l’avancée de son procès pour corruption, ainsi que pour élargir son pouvoir sur le système judiciaire et sur la police.

Il réclamerait également un plus grand pouvoir sur les nominations des hauts-responsables, notamment dans le secteur de la justice, en contradiction avant les accords qui avaient été conclus précédemment.

Le leader de Kakhol lavan, Benny Gantz, insiste sur l’adoption d’un budget courant sur 2020 et 2021 – comme le stipule l’accord conclu entre les deux partenaires de coalition – tandis que le Premier ministre Benjamin Netanyahu répète, pour sa part, que seul un budget sur 2020 est préférable.

Dans la mesure où les lois adoptées pour la formation de la coalition stipulent que l’échec à approuver un budget pour 2021 au mois de mars prochain entraînerait automatiquement de nouvelles élections, Kakhol lavan a accusé Netanyahu de violer délibérément l’accord de coalition avec sa demande de budget pour conserver une opportunité de dissoudre le gouvernement – ce qui permettrait d’empêcher que Gantz accède au poste de Premier ministre, au mois de novembre 2021, comme le précise l’accord de coalition signé entre les deux parties.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le ministre de la Défense Benny Gantz, dirigent une réunion hebdomadaire du cabinet du ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 7 juin 2020. (Marc Israel Sellem)

Le Likud a offert de sauter l’approbation du budget 2020 et de commencer les pourparlers sur le budget 2021, a fait savoir jeudi la chaîne Kan.

Cette proposition laisse toutefois au parti du Likud la possibilité de dissoudre le gouvernement au mois de mars 2021, ce qui empêcherait Gantz de devenir Premier ministre d’alternance et saperait l’accord de partage du pouvoir.

C’est la raison pour laquelle Kakhol lavan s’opposerait à la proposition, selon la chaîne.

Pour sa part, la radio militaire a noté, jeudi matin, que Kakhol lavan allait formuler sa propre offre, qui permettrait de geler les désignations à des postes de haute-responsabilité dans le secteur de la justice pendant une période supplémentaire jusqu’à ce qu’un mécanisme pour ces nominations soit mis en place.

Plus important, le plan comprendrait la nomination immédiate d’un nouveau procureur d’Etat par intérim, une fonction qui est assumée actuellement temporairement par le procureur-général Avichai Mandelblit.

Le procureur général Avichai Mandelblit s’exprime lors d’une manifestation à l’université de Bar-Ilan, le 4 mars 2020. (FLASH90)

Netanyahu, furieux contre Mandelblit qui l’a mis en examen dans trois dossiers pour corruption, avait tenté – en vain – de l’empêcher d’assumer le poste de procureur d’Etat par intérim lorsque le mandat de Shai Nitzan s’était terminé au mois de décembre. Le remplacement de Mandelblit à cette fonction est l’un des objectifs poursuivis par le Premier ministre.

Selon des informations, la proposition de Kakhol lavan prévoirait le remplacement rapide du procureur-général, avec l’accord des deux parties, et le nouvel occupant du poste resterait jusqu’à la désignation d’un nouveau procureur d’Etat à plein temps.

Le leader de l’opposition, Yair Lapid du parti Yesh Atid-Telem, a fustigé cette proposition.

« Je refuse de croire que c’est vrai », a écrit Lapid sur Twitter. « C’est la vente à prix sacrifié de l’Etat de droit à un accusé mis en cause devant la juges. Je ne peux pas croire que Gantz et [le ministre de la Justice Avi] Nissenkorn puissent participer à ça ».

« S’ils acceptent une telle chose, ce n’est même plus une question de politique. Il leur sera impossible de dire qu’ils sont des gens respectables », a-t-il ajouté.

Toutefois, la ministre de l’Egalité sociale Meirav Cohen, issue de Kakhol lavan, a indiqué au micro de la radio militaire qu’elle s’opposait à l’accord proposé.

« Nous n’avons aucun compromis à faire », a-t-elle asséné. « Peut-être allons-nous annuler le procès de Netanyahu au nom de l’unité ? La ligne est clairement établie dans l’accord de coalition que nous avons signé ».

Le nouveau ministre de la Justice Avi Nissenkorn s’exprime pendant une cérémonie au ministère de la Justice, le 18 mai 2020. (Crédit : Shlomi Amsalem/GPO)

Nissenkorn, ministre de la Justice, a attaqué le Likud pour sa gestion « obsessionnelle » de l’identité du procureur d’Etat et pour sa « politisation » des nominations judiciaires.

« Le Premier ministre Netanyahu se frappe la tête contre le mur », a-t-il affirmé à la radio militaire.

Les membres du Likud et de Kakhol lavan ont par ailleurs continué à se dénigrer mutuellement dans les interviews.

« Le problème n’est plus le budget sur une seule année », a confié le ministre des Sciences, Izhar Shay, au micro de la radio militaire. « S’ils veulent nous précipiter dans un nouveau cycle électoral, ils trouveront de toute façon une manière de le faire ».

Pour sa part, le ministre de la Sécurité intérieure Amir Ohana, membre du Likud, a déclaré à la station de radio que « je ne m’attends pas à ce que ce gouvernement puisse fonctionner plus que raisonnablement bien, mais ce n’est absolument pas le cas actuellement. Il n’y a pas de confiance mutuelle entre nous. »

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