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Derrière le « Maestro » aux Oscars, un maquilleur « perfectionniste »

Lorsque Netflix a dévoilé la bande-annonce du film, la prothèse nasale proéminente portée par Bradley Cooper a été accusée d'alimenter les stéréotypes antisémites sur les Juifs

Bradley Cooper en Leonard Bernstein sur le plateau de 'Maestro' (Crédit : Netflix/JTA)
Bradley Cooper en Leonard Bernstein sur le plateau de 'Maestro' (Crédit : Netflix/JTA)

Lorsque Kazu Hiro a commencé à apprendre l’art du maquillage pendant son adolescence au Japon dans les années 1980, un visage lui a sauté aux yeux dans les magazines qu’il feuilletait : celui du célèbre chef d’orchestre Leonard Bernstein.

Quatre décennies plus tard, cet artiste deux fois oscarisé a usé de toute son expertise dans « Maestro », pour aider Bradley Cooper à se glisser dans la peau du grand musicien et compositeur américain.

Un travail qui pourrait lui valoir une troisième statuette mais qui n’a pas été exempt de polémique.

« Leonard Bernstein a été une grande source d’inspiration quand j’étais enfant », explique à l’AFP Kazu Hiro.

« Chaque fois que je crée un visage humain, j’ai besoin d’une photographie de référence. A l’époque, il n’y avait pas d’internet », raconte l’artiste de 54 ans. « Je devais donc me rendre dans une librairie. »

Dans les livres et la presse, le jeune maquilleur croisait souvent des photos du compositeur de « West Side Story ». A l’époque, Leonard Bernstein était internationalement loué comme un chef d’orchestre virtuose.

Le maquilleur américano-japonais Kazu Hiro assiste au déjeuner des nominés aux Oscars au Beverly Hilton à Beverly Hills, Californie, le 12 février 2024. (Crédit : Valerie MACON / AFP)

Le musicien juif a également fait l’objet d’un documentaire au Japon, qui a marqué Kazu Hiro.

« Je me suis dit qu’un jour, je voudrais travailler sur un film consacré à Leonard Bernstein », se souvient-il.

Un vœu finalement exaucé en 2020 lorsque Bradley Cooper l’a engagé pour « Maestro ». Dans ce biopic qu’il réalise lui-même, l’acteur incarne avec ferveur Leonard Bernstein et décortique son mariage complexe avec l’actrice Felicia Montealegre.

« C’est vraiment un projet passionnel », insiste Kazu Hiro. « Bradley et moi aimons tellement Leonard Bernstein. »

Cinq heures de maquillage

Les deux hommes ont longuement discuté des artifices nécessaires pour rendre l’acteur crédible en Leonard Bernstein, à toutes les époques de sa vie.

Le film couvre une période de 50 ans, que le maquilleur a divisé en cinq phases. Il a d’abord fallu rajeunir Bradley Cooper, âgé de 49 ans, puis le vieillir progressivement.

Bradley Cooper incarnant le compositeur juif Leonard Bernstein dans le film biographique « Maestro », qui sortira en 2023. (Crédit : Capture d’écran YouTube ; utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur les droits d’auteur)

Un processus très long et complexe.

Pour sa métamorphose en jeune Bernstein, le comédien devait patienter pendant deux heures et demie dans le fauteuil de maquillage. Lorsque le tournage a abordé le crépuscule de la vie du compositeur, la transformation prenait cinq heures.

« Nous sommes tous les deux perfectionnistes », estime Kazu Hiro. « Il voulait faire vivre Bernstein, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. »

L’artiste a appris son art en autodidacte au Japon, avant d’emménager aux Etats-Unis dans les années 1990 et de devenir l’une des stars du métier à Hollywood.

Jim Carey en monstre vert et poilu dans « Le Grinch » en 2000, c’est lui notamment.

Après deux nominations aux Oscars en 2007 et 2008, Kazu Hiro s’est mis en retrait à partir de 2012 pour se consacrer principalement à la sculpture. Ce qui ne l’empêche pas de revenir parfois sur les plateaux.

Polémique « difficile » à encaisser

Moins disponible mais toujours très demandé, l’artiste a remporté deux fois l’Oscar du meilleur maquillage.

D’abord pour sa transformation de Gary Oldman en Winston Churchill dans « Les Heures sombres » (2017). Puis pour son travail sur « Scandale » (2019) – plongée dans les accusations d’agressions sexuelles de journalistes féminines qui ont secoué la chaîne Fox News en 2016.

« Maestro » lui offre une troisième chance de remporter la récompense suprême. Mais le film a suscité une polémique inattendue, « difficile » à vivre selon Kazu Hiro.

Lorsque Netflix a dévoilé la bande-annonce, la prothèse nasale proéminente portée par Bradley Cooper a été accusée d’alimenter les stéréotypes antisémites sur les Juifs.

Il a fallu l’intervention des trois enfants de M. Bernstein pour éteindre la controverse. Ils ont rappelé que leur père « avait un beau et gros nez » et assuré que le chef d’orchestre « n’aurait pas eu de problème » avec la manière dont il est dépeint à l’écran.

« Cela m’a beaucoup troublé », regrette Kazu Hiro. « Nous avions beaucoup de respect pour Leonard Bernstein, et il se trouve qu’il avait ce nez. »

Mais après avoir passé d’innombrables heures à analyser puis reproduire le visage du musicien, l’artiste a été rassuré par les compliments des proches du chef d’orchestre.

Plusieurs d’entre eux l’ont félicité, car Bradley Cooper ressemble « exactement à Lenny » à l’écran, raconte Kazu Hiro. « Cela prouve que notre objectif a été atteint. »

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