Israël en guerre - Jour 230

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"La vie doit continuer"

Dans le salon d’Eylon Levy pour Yom HaShoah

L'ex-porte-parole du gouvernement a accueilli Arnold Clevs, survivant de la Shoah, dans le cadre de la série "Zikaron BaSalon"

Dr. Arnold Clevs et l'ancien porte-parole du gouvernement israélien Eylon Levy pour "Zikaron BaSalon", au domicile de Levy, à Tel Aviv, le 1er mai 2024. (Crédit : Shoshanna Solomon)
Dr. Arnold Clevs et l'ancien porte-parole du gouvernement israélien Eylon Levy pour "Zikaron BaSalon", au domicile de Levy, à Tel Aviv, le 1er mai 2024. (Crédit : Shoshanna Solomon)

Alors que l’ancien porte-parole du gouvernement, Eylon Levy, présentait le Dr. Arnold Clevs à un groupe de jeunes professionnels, de diplomates étrangers et de journalistes dans le salon de son appartement du centre de Tel Aviv, mercredi soir, un sentiment de tragédie planait dans la pièce.

Clevs, survivant de la Shoah qui a réussi à survivre à l’internement dans onze camps de concentration, a quitté les États-Unis pour s’installer en Israël il y a quatre ans, à l’âge de 87 ans.

Levy avait invité le groupe à écouter l’histoire de Clevs dans le cadre de l’initiative « Zikaron BaSalon », ou « Souvenir dans le salon », qui rassemble des personnes dans des maisons, des lieux de travail et d’autres environnements plus intimes pour parler avec des survivants de la Shoah et entendre parler de leurs expériences.

Mais les choses sont différentes cette année, car l’assaut barbare et sadique du groupe terroriste palestinien du Hamas sur le sud d’Israël le 7 octobre et la guerre qui s’en est suivie pèsent lourdement sur la journée de commémoration de la Shoah – Yom HaShoah -, qui tombe dimanche soir.

Le 7 octobre, des milliers de terroristes du Hamas ont envahi le sud d’Israël et tué, brûlé, violé et pris des otages dans ce qui a été décrit comme le plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah. Cette brutalité a fait près de 1 200 victimes, pour la plupart des civils, et 252 personnes ont été enlevées et emmenées de force dans la bande de Gaza.

Depuis ce jour horrible, les Israéliens et les Juifs du monde entier regardent leur vie à travers le prisme de l’horreur et de la tristesse : les célébrations de Pessah ont été teintées de tristesse et ont été accompagnées de prières ; l’antisémitisme a augmenté dans le monde entier ; et la célébration de Yom HaAtsmaout – le Jour de l’Indépendance – et de Yom HaZikaron – le Jour du Souvenir -, qui tombent tous deux au milieu du mois de mai, apportera son lot de défis.

Des participants à « Zikaron BaSalon », au domicile de Levy, à Tel Aviv, le 1er mai 2024. (Crédit : Shoshanna Solomon)

« Il serait négligent de ne pas parler de l’éléphant au milieu de la pièce », a déclaré Levy en présentant Clevs, un homme élégant et vif de 91 ans, vêtu de baskets, d’un jean et d’une chemise claire à carreaux.

« Que signifie pour le peuple juif de vivre dans un monde où les nazis ne sont plus les seuls symboles ultimes du mal ? Que faisons-nous dans un monde où nous sommes confrontés à un mal qui fait que les survivants de la Shoah ont des flashbacks des nazis ? », a demandé Levy.

Alors que Clevs racontait son histoire – un récit étonnant de survie, de chance et de détermination – les invités l’écoutaient en silence, riant parfois avec lui lorsqu’il racontait comment il mettait du sable dans ses chaussures pour faire croire aux nazis qu’il était plus âgé et plus grand, ou soupirant de détresse lorsqu’il décrivait la faim aiguë, la soif et les actes spontanés de violence mortelle.

La survie miraculeuse de onze camps

Né à Kovno, en Lituanie, en 1933, Clevs avait 8 ans lorsque la guerre a atteint son pays. Il parle de ce dimanche matin où les avions allemands ont commencé à bombarder sa ville. Il était à la maison avec son père, sa mère et sa sœur aînée. Après l’échec de leur tentative de fuite vers la Russie, et après avoir vu des soldats morts flotter dans une rivière et des chevaux blessés au ventre ouvert, ils sont retournés à Kovno où ils ont été rassemblés, envoyés vivre dans le ghetto et finalement déportés.

Pendant la guerre, le jeune Clevs a survécu à onze camps de concentration nazis, dont Auschwitz-Birkenau, Dachau, Mauthausen et Gunskirchen. Il a été séparé de sa famille, a assisté à la déportation d’enfants et a parcouru les marches de la mort à travers l’Europe de l’Est.

Il a survécu, échappant de justesse aux sélections des chambres à gaz et vivant avec une infection au bras. Il a raconté comment il se cachait dans les latrines pour échapper aux officiers SS et comment il ramassait les cadavres dans les wagons. Il parle de la faim – « je mâchais de l’herbe » – et de la façon dont il a gratté l’eau glacée à l’intérieur d’un train de bétail bondé pour étancher sa soif brûlante. Il se souvient des cris des parents rentrant du travail dans des baraquements désormais sans enfants, et de « l’impuissance » sur le visage de son père lorsque le jeune Clevs a été emmené par les Allemands avec un groupe de garçons – c’est la dernière fois qu’il a vu son père.

Finalement libéré par l’armée américaine, Clevs a pu dormir « pour la première fois depuis des années » dans un lit, « avec une petite couverture en lin blanc et un oreiller », et a finalement retrouvé sa mère et sa sœur. Après avoir immigré aux États-Unis, il est devenu dentiste et a fondé une famille.

L’un des garçons qui a survécu avec lui, alors âgé de 16 ans et aujourd’hui âgé de 97 ans, vit à Sderot, une ville qui a été envahie par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre et qui est bombardée par des roquettes de Gaza depuis de nombreuses années.

« Je lui ai dit : ‘Tu vis dans une ville où les missiles ne cessent d’arriver. Comment parviens-tu à faire cela ?' », raconte Clevs. Son vieil ami lui a répondu : « C’est bien mieux que Birkenau. »

Les leçons de la Shoah pour naviguer dans les temps troublés d’aujourd’hui

Au cours de la séance de questions-réponses qui a suivi la conférence, les participants se sont étonnés de l’optimisme de Clevs et lui ont demandé des conseils pour traverser cette période difficile.

Arnold Clevs et ses enfants Eli et Tania lors de l’événement « Zikaron BaSalon », au domicile de Levy, à Tel Aviv, le 1er mai 2024. (Crédit : Shoshanna Solomon)

Un journaliste lui a demandé quel message il adressait aux survivants du 7 octobre en termes de résilience.

« Vous avez survécu, soyez heureux », a répondu Clevs. « Peu d’entre nous ont survécu. »

Il a expliqué qu’il s’était souvent demandé pourquoi il avait survécu à la Shoah alors que d’autres ne l’avaient pas fait. « Pourquoi suis-je si spécial… pour avoir survécu ? Je ne connais pas la réponse. »

Un adjoint d’une ambassade européenne lui a demandé si, au cours de ses tribulations en temps de guerre, Clevs avait également vu des « gestes de bonne volonté » et « d’humanité ».

« L’humanité n’était pas là pendant la guerre », a répondu Clevs. « Personne ne nous a aidés. »

Rasmus Bogh Johansen, chef de mission adjoint à l’ambassade du Danemark, a déclaré que l’histoire de Clevs, marquée par « le mal et les ténèbres », était une source d’inspiration parce qu’elle était aussi marquée par « l’amour et l’amitié ».

« Vous semblez être un homme très positif et optimiste », a déclaré Bogh Johansen. « Vous mentionnez votre ami de Sderot qui plaisante à propos des roquettes. Il me semble que vous êtes presque un paradoxe, quelqu’un comme vous qui a traversé l’enfer, qui a vu les ténèbres les plus profondes de l’humanité. Comment pouvez-vous être aussi heureux ? Pour ma génération… les plus petites choses peuvent nous assommer. Alors, que pouvons-nous apprendre ? Quelle est votre leçon de vie ? »

La réponse de Clevs est sans hésitation : « Je regarde mon fils, ma fille, et je me dis que j’ai survécu… C’est la vie. Vous avez des petits-enfants. La vie doit continuer. Et comme nous le disons ici en Israël, ‘Am Yisrael Chaï [Le peuple d’Israël vit]’. »

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