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Dans Kiev en guerre, la Maison de Moïse s’est muée en refuge

Lieux de vie communautaire de jeunes juifs qui y font vivre le judaïsme, ces centres se sont transformés depuis l’invasion russe, offrant gîte et couvert à ceux qui en ont besoin

Dîner de shabbat à la Maison de Moïse de Kiev, qui abrite des personnes déplacées pendant la guerre. (Crédit : Maison de Moïse de Kiev/via la JTA)
Dîner de shabbat à la Maison de Moïse de Kiev, qui abrite des personnes déplacées pendant la guerre. (Crédit : Maison de Moïse de Kiev/via la JTA)

Jewish Chicago: The JUF Magazine via JTA – Il existe des Maisons de Moïse, qui offrent à trois à cinq jeunes adultes juifs de vivre ensemble et bâtir une communauté autour d’activités, dans une trentaine pays. Mais que se passe-t-il en temps de guerre ?

Daniil Belyi, résident de la Maison de Moïse de Kiev, en Ukraine, a une petite idée de la réponse. Lorsque la guerre a éclaté, cela faisait moins d’un an qu’il y vivait, s’efforçant de trouver sa place au sein de la communauté, au gré des événements et activités au programme.

Une fois la guerre déclarée, Belyi et les autres résidents, Andrey et Andy, ont dû faire face à une toute autre réalité. Là où ils organisaient des événements pour faire vivre et renforcer leur communauté, ils se sont mis à construire et garnir de vivres des étagères destinées à des organisations caritatives. Et là où ils organisaient des dîners de Shabbat, ils se sont mis à accueillir des personnes déplacées à la recherche d’un havre de paix.

« Nous avons compris que nous ne pouvions pas nous contenter d’événements, que nous devions aider notre pays », a déclaré Belyi.

« Quand on prend conscience qu’il faut donner un coup de main, on ne se dit pas ‘c’est difficile’ ou ‘c’est facile’. On aide, c’est tout. Les gens ont besoin de nous. On ne perd pas de temps à penser comment faire. On le fait, un point c’est tout.

La maison de Moïse de Kiev est l’une des 19 Maisons de Moïse et autres capsules pour deux personnes que l’on trouve dans l’ex-Union soviétique.

A l’instar de celle qui accueille Belyi et ses colocataires, les Maisons de Moïse ukrainiennes ont été promptes à réagir à l’invasion russe, dès la fin février.

Lorsque la maison de Kharkiv a dû fermer en raison des combats, une capsule à Tchernivtsi a ouvert ses portes. Et pendant les premiers mois de la guerre, les Maisons de Moïse se sont adaptées pour se rendre utiles tout en continuant à promouvoir l’amitié, dans le respect des valeurs juives.

À Kiev – dont la maison est financée par le Jewish United Fund de Chicago – les résidents se démènent pour aider personnes âgées, mères célibataires et personnes sans emploi à se procurer des médicaments, de la nourriture, des articles d’hygiène ou de l’eau. Ils fournissent aussi régulièrement des aliments pour des cuisines caritatives offrant un millier de repas par jour aux personnes réfugiées dans des abris aériens, aux patients des hôpitaux ou aux personnes âgées restées à leur domicile.

Trouver les moyens de répondre aux besoins de la communauté n’a rien de nouveau pour Belyi ou ses colocataires. En fait, la Maison de Moïse de Kiev est « [réputée] pour l’engagement des membres de sa communauté » avant même de devenir résidents, explique Yana Tolmacheva, directrice principale de la programmation des Maisons de Moïse pour les Juifs russophones.

Malgré tout, il arrive que les résidents et membres de la communauté aient du mal à concilier leur vie et leur engagement avec cette guerre qui bride leur liberté. Le couvre-feu à 23 h rend difficile l’organisation des programmes du soir. L’inquiétude est partout et d’anciens résidents ou proches – parmi lesquels un participant régulier au programme, que Belyi a rencontré il y a cinq ans – se sont enrôlés dans l’armée ukrainienne.

À un moment comme celui-ci, les Maisons de Moïse en ex-Union soviétique mettent particulièrement l’accent sur la santé mentale.

« Au bout de toutes ces semaines, de ces mois même, nous avons fini par comprendre que la guerre n’allait pas se terminer [tout de suite] », confie Belyi. « Nous devons aider les gens à se sentir mieux. C’est la raison pour laquelle nous avons recommencé à organiser des événements. »

Le Seder de Pessah à la Maison de Moïse de Kiev, avec de nouveaux amis. (Crédit : Maison de Moïse de Kiev/via la JTA)

La Maison de Moïse de Kiev ouvre donc largement ses portes, à la fois refuge et lieu de parole pour exorciser ses peurs, se distraire et célébrer les moments heureux de la vie.

« Il est essentiel de se rappeler que la guerre n’est pas terminée. Il est important pour l’Ukraine de le garder à l’esprit, tout comme les pays qui nous soutiennent », affirme Belyi. « Ce n’est pas normal, cela ne devrait pas être normal, et il ne devrait y avoir de guerre nulle part. »

Entre les « bombardements, les sirènes et les bombes », Belyi et ses camarades résidents de la Maison de Moïse de Kiev s’apportent du réconfort dans cet espace qu’ils ont façonné : cette maison dans laquelle ils peuvent travailler sereinement, profiter du balcon et offrir une oasis à ceux qui en ont besoin.

« C’est dans la Maison de Moïse que j’ai compris à quel point le judaïsme était différent et pluriel, et que l’on pouvait être tout ce que l’on voulait, dans le judaïsme comme au sein de la communauté juive », conclut Belyi.

Cet article a été publié dans Jewish Chicago: The JUF Magazine et est rediffusé avec son autorisation.

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