David Grossman, lauréat du prestigieux Man Booker International Prize
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David Grossman, lauréat du prestigieux Man Booker International Prize

Lors du discours qu'elle a prononcé à l'occasion de la remise du prix, sa traductrice a salué B'Tselem, qui expose des “vérités inconfortables”

Jessica Cohen, traductrice américaine, à gauche, et l'auteur israélien David Grossman, avec son livre Un cheval entre dans un bar, lauréats du prix littéraire Man Booker International Prize, à Londres, le 13 juin 2017. (Crédit : Daniel Leal-Olivas/AFP)
Jessica Cohen, traductrice américaine, à gauche, et l'auteur israélien David Grossman, avec son livre Un cheval entre dans un bar, lauréats du prix littéraire Man Booker International Prize, à Londres, le 13 juin 2017. (Crédit : Daniel Leal-Olivas/AFP)

L’auteur israélien David Grossman a remporté mercredi à Londres le Man Booker International Prize, prestigieux prix britannique, pour Un cheval entre dans un bar, un douloureux portrait de la société israélienne.

Le Man Booker International Prize, qui récompense un ouvrage étranger traduit en anglais et publié au Royaume-Uni, est un des prix littéraires les plus prestigieux au monde. C’est la première fois qu’un auteur israélien le remporte.

Le roman a été traduit en anglais sous le titre A Horse Walks Into a Bar par la Britannique Jessica Cohen, dont « l’extraordinaire » traduction a été « saluée par le jury », a précisé le président du jury Nick Barley.

« David Grossman a tenté un ambitieux acte de haute voltige avec ce roman et il a réussi de façon spectaculaire », a ajouté Nick Barley.

« Nous avons été époustouflés par la volonté de M. Grossman de prendre des risques aussi bien émotionnels que stylistiques : chaque phrase compte, chaque mot est important dans cet exemple suprême du métier d’écrivain », a-t-il salué.

L'écrivain israélien David Grossman lors d'un rassemblement de gauche à Tel Aviv, le 17 août 2014. (Crédit : Gali Tibbon/AFP)
L’écrivain israélien David Grossman lors d’un rassemblement de gauche à Tel Aviv, le 17 août 2014. (Crédit : Gali Tibbon/AFP)

Un cheval entre dans un bar, le début d’une blague dont le lecteur ne connaîtra jamais la chute, est le premier roman de l’écrivain israélien depuis le décès de son fils, Uri, mort en 2006 au Liban pendant son service militaire. Après cette tragédie, survenue alors que David Grossman achevait l’écriture d’Une femme fuyant l’annonce, lauréat en France du prix Médicis étranger en 2011, l’écrivain n’avait publié qu’un seul récit sous forme de poème, Tombé hors du temps.

Le roman a été préféré à cinq autres œuvres : Boussole du Français Mathias Enard, Mirror, Shoulder, Signal de la danoise Dorthe Nors (non traduit en français), Judas de l’Israélien Amos Oz, Fever Dream de l’Argentine Samanta Schweblin (non traduit en français) et Les Invisibles du Norvégien Roy Jacobsen.

Depuis l’année dernière, le prix est décerné conjointement à l’auteur et au traducteur. Jessica Cohen et David Grossman vont donc se partager un chèque de 50 000 livres sterling, cette distinction assurant surtout une notoriété mondiale et des ventes record.

Cohen est née en Angleterre, elle a grandi en Israël et vit dorénavant à Denver. Elle a traduit Grossman mais également Etgar Keret, Rutu Modan, Dorit Rabinyan et d’autres auteurs.

Dans son discours d’acceptation du prix, au musée Victoria & Albert de Londres, Cohen n’a pas craint de partager son point de vue sur les événements en Israël. « Je ne vais pas perdre mon temps à espérer du changement de la part de l’actuel gouvernement d’Israël, mais j’espère qu’Israéliens et Palestiniens pourront raviver ensemble l’humanisme et l’empathie qu’il leur reste encore », a-t-elle dit.

Cohen a alors annoncé qu’elle ferait don de la moitié de la somme de son prix à l’association de gauche B’Tselem. « Ce n’est pas facile de dire des vérité peu flatteuses et inconfortables, et ce n’est certainement pas facile de les entendre, mais c’est essentiel, non seulement en littérature mais dans la vie, et j’espère que des organisations comme B’Tselem pourront continuer à le faire », a-t-elle déclaré.

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Posted by The Man Booker Prize on Wednesday, 14 June 2017

 

B’Tselem fait appel à des photographes et des vidéastes pour collecter des informations sur la conduite des soldats et des habitants d’implantations israéliens en Cisjordanie. Au mois de mars 2016, l’un des bénévoles du groupe, Imad Abu Shamsiyeh, avait filmé le sergent de l’armée israélienne Elor Azaria tirant dans la tête d’un terroriste palestinien déjà désarmé et neutralisé, après un attentat à l’arme blanche à Hébron. Cette séquence avait attisé un débat national sur l’usage excessif de la force et sur les valeurs de l’armée israélienne.

Cela fait longtemps, pour sa part, que Grossman soutient le groupe. Dans une lettre écrite en 2012 approuvant la campagne menée par B’Tselem pour fournir des caméras supplémentaires aux Palestiniens de Cisjordanie, l’auteur avait qualifié de « réelle source de fierté » le travail effectué par l’organisation.

Le directeur du groupe, Hagai El-Ad, a remercié la traductrice et félicité les deux lauréats dans un post publié jeudi sur Facebook. Il a répété le message transmis par Cohen sur l’exposition de « vérités inconfortables », ajoutant « avec votre aide, et avec l’aide de nombreux autres, nous continuerons à faire simplement cela. »

Né le 25 janvier 1954 à Jérusalem, David Grossman a abordé dans ses œuvres aussi bien les souffrances des Israéliens que celle des Palestiniens, alors que les deux peuples vivent piégés dans un conflit qui dure depuis des dizaines d’années.

Ses livres ont été traduits en 30 langues.

La Man Booker International Prize avait été attribué l’année dernière à l’auteure sud-coréenne Han Kang pour son roman The Vegetarian, vendu à 160 000 exemplaires rien qu’au Royaume-Uni.

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