Confinement : La police intervient à Bnei Brak et à Jérusalem
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Confinement : La police intervient à Bnei Brak et à Jérusalem

Une yeshiva qui aurait servi de synagogue aurait été fermée ; des fidèles présents auraient écopé d'amendes ; des manifestants s'en sont pris à une voiture de police à Mea Shearim

Des Juifs ultra-orthodoxes parmi des branches de palmier pour la prochaine fête de Souccot dans le quartier de Mea Sharim à Jérusalem, le 30 septembre 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Des Juifs ultra-orthodoxes parmi des branches de palmier pour la prochaine fête de Souccot dans le quartier de Mea Sharim à Jérusalem, le 30 septembre 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

La police a fait fermer une yeshiva à Bnei Brak samedi et a distribué des amendes aux fidèles après la circulation de photos et de vidéos sur internet qui ont montré des dizaines de personnes en train de prier au sein de l’établissement.

À Jérusalem, la police a rencontré la résistance des habitants lorsqu’elle a tenté de faire appliquer les mesures de confinement. Une vidéo a montré les résidents lançant divers objets sur une voiture de patrouille qui traversait le quartier de Mea Sharim.

La police avait reçu l’ordre de faire appliquer scrupuleusement les directives contre les rassemblements au sein de la communauté ultra-orthodoxe – particulièrement habituels en cette période de fête – après des informations portant sur d’importantes désobéissances aux règles de distanciation sociale et au port obligatoire du masque, dans un contexte de taux d’infection au COVID-19 qui a grimpé en flèche.

Samedi soir, à Bnei Brak, les forces de l’ordre ont mené une opération dans une synagogue qui appartenait à la yeshiva Ponevezh où au moins deux dizaines de fidèles s’étaient réunis pour la prière, allant à l’encontre des mesures particulières mises en place dans le contexte de la pandémie et qui interdisent les regroupements en espace clos.

La yeshiva est actuellement en congé mais elle a été utilisée par un groupe religieux radical connu sous le nom de Faction de Jérusalem, selon certaines informations.

Un individu, qui aurait été un administrateur, a écopé d’une amende de 5 000 shekels et un nombre indéterminé de personnes présentes ont elles aussi reçu une amende, ont indiqué les médias israéliens.

D’autres informations ont fait état d’amendes distribuées dans une deuxième yeshiva, dont la localisation précise n’a pas été spécifiée.

Une vidéo publiée par le site d’information ultra-orthodoxe Hadrei Haredim montre la police semblant distribuer des amendes à des personnes rassemblées dans une vaste soucca à Bnei Brak, érigée par la dynastie hassidique Nadvorna. Selon le site d’information, seuls quelques individus se trouvaient à l’intérieur de la hutte, suffisamment grande pour accueillir des centaines de personnes.

Selon le site d’information Walla, un porteur confirmé du coronavirus a lui aussi écopé d’une amende alors qu’il se trouvait dans une soucca de la ville.

Les ministres ont approuvé le principe de la distribution d’amendes à hauteur de 500 shekels pour toute personne surprise en compagnie d’individus non-issus de son propre foyer dans une soucca – une hutte temporaire utilisée par de nombreux Juifs pendant la fête de Souccot – ne lui appartenant pas. De la même manière, il est interdit aux Israéliens d’accueillir des membres de leur famille ne vivant pas dans la même habitation pendant la fête et tout déplacement au-delà d’un périmètre d’un kilomètre autour de leur domicile est également prohibé.

Les groupes de prières en plein air ne peuvent pas excéder 20 personnes et les offices en espace clos sont interdits. Les fidèles sont tenus de porter le masque et d’adhérer aux directives de distanciation sociale.

La police aurait fait fermer, vendredi, vingt synagogues qui ne se conformaient pas aux directives mises en vigueur à Bnei Brak, a annoncé la Vingtième chaîne.

Une synagogue de Bnei Brak fermée par la police, le 1er octobre, après avoir accueilli un très grand nombre de personnes en violation des règles. (Autorisation : Police israélienne)

La police n’a confirmé aucune de ces fermetures. Les communiqués émis par les forces de l’ordre, samedi soir, se sont concentrés sur les mouvements de protestation anti-gouvernementaux qui ont eu lieu dans tout le pays, notamment à Tel Aviv, où des dizaines de personnes ont été arrêtées et où des centaines d’amendes ont été distribuées pour ce que la police a déclaré être des troubles à l’ordre public, des agressions à l’encontre des policiers et le non-respect des règles mises en place dans la lutte contre le coronavirus.

Les agents ont été critiqués, ce week-end, pour ce qui a semblé être un laxisme dans l’application de ces mêmes directives dans les secteurs ultra-orthodoxes. Toutefois, certains membres du gouvernement – un gouvernement soutenu par les deux partis politiques ultra-orthodoxes les plus puissants – ont mis en cause la police pour des interventions disproportionnées au sein de la communauté Haredi, tout en permettant le déroulement des manifestations anti-gouvernementales.

Dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Sharim à Jérusalem, des images qui ont circulé sur internet ont montré des dizaines de personnes jetant des objets sur des voitures de police qui paraissaient quitter les lieux.

Une autre vidéo a montré un regroupement massif d’individus et un conteneur à ordures en feu au milieu de la rue lors d’une manifestation des membres de la communauté contre les mesures policières.

Ce quartier abrite plusieurs factions radicales qui rejettent l’autorité de l’Etat et les mouvements de protestation contre la police n’y sont pas rares.

Un journaliste du site d’information Ynet a déclaré, vendredi, que la police avait fait irruption dans des salles où se tenaient des repas de fête, organisés en violation des directives, dans ce quartier de Jérusalem, ajoutant qu’elle avait finalement quitté les lieux sans intervenir.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait fait savoir aux leaders haredim, avant Souccot, que leur communauté ne bénéficierait pas d’un traitement particulier dans l’application stricte des mesures entraînées par la pandémie de coronavirus.

« Il n’y aura pas d’assouplissement dans les restrictions », avait dit Netanyahu au cours d’une visioconférence réunissant les députés haredim ainsi que les maires de Jérusalem, de Bnei Brak, de Modiin Illit, de Rechasim, de Beitar Illit et d’Elad – des villes à majorité ultra-orthodoxe.

Des Juifs ultra-orthodoxes, membres de la communauté hassidique de Shomrei Emunim, portant des masques de protection sur fond d’inquiétudes concernant l’épidémie de coronavirus dans le pays, assistent aux funérailles de leur rabbin Refael Aharon Roth, 72 ans, mort du virus, à Bnei Brak, en Israël, le jeudi 13 août 2020. (AP Photo/Oded Balilty)

Les critiques de la communauté ultra-orthodoxes ont été croissantes, ces derniers jours, de multiples informations faisant état d’un nombre significatif de ses membres qui refusent de se soumettre aux restrictions induites par le confinement pendant les grandes fêtes, et notamment en continuant à se rassembler massivement.

Les Haredim sont loin d’être les seuls à contrevenir aux règles mises en place lors de ce confinement du pays plutôt laxiste, mais ils ont été responsables des regroupements les plus importants survenus ces dernières semaines. Ils sont par ailleurs la population la plus touchée par le virus dans le pays.

Les ultra-orthodoxes sont représentés de manière disproportionnée dans les chiffres d’infection du pays, et ils comptent pour environ 40 % des nouveaux cas, ont fait savoir des données rendues publiques jeudi.

Ces communautés représentent environ 12 % de la population israélienne.

Jérusalem et Bnei Brak ont été les villes les plus frappées par l’épidémie. Il y a actuellement 8 300 cas actifs à Jérusalem et plus de 5 700 à Bnei Brak, sur environ 71 500 cas confirmés dans le pays au total, a noté le ministère de la Santé dans la soirée de samedi.

Jeudi, le grand-rabbin de Jérusalem, Aryeh Stern, avait émis un communiqué appelant les fidèles à respecter les instructions données par le ministère de la Santé et à éviter les rassemblements massifs pendant la fête de Souccot. Stern avait appelé les résidents de Jérusalem à prendre en considération la sécurité sanitaire de tous.

Le rabbin Chaim Kanievsky chez lui à Bnei Brak, le 15 avril 2018. (Crédit : Yaakov Naumi / Flash90)

Le rabbin Chaim Kanievsky et le rabbin Gershon Edelstein, leaders de la communauté ultra-orthodoxe lituanienne à Jérusalem, qui comptent des centaines de milliers de fidèles, avaient appelé mercredi à favoriser la prière en plein air.

Kanievsky lui-même a été testé positif au coronavirus dans la journée de vendredi.

Ce diagnostic est survenu deux jours après que le quotidien Haaretz a rapporté que Kanievsky aurait contrevenu à sa quatorzaine en accueillant des visiteurs à son domicile de Bnei Brak après Yom Kippour, alors qu’il lui avait été demandé de se placer à l’isolement en raison de son exposition à un porteur confirmé du coronavirus – son chauffeur.

La crise au sein des communautés ultra-orthodoxes est une source de préoccupation majeure pour les responsables de la santé, qui attribuent la surreprésentation des Juifs Haredim parmi les malades aux regroupements de fête, aux yeshivot bondées et à des conditions de vie en promiscuité.

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