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De la course à la bombe atomique aux horreurs d’Auschwitz, les dix candidats pour l’Oscar du meilleur film

Le biopic du légendaire chef d'orchestre Leonard Bernstein, qui a reçu 7 nominations, ne repartira probablement qu'avec l'Oscar du meilleur maquillage, une récompense douce-amère au vu de la polémique sur le faux-nez proéminent porté par l'acteur

Une statue des Oscars à l'extérieur du Dolby Theatre pour la 87e cérémonie des Oscars, à Los Angeles, le 21 février 2015. (Crédit : Matt Sayles/Invision/AP/Dossier)
Une statue des Oscars à l'extérieur du Dolby Theatre pour la 87e cérémonie des Oscars, à Los Angeles, le 21 février 2015. (Crédit : Matt Sayles/Invision/AP/Dossier)

De la course à la bombe atomique aux horreurs d’Auschwitz, en passant par les aventures d’une célèbre poupée ou d’un cadavre réanimé à la libido vorace, la variété des prétendants à l’Oscar du meilleur film cette année démontre un cru exceptionnel.

Voici les dix candidats à la récompense suprême:

« American Fiction »

Absolument hilarante, cette comédie tourne en dérision le racisme latent des élites progressistes.

Jeffrey Wright y incarne un écrivain afro-américain fatigué par une industrie de l’édition aux mains de bourgeois blancs, qui ne veulent entendre qu’un seul type de récit noir: celui de la misère des quartiers difficiles, du crack et des prisons.

Désabusé, le romancier en livre une caricature sous pseudonyme. Sauf qu’au lieu de faire un bide, elle triomphe…

Cette satire acerbe a remporté le premier prix au festival du film de Toronto.

« Anatomie d’une chute »

Palme d’or à Cannes, ce thriller judiciaire sur la dégringolade d’un couple d’artistes dysfonctionnels, où une écrivaine se retrouve accusée du meurtre de son mari, a fait sensation aux Etats-Unis, avec notamment deux Golden Globes.

Nommé dans cinq catégories, le film de Justine Triet est favori pour l’Oscar du meilleur scénario original. Sa campagne de promotion ingénieuse, avec le chien Messi en ambassadeur du film, peut lui permettre de convoiter d’autres statuettes.

L’actrice allemande Sandra Hueller pose avec son trophée d' »actrice européenne » pour son rôle dans « L’Anatomie d’une chute » lors de la 36e cérémonie des European Film Awards à Berlin, le 9 décembre 2023. (Crédit : par Odd ANDERSEN / AFP)

Jusqu’à en faire la troisième Palme d’Or à remporter aussi l’Oscar du meilleur film, comme le film sud-coréen « Parasite » ? Suspense.

« Barbie »

Nommer « Barbie » était en soi une victoire pour les Oscars, soucieux d’être au centre de l’attention.

La satire féministe de Greta Gerwig a attiré des hordes de fans vêtus de rose dans les cinémas, et a caracolé en tête du box-office mondial avec 1,4 milliard de dollars de recettes.

Ryan Gosling, à gauche, et Margot Robbie posant pour les photographes à leur arrivée à la première du film ‘Barbie’, à Londres, le 12 juillet 2023. (Crédit : Scott Garfitt/Invision/AP)

Aucun film, même son duettiste estival « Oppenheimer », sorti le même jour, n’a fait autant parler que « Barbie », grâce notamment à une intense campagne marketing.

Mais peut-il vraiment gagner la récompense suprême, alors que sa réalisatrice et Margot Robbie, l’interprète de la poupée peroxydée, n’ont pas été nommées? Il semble plus destiné à des récompenses secondaires – costumes, meilleure chanson.

« Winter Break »

Emouvant conte de Noël, « Winter Break » chronique l’amitié improbable de trois âmes en peine, coincées ensemble pour le réveillon dans un pensionnat du nord-est des Etats-Unis des années 1970.

Paul Giamatti y incarne un professeur d’histoire psychorigide, dont le caractère pédant cache une blessure intime. Un rôle remarquablement touchant, qui lui permet de prétendre à l’Oscar du meilleur acteur.

A ses côtés, Da’Vine Joy Randolph fait l’unanimité en cuisinière afro-américaine endeuillée par la perte de son fils, mort dans la guerre du Vietnam. La statuette du meilleur second rôle féminin semble lui être acquise.

Délicate et subtile, cette comédie à l’ancienne d’Alexander Payne semble la mieux placée pour renverser l’ultra-favori « Oppenheimer ». Mais la tâche reste ardue…

« Killers of the Flower Moon »

Elle dure trois heures et demie. Mais la fresque historique de Martin Scorsese sur les assassinats d’Amérindiens dans l’Oklahoma des années 1920 était tout simplement trop belle et trop importante pour être ignorée.

Encore plus que Leonardo DiCaprio et Robert De Niro, c’est l’actrice Lily Gladstone qui y crève l’écran, en autochtone enrichie par le pétrole de sa terre et victime d’un amour toxique.

Ce rôle pourrait lui valoir l’Oscar de la meilleure actrice.

« Maestro »

Souvent nommé mais jamais récompensé, Bradley Cooper espérait conjurer le sort avec « Maestro ». Pour ce biopic du légendaire chef d’orchestre Leonard Bernstein, il est à la fois devant et derrière la caméra et a reçu sept nominations.

Bradley Cooper incarnant le compositeur juif Leonard Bernstein dans le film biographique « Maestro », qui sortira en 2023. (Crédit : Capture d’écran YouTube ; utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur les droits d’auteur)

Mais le film ne repartira probablement qu’avec l’Oscar du meilleur maquillage. Une récompense douce-amère au vu de la polémique qui a précédé sa sortie: le faux-nez proéminent porté par l’acteur avait été accusé de renforcer les stéréotypes antisémites, et les enfants du compositeur avaient dû intervenir pour prendre sa défense.

« Oppenheimer »

Rarement un film sera arrivé aux Oscars avec un statut de favori aussi solide.

Le portrait du père de la bombe atomique brossé par Christopher Nolan revendique un milliard de dollars de recettes et a remporté quasiment tous les prix hollywoodiens de la saison.

Si son nom ne sort pas de l’enveloppe dimanche, ce serait la plus grosse surprise depuis 2017, lorsque « La La Land » avait été annoncé par erreur comme meilleur film, à la place de « Moonlight ».

« Past Lives – Nos vies d’avant »

C’est le film le moins susceptible de s’imposer, et pourtant il a ému jusqu’aux larmes le public du festival de Sundance.

Réalisé par Celine Song, ce drame raconte l’histoire de deux âmes sœurs coréennes, qui se retrouvent à New York après avoir été séparées pendant de longues années par le tourbillon de la vie. Une puissante réflexion sur le destin et les hasards capables de forger une existence.

« Pauvres Créatures »

Ce conte baroque a été sacré à la Mostra de Venise, et joue la carte de l’originalité.

On y suit Emma Stone dans un rôle de monstre de Frankenstein au féminin. Cadavre ramené à la vie avec un cerveau d’enfant, cette créature à la libido dévorante sillonne l’Europe du XIXe siècle, dans un univers à l’esthétique rétrofuturiste.

L’émancipation de cet être sans honte, ni pudeur, se heurte constamment à la misogynie du monde.

Absurde et drôle, cette comédie féministe signe la deuxième collaboration de Yorgos Lanthimos avec Emma Stone, après « La Favorite ». Elle pourrait lui permettre de remporter un nouvel Oscar de meilleure actrice, après celui obtenu pour « La La Land ».

« La Zone d’intérêt »

Ce drame fait ressentir toute l’horreur de l’Holocauste, sans jamais le montrer.

L’actrice allemande Sandra Hueller (G) et le réalisateur britannique Jonathan Glazer assistent à une conférence de presse pour le film « The Zone Of Interest » lors de la 76e édition du Festival de Cannes à Cannes, le 20 mai 2023. (Crédit : Stefano RELLANDINI / AFP)

Un parti pris fort, avec lequel Jonathan Glazer suit la vie d’une famille de nazis dont le père commande le camp d’Auschwitz. Juste de l’autre côté du mur, ils vivent une existence routinière dans leur villa avec piscine, massifs de fleurs et potager, et restent complètement imperméables aux hurlements derrière les barbelés.

Ce tour de force sur la banalité du mal est largement pressenti pour l’Oscar du meilleur film international.

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