Craintes autour de la firme chinoise en lice dans un appel d’offres crucial
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Craintes autour de la firme chinoise en lice dans un appel d’offres crucial

Des responsables de la défense auraient averti qu'autoriser Hutchison Water à construire une usine de dessalement majeure pourrait compromettre des sites sensibles

L'usine de désalinisation de Sorek, au sud de Tel Aviv, le 22 novembre 2018 (Crédit :  Isaac Harari/Flash90)
L'usine de désalinisation de Sorek, au sud de Tel Aviv, le 22 novembre 2018 (Crédit : Isaac Harari/Flash90)

Une entreprise sélectionnée pour la dernière phase d’un appel d’offres gouvernemental pour construire une importante usine de dessalement suscite des inquiétudes sécuritaires en raison de l’origine chinoise de ses propriétaires, d’après des informations révélées vendredi.

Le ministre de l’Énergie a annoncé fin août qu’il avait sélectionné deux candidats, IDE Technologies Ltd. et Hutchison Water International, une filiale de la holding basée à Hong Kong, CK Hutchison Holdings.

Cependant, d’après Haaretz, le directeur de la sécurité au ministère de la Défense, Nir Ben-Moshe, avait auparavant écrit au ministère de l’Énergie pour lui faire part de sa forte désapprobation concernant Hutchison, car il s’agit d’une entreprise chinoise.

L’usine, qui doit produire 200 millions de mètres-cubes d’eau chaque année, sera installée à Nahal Sorek, près de la base aérienne de Palmachim et d’un centre de recherche nucléaire.

En outre, Israël subit des pressions de la part de Washington, qui lui demande de ne pas conclure d’accords concernant des infrastructures majeures avec la Chine en raison de ses relations conflictuelles avec les États-Unis et l’administration Trump en particulier.

L’usine de désalinisation de Sorek qui est l’une des plus grandes du monde, le 22 novembre 2018 (Crédit : Isaac Harari/Flash90)

Israël n’a pas encore tenue sa promesse faite à Washington de mettre en place un organisme de surveillance des investissements étrangers en Israël malgré des réunions du cabinet à ce sujet. Un article paru en mai dans le quotidien économique The Marker indiquait qu’à la place de cet organe, de hauts responsables recommandaient que les dossiers soient traités au cas par cas.

Le ministère de l’Énergie a fait savoir qu’il avait répondu au ministère de la Défense il y a deux mois, lui expliquant que Hutchison Water était une entreprise israélienne qui n’appartient qu’indirectement à une société de Hong Kong.

Le ministère a également souligné que Hutchison Water opérait déjà une usine de dessalement de l’eau à Sorek, laquelle est similaire au site prévu.

« Le ministère ne comprend pas en quoi la participation du groupe Hutchison dans ce nouvel appel d’offres est différent des opérations existantes de l’entreprise dans le pays », a-t-il indiqué.

« Par ailleurs, nous notons avec surprise qu’un courrier confidentiel qui nous a été adressé s’est retrouvé dans les journaux ».

La Chine et Israël ont fortement développé leurs liens commerciaux et d’affaires ces dernières années et entamé des négociations autour d’un accord de libre-échange.

Les entreprises chinoises ont réalisé des incursions majeures dans l’État juif, notamment avec le rachat du géant local de l’agroalimentaire Tnuva en 2014 et l’exploitation des ports clés de Haïfa et Ashdod.

Cependant, de hauts responsables de la sécurité ont tiré la sirène d’alarme autour de la présence de la Chine dans les infrastructures israéliennes, avertissant d’un risque de sécurité et d’une détérioration des liens avec les États-Unis.

Le chef des services de sécurité du Shin Bet Nadav Argaman lors de la commission de la Défense et des Affaires étrangères à la Knesset, le 6 novembre 2018 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

En janvier, le responsable du Shin Bet a averti que les investissements massifs chinois pourraient présenter un danger pour la sécurité nationale, d’après un reportage diffusé sur la Dixième chaîne (devenue Treizième chaîne).

« L’influence chinoise en Israël est particulièrement dangereuse en termes d’infrastructures stratégiques et d’investissements dans de grandes entreprises, » a déclaré Nadav Argaman lors d’un discours prononcé derrière des portes closes lundi à l’université de Tel Aviv.

Après les remarques d’Argaman, Pékin aurait demandé à Jérusalem de clarifier sa position.

Une semaine après la mise en garde d’Argaman, l’adjoint du ministre américain de l’Energie, a prévenu qu’à moins qu’Israël ne mette en place des procédures de contrôle très strictes pour les investissements chinois, le partage d’informations entre les deux alliés pourrait être menacé.

Brouillette a encouragé Israël à prendre des « mesures agressives » pour surveiller les investissements étrangers afin de se protéger contre toute faiblesse dans l’infrastructure israélienne qui pourrait compromettre l’échange de renseignements avec les Etats-Unis.

« Nous savons que la menace grandit de jour en jour, a déclaré Brouillette aux journalistes. Nous allons partager nos expériences avec la Chine et faire savoir à tout le monde que nous avons des inquiétudes quant à certaines activités que nous voyons venir de la Chine, spécifiquement de certaines entreprises ».

Le ministre de l’Energie Yuval Steinitz, au premier plan, aux côtés du vice-secrétaire d’Etat américain à l’Energie Dan Brouillette, durant une réunion à Jérusalem, le 16 janvier 2019 (Crédit : Ministère de l’Energie)

D’après certains médias israéliens, ces inquiétudes d’une présence croissante de la Chine dans des secteurs cruciaux pour la sécurité nationale avaient poussé le ministre des Finances à saborder des accords visant à racheter les sociétés d’assurance Clal et Phoenix en 2016 et 2017. Argaman aurait été impliqué dans ces décisions.

Lorsque la nouvelle usine, la sixième du pays, sera prête, elle produira 200 millions de mètres-cubes d’eau par an, soit près d’un cinquième de l’eau consommée par les ménages et les municipalités en Israël chaque année, a fait savoir, jeudi, le ministère des Finances dans un communiqué.

La construction de l’infrastructure de dessalement doit commencer en 2020. Lorsque l’usine sera opérationnelle en 2023, l’État juif, déjà leader dans le secteur, produira 85 % de son eau potable grâce à la mer.

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