Corruption : Moshe Gafni envisage de soutenir une loi protégeant Netanyahu
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Corruption : Moshe Gafni envisage de soutenir une loi protégeant Netanyahu

Le député ultra-orthodoxe a minimisé les accusations contre le Premier ministre, disant qu'il ne s'agit ni "d'espionnage", ni de "trahison"

Le député Moshe Gafni du parti Yahadut HaTorah tente de s'entretenir avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset le 24 novembre 2015. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le député Moshe Gafni du parti Yahadut HaTorah tente de s'entretenir avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset le 24 novembre 2015. (Yonatan Sindel/Flash90)

Un éminent député ultra-orthodoxe a fait part mardi de son soutien potentiel à une législation qui protégerait le Premier ministre Benjamin Netanyahu des accusations de corruption qui le menacent s’il devait remporter les élections de la Knesset, le 9 avril.

« Nous irons aux élections et nous verrons les résultats. S’il s’avère que le public a confiance en Netanyahu, sachant ce qu’il se passe actuellement pour lui, alors il faudra que nous songions à prendre une initiative qui le protégera d’un passage devant les juges », a commenté Moshe Gafni, chef de la faction lituanienne Degel Hatorah au sein du parti Yahadout HaTorah, au micro de la radio israélienne.

Alors qu’il risque une possible inculpation dans trois dossiers de corruption – avec notamment une accusation de pots-de-vins – les rumeurs laissent entendre que Netanyahu aurait prévu une condition d’entrée au sein de la coalition post-électorale qu’il espère former : celle du soutien à un texte appelé la « loi française », qui le protégerait des poursuites pendant tout son mandat.

Anticipant la nécessité d’une telle initiative, le député Bezalel Smotrich, numéro deux de la nouvelle Union des partis de droite et président de la faction radicale de l’Union nationale a, la semaine dernière, introduit un projet de loi qui donnerait aux députés davantage de pouvoir pour bloquer l’éventuelles inculpations décidées à l’encontre des membres de la Knesset en exercice, parmi lesquels le Premier ministre.

Les alliés de Netanyahu ont d’ores et déjà proposé plusieurs textes législatifs visant à lui accorder l’immunité et à prévenir toute médiatisation.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) et le procureur général Avichai Mandelblit lors d’une réunion du gouvernement en juillet 2015, quand Mandelblit était secrétaire du cabinet. (Crédit : Emil Salman/POOL)

Le procureur-général Avichai Mandelblit a annoncé, le 28 février, qu’il prévoyait d’inculper Netanyahu – sous réserve d’une audience – dans trois affaires de corruption et notamment pour pots-de-vin dans l’affaire Bezeq, la plus grave.

« J’attends d’un fonctionnaire qu’il se montre modeste et humble et qu’il ne prenne pas en charge le genre de choses dont le Premier ministre est soupçonné », a expliqué Gafni mardi, qui a ajouté qu’en fin de compte, « la loi dit qu’un Premier ministre peut conserver ses fonctions à moins qu’un verdict final ne soit tombé ».

Il a également tenté de minimiser les accusations de pots-de-vins et de fraude soulevées par Mandelblit, disant que les soupçons nourris à l’encontre de Netanyahu « ne sont pas graves » et ajoutant qu’il fallait « réfléchir à la loi française » si « nous parlons bien d’affaires financières qui ne sont pas significatives ».

« Nous agissons conformément à la loi », a ajouté Gafni. « Nous avons en permanence soutenu la droite et Netanyahu ces dernières années ».

Yair Lapid, président de Yesh Atid, prend la parole lors d’un rassemblement commémorant les 23 ans de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, sur la place Rabin de Tel Aviv le 3 novembre 2018. (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Lors d’un événement organisé la semaine dernière par le Times of Israel, le co-leader du parti Kakhol lavan, Yair Lapid, a prédit qu’en cas de réélection de Netanyahu, il adopterait immédiatement trois lois qui lui octroieraient l’immunité face aux poursuites. La première serait « le projet de loi sur l’immunité » introduit par Smotrich qui « stipule qu’il n’est pas permis d’amener un Premier ministre en exercice devant le tribunal », a expliqué Lapid. « Il fera adopter un texte qui limitera de manière significative la capacité de la cour suprême à rejeter les projets de loi – afin que le tribunal ne soit plus en mesure d’abroger les deux premières législations. « Ce sera ‘la fin d’un monde tel que nous le connaissons’, comme dit la chanson », a mis en garde Lapid.

Yahadout Ha Torah et le parti ultra-orthodoxe Shas sont les partenaires de coalition les plus sûrs du Premier ministre depuis de longues années et ils ont été parmi les premiers à annoncer qu’ils rejoindraient un gouvernement dirigé par Netanyahu, même si ce dernier devait être officiellement inculpé.

Netanyahu a, en échange, été un bon partenaire pour les partis religieux, en leur donnant le contrôle de portefeuilles-clés comme les ministères de l’Intérieur ou des Affaires religieuses. Il a aussi maintenu les exemptions de service militaire dont jouissent les ultra-orthodoxes et alloué des budgets généreux aux séminaires religieux et aux yeshivot.

Le président du Comité des finances, Moshe Gafni (D) et le ministre de la Santé Yaakov Litzman assistent à une réunion du Comité des finances à la Knesset à Jérusalem le 6 septembre 2016. (Yonatan Sindel/Flash90)

Au cours de son interview, Gafni a aussi défendu le chef de sa formation, le vice-ministre de la Santé Yaakov Litzman, qui est soupçonné d’avoir tenté d’empêcher l’extradition vers l’Australie de Malka Leifer, une directrice d’école, qui doit faire face là-bas à 74 chefs d’accusation pour pédophilie.

Litzman aurait ordonné à un psychiatre de falsifier un rapport qui l’aurait alors déclaré inapte à la tenue d’un procès, une accusation qu’il a rejetée.

Litzman est également accusé d’être venu en aide à plusieurs délinquants sexuels, notamment au rabbin Eliezer Berland, et d’avoir mis en place des traitements médicaux préférentiels pour les membres de sa secte hassidique de Gour.

« Contrairement aux soupçons contre d’autres, il n’a rien fait pour lui-même – il a agi pour aider les autres », a estimé Gafni. « Que ce soit autorisé ou interdit – il affirme que c’est autorisé et j’espère qu’il a raison ».

Raoul Wootliff a contribué à cet article.

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