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COP26 : Boris Johnson reconnaît une certaine « déception »

"Les émissions mondiales doivent diminuer, immédiatement, rapidement, dans l'urgence absolue", alors qu'elles continuent à augmenter, a plaidé Joeri Rogelj

Le Premier ministre britannique Boris Johnson assiste à une conférence de presse virtuelle au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 8 mars 2021. (HANNAH MCKAY / POOL / AFP)
Le Premier ministre britannique Boris Johnson assiste à une conférence de presse virtuelle au 10 Downing Street, dans le centre de Londres, le 8 mars 2021. (HANNAH MCKAY / POOL / AFP)

Après l’accord conclu sur le fil par près de 200 pays samedi à Glasgow, le Premier ministre britannique Boris Johnson, dont le pays accueillait la COP26, a reconnu ressentir une certaine « déception », ayant espéré que les pays aillent plus loin pour réduire le réchauffement climatique.

« Ma joie devant ces progrès est teintée de déception », a déclaré M. Johnson lors d’une conférence de presse, évoquant « ceux pour qui le changement climatique est déjà une question de vie ou de mort ».

« Ils exigeaient un haut niveau d’ambition pour ce sommet. Et si beaucoup d’entre nous étaient prêts à faire, ce n’était pas le cas de tout le monde, » a-t-il poursuivi.

Il a toutefois souligné les progrès réalisés, se félicitant en particulier que « Glasgow (ait) sonné le glas de l’énergie au charbon ».

A l’issue de deux semaines de négociations menées jour et nuit jusqu’à la dernière seconde, la quasi totalité des nations de la planète se sont accordées sur un compromis pour accélérer la lutte contre la hausse des températures.

Mais alors que chaque dixième de degré supplémentaire a des conséquences majeures, les décisions de ce « Pacte de Glasgow » ne mèneront pas à un réchauffement limité à 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle, – l’objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris qui a en 2015 posé les bases de l’action climatique.

Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, suite à des discussions à Moscou, en Russie, le 12 mai 2021. (Crédit : Maxim Shemetov, Pool via AP)

« La catastrophe climatique frappe toujours à la porte », a averti le patron de l’ONU, Antonio Guterres.

« Les émissions mondiales doivent diminuer, immédiatement, rapidement, dans l’urgence absolue », alors qu’elles continuent à augmenter, a plaidé Joeri Rogelj, de l’Imperial College de Londres.

Fermer les centrales à charbon

Glasgow, berceau de la révolution industrielle nourrie au charbon, restera néanmoins la ville où pour la première fois au plus haut niveau, après 26 conférences, les mots « combustibles fossiles » et « charbon », qui désignent les principaux responsables du réchauffement, auront été couchés sur le papier.

« Cela arrive bien tard mais c’est vraiment bienvenu », a commenté Chris Littlecott, spécialiste de la transition énergétique du groupe de réflexion E3G. « 2021 a vu la fermeture du robinet des financements du charbon, la COP26 a ouvert un nouveau chapitre, celui de l’accélération de la mise à la retraite des centrales à charbon existantes ».

Nommer enfin charbon et pétrole s’est fait dans la douleur, l’Inde et la Chine parvenant au dernier moment, dans la salle même où devait résonner le coup de marteau final, à atténuer encore la formulation en « réduction » au lieu de « sortie » du charbon, poussant le président de la COP26, Alok Sharma, en larmes, à présenter ses excuses au monde.

Dimanche, M. Sharma a déclaré à la BBC que la Chine et l’Inde devraient « s’expliquer » sur cette décision.

Le virage de la Chine est intervenu alors qu’elle avait mercredi annoncé un accord surprise avec les Etats-Unis, deuxième émetteur de gaz à effet de serre après elle. Le président Joe Biden, qui s’en était vivement pris au début de la COP à son homologue chinois Xi Jinping pour son absence à Glasgow, doit avoir avec lui lundi une vidéoconférence.

« Souffrances indescriptibles »

« Pékin se doit dans un avenir proche de tenir les promesses du Pacte pour le climat de Glasgow en fixant une date pour la fin du charbon sur son territoire », estime Byford Tsang, d’E3G.

« La manière dont les pays vont nouer de nouvelles coopérations pour parvenir à des actions plus rapides sur les 12 prochains mois sera le véritable examen de passage de Glasgow », résume E3G en rappelant les autres promesses de la COP26 sur la réduction des émissions de méthane, puissant gaz à effet de serre, sur la déforestation, et le financement des énergies fossiles.

« J’encourage les responsables politiques et économiques à agir immédiatement et avec clairvoyance », a aussi déclaré le pape François après la prière de l’Angélus en évoquant la COP26.

« Si les pays et en particulier les grands émetteurs restent sur leurs politiques des petits pas et du ‘business as usual’, ils condamneront les générations actuelles et futures à un monde de souffrances et de dommages indescriptibles », avertit l’UCS (Union of Concerned Scientists).

Des souffrances déjà vécues par les pays les plus pauvres, les moins responsables du réchauffement mais en première ligne face à ses impacts et qui se sont battus à Glasgow pour obtenir un financement spécifique de leurs « pertes et préjudices ».

Ils ont à contrecœur cédé, acceptant une poursuite du dialogue afin ne pas perdre les avancées sur la lutte contre le réchauffement.

Le président de Madagascar, Andry Rajoelina, boit un échantillon du remède « Covid Organics » lors d’une cérémonie de lancement à Antananarivo le 20 avril 2020. La tisane est dérivée de l’armoise, une plante dont l’efficacité dans le traitement du paludisme a été prouvée, et d’autres herbes indigènes. (Crédit : RIJASOLO / AFP)

« On ne peut plus attendre ». L’Afrique, émetteur insignifiant de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale mais continent le plus vulnérable face au changement climatique, avait appelé le 2 novembre au financement de milliards de dollars pour son adaptation.

« Dans le sud de mon pays, qui fait face à une famine causée par le changement climatique, plus de 1,3 million de personnes sont dans une situation de détresse alimentaire, l’absence de pluie depuis plusieurs années a rendu impossible toute activité de subsistance », avait expliqué le président malgache Andry Rajoelina lors d’un « sommet pour l’accélération de l’adaptation en Afrique ».

« Mes compatriotes endurent le tribut d’une crise climatique à laquelle ils n’ont pas participé, » a-t-il souligné, évoquant ce que l’ONU décrit comme la première famine au monde directement causée par la crise climatique.

Et c’est bien le grief des pays africains, comme de nombreux autres pays en développement.

« Pour un continent qui contribue à hauteur d’environ 3 % aux émissions de gaz à effet de serre, l’Afrique ne peut pas être livrée à elle-même pour en gérer les effets de plus en plus néfastes, » a résumé le président de la République démocratique du Congo (RDC) Félix Tshisekedi, président en exercice de l’Union africaine et à l’initiative de la réunion.

Le président congolais Felix Tshisekedi au Forum pour la Paix de Paris, le 12 décembre 2019 à Paris. (Crédit : Ludovic Marin/Pool via AP)

Il apporte le soutien de l’UA à un programme de 25 milliards de dollars de la Banque africaine de développement (BAD) et du Centre mondial pour l’adaptation (GCA, basé aux Pays-Bas) pour « accélérer » l’Initiative d’Adaptation pour l’Afrique, qui avait été lancée en 2015, lors de la COP21 ayant débouché sur l’accord de Paris.

Via la BAD, le continent a mobilisé la moitié de cette somme et en appelle aux pays développés pour financer le même montant.

« 25 milliards de dollars sur cinq ans ne suffisent certainement pas à combler le déficit de financement de l’adaptation », souligne le président congolais, rappelant que le continent est destinataire de seulement six milliards environ d’aide climatique.

Or, le président du GCA, Patrick Verkoojien, chiffre à 33 milliards par an les besoins du continent. « Les partenaires du développement se cachent toujours derrière l’excuse qu’il n’y a pas de plan. Eh bien maintenant, il y a un plan », dit-il à l’AFP.

« Un plan qui appartient à l’Afrique et est dirigé par l’Afrique, » martèle le président congolais, alors que le dossier des promesses non tenues de financement des pays riches aux plus pauvres, exposés aux ravages grandissants des sécheresses, feux et inondations causés par le réchauffement, est un des plus brûlants de la COP de Glasgow.

Et encore faut-il rééquilibrer ces fonds de l’atténuation (lutte contre les émissions) vers l’adaptation. A au moins 50/50, souligne Akinwumi Adesina, patron de la BAD, se félicitant que son institution en soit déjà à 63 % pour les projets d’adaptation.

Sharma, a apporté son soutien à l’initiative, reconnaissant que « les besoins sont grands et l’injustice criante ». Et d’annoncer près de 200 millions de dollars de nouveaux financements de Londres, qui devraient « débloquer au total près de 1,2 milliard ». « Et il y en aura plus », a-t-il promis.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre italien des Affaires étrangères au Fiera di Roma, à Rome, dans le cadre d’une visite dans trois pays d’Europe, le 28 juin 2021. (Crédit : ANDREAS SOLARO / AFP)

« Les populations et les leaders de la région ont vu ce qui se prépare et ils veulent faire en sorte de l’arrêter. Le monde, particulièrement les pays qui ont contribué à fabriquer cette crise, doit se lever pour aider, » a reconnu de son côté le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken, vantant l’engagement de l’administration Biden sur l’adaptation.

Pour favoriser la mise en oeuvre des engagements, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a quant à elle vanté la rationalité économique de tels investissements : « l’adaptation c’est aussi du développement ». Pour elle, « le monde devrait aussi payer » pour les services rendus, par exemple « quand nous protégeons les forêts » qui capturent du CO2.

Une piste mise en oeuvre par exemple dans un programme forestier pilote au Gabon. Ou avec des aménagements de dette pour des mesures de protection de l’océan aux Seychelles.

En tout cas « nous ne pouvons plus attendre », a lancé le président Tshisekedi, appelant à ce que le projet « d’accélération » soit totalement financé d’ici la fin de la 27e Conférence des parties à la Convention des nations unies sur le climat (COP), prévue sur le continent africain, en Egypte.

Douze mois séparent l’Écosse de l’Égypte…

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