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Opinion

Corruption : A côté de Westminster, la Knesset semble relativement raisonnée

Imaginez l'indignation si des députés étaient des lobbyistes payés par des entités commerciales, achetant presque ouvertement leurs sièges au Parlement

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre britannique Boris Johnson salue le Premier ministre de l'époque, Benjamin Netanyahu, à Downing Street, à Londres, le 5 septembre 2019. (Crédit :  AP Photo/Alberto Pezzali)
Le Premier ministre britannique Boris Johnson salue le Premier ministre de l'époque, Benjamin Netanyahu, à Downing Street, à Londres, le 5 septembre 2019. (Crédit : AP Photo/Alberto Pezzali)

Le gouvernement britannique du Premier ministre Boris Johnson est actuellement noyé dans un flot de révélations de malversations financières qui semble sans fin – dont certaines, me semble-t-il, éclipsent jusqu’aux pires excès de la corruption politique en Israël.

De nombreux membres conservateurs du Parlement, et certains du Parti Travailliste, auraient ainsi accepté des cadeaux, dont des billets forts chers pour des événements sportifs. Dans au moins un cas, l’industrie du jeu aurait procédé à des paiements directs substantiels de manière à être défendue contre les restrictions législatives prévues contre l’industrie qui étaient envisagées.

Il s’est avéré qu’un éminent député conservateur avait reçu des milliers de livres par mois de la part d’une entreprise du secteur de la santé qui a finalement remporté – après des discussions du dit parlementaire, représentant la firme, avec le ministre concerné – des contrats liés à la COVID à hauteur de centaines de millions de livres. Quand sa conduite a été révélée, le gouvernement a tout d’abord cherché à amender les régulations en termes d’éthique du Parlement de manière à épargner le député et à éviter sa suspension, s’efforçant ensuite de saper le commissaire responsable d’enquêter sur de tels abus au sein de la vénérable institution. Suite à l’indignation qui a suivi, et notamment à celle de certains autres législateurs conservateurs, l’homme a finalement démissionné il y a une dizaine de jours.

Il a aussi été annoncé que l’ancien procureur-général du gouvernement, membre du Parlement, a gagné plus de six millions de livres au cours des quinze dernières années en travaillant, dans le privé, comme juriste – y compris pour le compte d’un responsable étranger qui fait actuellement l’objet d’une enquête du gouvernement britannique pour corruption. Au moment de la COVID, il avait effectué une partie de ce travail privé depuis les Caraïbes en votant par procuration. Il aurait également loué son domicile de Londres, partiellement acheté avec l’argent du contribuable.

Cet ex-procureur-général n’est assurément pas le seul député à gagner beaucoup d’argent hors des murs du Parlement : Il a été établi qu’environ un député conservateur sur quatre – et de nombreuses personnalités qui siègent sur les bancs de l’opposition – ont un travail en plus de leur activité au Parlement, ce qui n’est pas illégal dans le système britannique.

Pour sa part, le Premier ministre Boris Johnson lui-même a essayé de se soustraire à la demande qui lui était faite de dévoiler le nom de la personne qui, initialement, l’avait aidé à payer la rénovation de son appartement de Downing Street qui a coûté plus de six fois le budget officiel, tout en rejetant les accusations laissant entendre qu’il aurait soutenu les intérêts commerciaux d’une amante lorsqu’il était maire de Londres.

Une vue générale d’une session de la Chambre des Lords au parlement de Londres. (Crédit : AFP/POOL/Kirsty Wigglesworth)

Mais le plus vertigineux, pour cet ex-Britannique, a été la révélation que les donateurs au parti du gouvernement – s’ils donnent suffisamment d’argent – peuvent raisonnablement espérer obtenir une pairie à vie (un siège à vie, donc) à la chambre des Lords, la deuxième chambre du Parlement, la chambre « d’en haut ». Les Lords, qui sont actuellement 783 – ils bénéficient d’une pairie à vie ou héréditaire et forment une assistance plus nombreuse que cela n’est le cas à la Chambre des communes (seul le Congrès national populaire, en Chine, compte un nombre plus élevé de représentants) – ont un pouvoir important en termes d’amendement, voire de rejet des législations qui sont adoptées par les membres élus de la Chambre des Communes.

De manière plus précise, la majorité des hommes (il n’y a eu que des hommes) qui ont tenu le poste de Trésorier principal du parti conservateur (il est chargé de dynamiser les collectes de fonds pour la formation) au cours des vingt dernières années, et qui ont ainsi offert chacun plus de trois millions de livres aux caisses du parti, ont gagné un siège à la chambre des Lords. Le prochain dans la file d’attente, soit dit en passant, est Sir Ehud Sheleg, né à Tel Aviv, qui a donné 3,8 millions de livres au parti (et dont le frère s’est illustré dans un scandale aux options binaires dont Sir Ehud a dit tout ignorer).

Cette montagne de malversations a permis de relancer le parti Travailliste d’opposition – écrasé par les conservateurs de Johnson lors des élections générales de 2019 suite à la crise de l’antisémitisme qui avait ravagé les rangs du Labour quand il était placé sous l’autorité de Jeremy Corbyn, son leader déchu. Le Labour fait ainsi une percée dans les sondages d’opinion.

Et pendant ce temps en Israël

Observer, depuis Jérusalem, cette cascade quotidienne de scandales ne peut qu’inviter à la comparaison et au contraste avec nos normes politiques et avec nos propres violations éthiques et financières.

Pour le dire crûment, pouvez-vous imaginer l’indignation, ici, s’il devait être prouvé que les députés effectuaient un travail de lobby rémunéré pour des entités commerciales et pour des groupes d’intérêt, et/ou s’ils consacraient une grande partie de leur temps de travail, dans la semaine, à leurs emplois privés, et/ou qu’il achetaient des sièges au Parlement ?

Le système israélien est (très) loin d’être parfait. Trop de partis choisissent leurs députés en fonction des caprices et des préférences de leurs responsables ; ces législateurs choisis ne sont pas directement, individuellement, élus par nos soins et ils n’ont pas de compte à rendre à leurs électeurs. Et s’il serait impensable qu’un parlementaire achète quasiment ouvertement son siège à la Knesset – dans le pur style du trésorier du parti conservateur britannique – nous ne savons très certainement pas toujours quels intérêts, quels atouts ou autres qualités amènent tel ou tel leader de parti à placer telle ou telle personnalité sur la liste de sa formation, et quelle loi pourrait être défendue et rejetée en raison des intérêts particuliers des uns ou des autres.

Mais nous avons des règles strictes qui interdisent aux membres de la Knesset d’avoir un travail autre que l’activité parlementaire, ou qui bannissent les paiements effectués par des entités commerciales. Nos lois financières concernant les campagnes sont de plus en plus contraignantes. Et les députés sont très limités concernant l’acceptation des cadeaux qu’ils sont susceptibles de recevoir. Même les stylos coûteux sont contraires au règlement (comme Ehud Olmert en avait fait l’expérience) – sans même parler de bracelets d’une valeur de 40 000 dollars…

Les membres de la Knesset, des experts, des lobbyistes extérieurs et d’autres participent à une rencontre, en 2017, de la Commission des réformes de la Knesset sur la mise hors-la-loi de l’industrie des options binaires. (Crédit : Times of Israel staff)

Ce qui nous amène enfin au procès de Netanyahu. Il n’y a aucune raison de tirer une quelconque fierté de ce qu’après les condamnations d’un président et d’un ex-Premier ministre, alors que d’autres anciens députés font l’objet d’enquêtes pour corruption présumée, un nouveau chef de gouvernement se trouve ainsi devant la justice pour avoir fait avancer les intérêts lucratifs, et illicites, d’un magnat des médias au détriment du public et à son bénéfice personnel ; pour avoir tenté de gagner une couverture médiatique en sa faveur et pour avoir profité à un niveau quasiment industriel de cadeaux illicites.

A LIRE – Etat d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

Mais peu importe la lenteur du système dans le pays, et peu importe un processus lourd, tendu et incendiaire : combien d’autres démocraties ont ainsi su démontrer, au fil des décennies, que tout le monde – hauts-responsables y compris – est égal devant la loi et devra répondre de ses actes quand cela sera nécessaire ?

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