Créteil: « Attaqué parce que juif », affirme la victime devant la cour
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Créteil: « Attaqué parce que juif », affirme la victime devant la cour

Les agresseurs ont décroché des photos de rabbins, jeté à terre des symboles religieux, cassé des mezouzas, persuadés qu'il y a de l'argent caché dans l'appartement

Le père de Jonathan, l'une des victimes d'un acte antisémite en 2014, à Créteil, au premier jour du procès de ses agresseurs, à la Cour d'Assises de Créteil, le 26 juin 2018. (Crédit : AFP/Eric FEFERBERG)
Le père de Jonathan, l'une des victimes d'un acte antisémite en 2014, à Créteil, au premier jour du procès de ses agresseurs, à la Cour d'Assises de Créteil, le 26 juin 2018. (Crédit : AFP/Eric FEFERBERG)

Il n’a « aucun doute » : il a été « attaqué parce que juif ». Jonathan a raconté vendredi devant les assises la violente agression à son domicile à Créteil en 2014, au cours de laquelle sa compagne a été violée.

Cheveux gominés, costume gris clair, Jonathan, aujourd’hui 25, raconte à la barre l’agression qui « a détruit » sa vie, d’une voix neutre, sans laisser transparaître ses émotions.

Le 1er décembre 2014, les trois agresseurs (dont l’un est en fuite), jugés jusqu’au 6 juillet devant la cour d’assises du Val-de-Marne, s’étaient introduits de force, cagoulés, gantés et armés, au domicile où il habitait avec ses parents.

« Ils nous disent surtout vous ne criez pas ». « Je leur dis il n’y a rien ici, mes parents sont à la retraite, mon frère est vendeur ».

Ses agresseurs ne veulent rien entendre. Ils savent que le père de Jonathan va à la synagogue « un rond sur la tête », qu’il conduit une Mercedes, et sont persuadés qu’il y a de l’argent liquide caché dans l’appartement.

On menace de le « buter », on lui enfonce le canon de l’arme dans la bouche. « On sait que les juifs ont de l’argent », lui dit-on.

Jonathan attribue les propos véhéments et antisémites à l’accusé en fuite. Ceux qui sont aujourd’hui derrière le box et écoutent tête légèrement baissée « ne disent rien, mais j’ai l’impression qu’ils sont d’accord », dit Jonathan.

Très vite, la pression monte : »Ils s’énervent parce qu’ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchent ». Ils hésitent à attendre le retour des « vieux juifs » pour « les défoncer », qu’ils révèlent enfin où est l’argent. Jonathan et sa compagne sont ligotés, bâillonnés avec de l’adhésif. Laurine a « du mal à respirer, elle suffoquait beaucoup, elle pleurait ».

« Je pense que je vais mourir »

Lui est allongé au sol, dans le salon. « Je sens qu’on remonte mon t-shirt, et je sens des trucs qui me tombent dessus ». Son agresseur (l’accusé en fuite selon Jonathan) lui lâche des couteaux d’argenterie sur le dos. « C’est pour mes frères en Palestine », lui dit-il.

Puis les hommes se mettent à décrocher des photographies de rabbins accrochés au mur, jettent à terre des symboles religieux, cassent des mezouzas (rouleau de parchemin) en deux.

« Je commence vraiment à paniquer », dit celui qui n’a alors « plus de doute » sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un simple cambriolage.

« Je pense que je vais mourir. J’espère juste que ça ne va pas finir comme Ilan Halimi« , jeune juif enlevé et tué en 2006 après trois semaines de tortures par un gang qui espérait une rançon.

L’agression a « brisé » sa vie, dit Jonathan. Il a perdu son travail, s’est séparé de sa compagne. Aujourd’hui il est « obsédé par la sécurité » : en plus des caméras et alarme qu’il a fait installer chez lui, l’accès à son domicile se fait par reconnaissance d’empreinte digitale.

Il raconte aussi sa culpabilité par rapport à son ex-compagne, violée par l’un des agresseurs. Quand ils quittent enfin l’appartement après une heure et demi, il l’a retrouvée, toujours ligotée, sur le lit. « Ça n’était plus elle. Elle tremblait de tout son corps ».

L’audition de Laurine s’est elle déroulée à huis clos, à sa demande. « Elle a pleuré, elle a eu besoin de s’assoir, elle a fait un malaise à l’issue de son audition, mais elle a réussi à raconter tous les faits de bout en bout », a déclaré son avocate Louise Bouchain. Très affectée depuis le début du procès, Laurine, qui avait 19 ans au moment des faits et n’avait jamais quitté sa Normandie natale jusqu’à un mois avant son agression, a dit avoir « l’impression d’être dans un mauvais film ».

Leurs agresseurs encourent 30 ans de prison, une peine que Jonathan leur a souhaité devant la cour, pour « qu’ils prennent conscience que ce qu’ils ont fait, ce n’est pas juste une bêtise. C’est abominable ».

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