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Archéologie

Conséquences actuelles de l’exploitation du bois du temps du roi Salomon – étude

L'utilisation, à l'âge du fer, d'un grand nombre d'arbres et d'arbustes dans le sud d'Israël pour la fabrication de charbon de bois a causé des dommages écologiques irréversibles

Un tas de déchets industriels mélangés à du charbon de bois sur la "colline des Esclaves", dans la vallée de Timna, en Israël. (Crédit : Erez Ben-Yosef/Central Timna Valley Project)
Un tas de déchets industriels mélangés à du charbon de bois sur la "colline des Esclaves", dans la vallée de Timna, en Israël. (Crédit : Erez Ben-Yosef/Central Timna Valley Project)

La folie d’abattre des arbres, entre autres plantes, pour tirer un profit à court terme, a touché le monde antique entraînant des conséquences sur le monde moderne. De nouvelles recherches suggèrent que l’utilisation intensive de la végétation du désert d’Arava pour alimenter les célèbres mines de cuivre du roi Salomon, à Timna, a provoqué l’effondrement de l’industrie et de l’environnement local.

Selon l’équipe de recherche de l’université de Tel Aviv, la catastrophe écologique qui s’est produite à l’époque est encore perceptible aujourd’hui.

La vallée de Timna est située à environ 20 kilomètres au nord du golfe d’Eilat, dans la partie sud du désert d’Arava, à l’extrême sud d’Israël. Niché entre des falaises abruptes, il possède un écosystème naturel qui fait partie de la ceinture désertique saharo-arabique. Celui-ci se caractérise par une végétation clairsemée, principalement le long des lits des cours d’eau saisonniers et dans les oasis. En l’occurrence, les oasis d’Evrona et de Yotvata sont toutes deux situées entre 10 et 15 kilomètres de la vallée de Timna.

Depuis le Chalcolithique (cinquième millénaire avant notre ère), mais surtout pendant une période d’environ un demi-millénaire à la fin de l’âge du bronze et de l’âge du fer (du IIIe au IXe siècle avant notre ère), la vallée de Timna a été le site de l’un des plus importants centres de production de cuivre de l’Antiquité.

Affaiblie par des luttes internes, l’Égypte s’était retirée de la région, laissant cette industrie lucrative aux mains des Édomites locaux.

« Nous savons aujourd’hui que la production de cuivre a en fait atteint son apogée ici à peu près à l’époque des rois David et Salomon », a déclaré le professeur Erez Ben-Yosef, directeur des fouilles archéologiques dans la vallée de Timna, faisant référence aux monarques bibliques. « La Bible ne mentionne jamais les mines en tant que telles, mais elle nous dit que David a conquis la région de Timna, connue à l’époque sous le nom d’Edom, plaçant des garnisons dans tout le pays, de sorte que les Édomites sont devenus ses sujets, et que son fils Salomon a utilisé d’énormes quantités de cuivre pour construire le Temple de Jérusalem. »

Le cuivre était extrait du minerai par fusion dans des fours en terre cuite à une température de 1 200 degrés Celsius.

Les fours étaient détruits après chaque opération de fusion visant à extraire le précieux métal. Le charbon de bois et les débris métallurgiques restants étaient déversés sur des monticules de scories, dont les couches s’accumulaient les unes sur les autres, permettant d’établir une chronologie.

Une expérience distincte de l’université de Tel Aviv visant à reconstituer la technologie de fusion du cuivre vieille de 6 500 ans à Beer Sheva, le 25 juin 2020. (Crédit : Central Timna Valley Project)

Dans le but d’explorer le rôle de l’environnement dans la durabilité de l’industrie du cuivre de Timna, des chercheurs du département d’archéologie et des cultures du Proche-Orient ancien de l’université de Tel Aviv ont analysé plus de 1 200 échantillons de débris de charbon de bois. (Le charbon de bois brûle à une température plus élevée et conserve sa chaleur plus longtemps que le bois frais.)

Ils se sont concentrés sur les matériaux provenant de monticules de scories datés vers la fin du XIe siècle avant notre ère et situés dans deux sites fortifiés.

Excavation d’une zone connue sous le nom de « Colline des Esclaves », dans la vallée de Timna, en Israël. (Crédit : Hai Ashkenazi et du Central Timna Valley Project)

L’équipe a découvert qu’au début de la période étudiée, les trois quarts du charbon de bois provenaient d’espèces d’acacias et de branches et racines de genêts blancs, tous deux disponibles à proximité.

Ces deux espèces ont des fibres épaisses et une densité de bois élevée, offrant ainsi un matériau à haut pouvoir calorifique et à haute combustion.

Le charbon de bois brûlant du genêt blanc est mentionné dans le TaNaKh – Bible hébraïque – Psaumes 120:4 : « Il te punira avec la flèche acérée d’un guerrier, avec les charbons ardents du buisson de genêts ». Les racines de l’arbuste apparaissent dans Job 30:4 comme étant une source de nourriture.

Du genêt blanc fleurit dans le désert. (Crédit : Ariel Palmon/Peter Coxhead, CC BY-SA 4.0/Wikimedia)

Cependant, au fil du temps, à partir du milieu du Xe siècle, ces espèces se sont manifestement épuisées, obligeant les ouvriers à se mettre à la recherche de plantes moins adaptées à la production de charbon de bois – parmi lesquelles les palmiers dattiers des oasis, les pistachiers et les genévriers que l’on ne trouve aujourd’hui que dans les régions plus élevées et plus pluvieuses.

Le transport du bois sur des distances allant jusqu’à 100 kilomètres, à travers des terrains escarpés, aurait coûté de l’argent et du temps, ont noté les chercheurs.

Au milieu du IXe siècle avant notre ère, après la consommation d’environ 30 000 tonnes de bois, les mines de cuivre de cette région ont fermé.

Sur un seul monticule, l’équipe a trouvé du charbon de bois correspondant à au moins 4 100 acacias et à plus de 185 000 buissons de genêts blancs.

An acacia tree in the Negev Desert (photo credit: Nati Shohat/Flash 90)
Un acacia dans le désert du Néguev. (Crédit : Nati Shohat/Flash 90)

Les chercheurs ont supposé que le climat de la vallée de Timna à l’âge du fer était similaire à celui d’aujourd’hui.

Mais une plus grande variété de plantes du désert et de la savane aurait pu être disponible, comme le suggèrent les restes de charbon de bois d’espèces telles que l’arbre à brosse à dents, Salvadora persica, (dont les bâtons sont traditionnellement utilisés comme nettoyeurs de dents), qui ne pousse plus dans la vallée.

Les chercheurs en ont déduit que plus de plantes poussaient alors, plus d’eau était stockée dans l’écosystème local, principalement dans les racines, les tiges et les sols des plantes, et jouait un rôle clé dans le cycle de l’eau.

En outre, de nombreuses espèces utilisées par les fondeurs de l’âge du fer, notamment l’acacia et le genêt blanc, auraient maintenu la stabilité du sol, permis aux plantes de germer correctement et protégé contre la dégradation des terres, en plus de fournir de la nourriture et du fourrage aux animaux sauvages et aux bergers.

La suppression d’un si grand nombre de plantes pour la fonte du cuivre aurait « affecté de manière irréversible la capacité du système à retenir l’humidité », a conclu l’équipe.

Ils ont noté n’avoir vu que deux petits buissons de genêt blanc dans la partie nord de la vallée de Timna, et aucun ailleurs dans la région, lors de nombreuses excursions et enquêtes de terrain menées au cours de la dernière décennie, « ce qui soulève la possibilité que la population de genêt blanc ne s’est jamais remise de la surexploitation de l’âge du fer ».

« Dans l’ensemble », ont-ils conclu, « il est suggéré que l’industrie lucrative du cuivre a pris fin en raison des limites de la disponibilité du combustible, causées par l’accélération anthropique de la désertification et de la dégradation de l’environnement ».

Dr. Dafna Langgut et Prof. Erez Ben-Yosef. (Crédit : Université de Tel Aviv)

L’industrie du cuivre « a finalement conduit à un effondrement de l’environnement, certainement dans le microclimat de la vallée de Timna, voire au-delà ».

L’étude, publiée dans la revue Scientific Reports, a été menée par le doctorant Mark Cavanagh, le professeur Erez Ben-Yosef et la docteure Dafna Langgut du musée d’histoire naturelle Steinhardt, qui dirige également le laboratoire d’archéobotanique et des environnements anciens de l’université de Tel Aviv.

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