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COVID : La situation en Israël est stable, et pas encore au stade endémique

Michael Edelstein, épidémiologiste de renom, explique que, bien qu'Israël mette actuellement fin aux dernières restrictions, de fortes fluctuations des cas sont encore possibles

Un Israélien coupe un masque géant pour fêter la fin de l'obligation du port du masque à Jérusalem, le 18 avril 2021. (Crédit :  Yonatan Sindel/Flash90)
Un Israélien coupe un masque géant pour fêter la fin de l'obligation du port du masque à Jérusalem, le 18 avril 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Israël a mis un terme à certaines des ses dernières restrictions relatives au coronavirus. À partir de samedi, les voyageurs israéliens et étrangers n’auront plus besoin de subir un test de dépistage du COVID-19 pour entrer dans le pays.

À partir de mardi, les masques faciaux ne seront plus exigés sur les vols internationaux, et ne seront obligatoires que dans les établissements médicaux et pour personnes âgées. Ces changements donnent l’image d’un pays en phase de sortie de l’état pandémique.

Dans une interview sur la situation actuelle avec le Times of Israel, le professeur Michael Edelstein, épidémiologiste de renom, a déclaré qu’Israël bénéficiait d’une accalmie bien méritée et réagit en conséquence en termes de politique de restriction, mais que la frontière restait mince entre stabilité et complaisance.

Après tout, le virus continue de circuler dans une grande partie du monde, ce qui signifie que des cas, y compris de nouveaux variants, sont susceptibles de toucher Israël. Actuellement, l’immunité contre l’infection est élevée, mais cela va changer, a-t-il souligné.

« L’émergence d’un nouveau variant est probablement une question de temps, et non de probabilité, et pourrait provoquer des pics d’infection », a-t-il déclaré. Toutefois, selon son analyse, Israël pourra supporter de tels pics sans se retrouver en phase de crise.

Edelstein était, au début de la pandémie, haut responsable de la santé en Angleterre. Il a, depuis, rejoint l’Université Bar Ilan en Israël et travaille sur d’importants projets de recherche sur le coronavirus et les vaccins.

Une infirmière du Magen David Adom avec un test antigénique de dépistage rapide au COVID-19 dans un centre de dépistage de type Drive-in à Jérusalem, le 22 mars 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Comment évaluez-vous la situation actuelle en Israël ?

Nous sommes dans une situation stable dans laquelle toutes les restrictions ont pratiquement été suspendues ; les restrictions liées au transport aérien sont sur le point de disparaître.

Mais en plus d’être dans une situation stable, nous sommes dans une situation potentiellement complaisante.

Il est facile d’oublier que, même si les cas sont peu nombreux en Israël, le virus continue de circuler à l’échelle internationale et que la réimportation est probable. Dans certaines parties du monde, la transmission se poursuit et la vaccination n’est pas optimale, ce qui ne se traduit pas seulement par un nombre élevé de cas, mais crée également un terrain propice à l’apparition de nouveaux variants.

Pouvons-nous commencer à utiliser le mot « endémique » pour décrire notre situation en ce qui concerne le coronavirus ?

Je ne pense pas que nous soyons encore en mesure de dire que le COVID-19 est endémique. Nous n’en sommes pas encore au stade de petites fluctuations et nous ne savons pas à quoi nous attendre – au contraire, il pourrait bien y avoir des pics d’infection. Je ne me permettrai donc pas encore d’utiliser le terme « endémique ».

L’épidémiologiste Michael Edelstein. (Autorisation de Michael Edelstein)

Nombreux sont ceux qui pensent qu’Omicron, qui s’est propagé si rapidement et a infecté tant de personnes, est le dernier des variants inquiétants. Est-ce exact ?

Non – ou plutôt, nous n’avons aucun moyen de le savoir. Beaucoup de gens ne le savent pas, mais il y a eu beaucoup de nouveaux variants depuis Omicron. Nous n’en avons pas beaucoup entendu parler. C’est en partie dû au fait que l’actualité a été tellement submergée par les événements en Ukraine que le coronavirus a été relégué au second plan dans la conscience du public.

Mais c’est surtout parce qu’aucun des variants récents n’a eu d’avantage évolutif par rapport à Omicron, ce qui signifie qu’ils ne se sont pas propagés plus rapidement et ne sont pas devenus dominants. L’émergence d’un nouveau variant présentant un avantage évolutif est probablement une question de temps, et non de probabilité, et pourrait provoquer des pics d’infection.

Cela signifie-t-il que ce n’est qu’une question de temps avant que nous ne nous retrouvions de nouveau en pleine pandémie, avec des hôpitaux débordés et des mesures de confinement ?

Non. Nous avons appris à mieux gérer notre mode de vie pour nous adapter à différents scénarios de COVID, sans avoir le sentiment d’être en pleine crise. De plus, nous disposons d’un haut degré d’immunité, à la fois grâce à de nombreuses personnes infectées et/ou en voie de guérison, mais aussi grâce à la vaccination.

Bien que cela n’empêche pas nécessairement les gens d’être infectés, cela a un effet très fort empêchant la « rechute » vers une forme grave. Même au cœur d’Omicron, les hôpitaux n’étaient pas débordés. Nous sommes donc devenus bien plus aptes à gérer les cas. Grâce à l’immunité – en supposant que les futurs variants provoquent des symptômes similaires – nous pourrons même gérer un nombre relativement important de cas.

Quel est le raisonnement qui sous-tend l’assouplissement des règles relatives aux voyages internationaux si l’importation de nouveaux variants reste une préoccupation ?

L’idée directrice du gouvernement semble être que ceux qui veulent être vaccinés l’ont été, et que même s’il y a d’autres importations, tout ira probablement bien. Le coût de la prévention à tout prix, associé aux restrictions liées aux voyages et aux politiques « de prudence » au niveau national, est très peu attrayant. Nous acceptons donc des pics et des creux de contamination, mais nous pensons que l’immunité collective sera suffisante – grâce aux vaccins et au rétablissement – afin d’éviter une future crise.

Des voyageurs portant le masque arrivent à l’aéroport Ben Gurion après qu’Israël a interdit l’entrée des ressortissants étrangers pour contrer l’apparition d’un nouveau variant du coronavirus, le 28 novembre 2021. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

On fait état de personnes qui ont été réinfectées deux ou trois mois seulement après avoir été guéries d’Omicron. Cela indique-t-il que l’immunité est de très courte durée ?

Il est possible d’être réinfecté relativement vite après la guérison, mais cela ne signifie pas que les anticorps ne nous protègent pas. Les cas de COVID-19 peu après une guérison, ont tendance à être légers car l’effet des anticorps suite à une guérison offre encore une forte protection contre les formes graves.

Pensez-vous que davantage de doses de vaccin seront distribuées ?

Oui, à un certain moment, peut-être d’ici quelques mois. Nous verrons l’immunité collective diminuer au fur et à mesure que le temps aura passé après les phases de vaccinations, et une fois qu’un très grand nombre d’Israéliens -ayant eu Omicron – se seront rétablis.

D’autres doses de vaccin seront probablement administrées, mais il n’est pas certain qu’elles seront administrées à tout le monde. Étant donné qu’un niveau relativement élevé de protection contre les formes graves semble se maintenir longuement après que l’immunité contre l’infection se soit affaiblie, il se peut que d’autres rappels ne soient administrés qu’aux personnes âgées ou immunodéprimées.

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