De petites pièces rares du 4e siècle avant l’ère commune trouvées à Jérusalem
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De petites pièces rares du 4e siècle avant l’ère commune trouvées à Jérusalem

Créées à la période de l'empire perse, des pièces frappées d'un sceau juif et gravées d'une chouette-effraie, ont été découvertes lors du projet de filtrage du mont du Temple

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Les bénévoles du projet de criblage du mont du Temple tentent de découvrir des artefacts archéologiques (Crédit : Projet de criblage du mont du Temple)
    Les bénévoles du projet de criblage du mont du Temple tentent de découvrir des artefacts archéologiques (Crédit : Projet de criblage du mont du Temple)
  • La pièce, frappée par les Juifs, de Yéhud, une province semi-autonome placée sous gouvernance juive durant l'empire perse, découverte lors du projet de criblage du mont du Temple (Autorisation : Projet de criblage du mont du Temple)
    La pièce, frappée par les Juifs, de Yéhud, une province semi-autonome placée sous gouvernance juive durant l'empire perse, découverte lors du projet de criblage du mont du Temple (Autorisation : Projet de criblage du mont du Temple)
  • De la terre du mont du Temple criblée dans la ville de Petach Tikva par les élèves du lycée Yeshurun (Crédit : Inbal Dasberg/Projet de criblage du mont du Temple)
    De la terre du mont du Temple criblée dans la ville de Petach Tikva par les élèves du lycée Yeshurun (Crédit : Inbal Dasberg/Projet de criblage du mont du Temple)
  • Sauver les artefacts enlevés au cours des rénovations non-autorisées des écuries de Salomon, sur le mont du Temple, en 1999, a été l'objectif original du projet de criblage du mont du Temple (Crédit : Projet de criblage du mont du Temple)
    Sauver les artefacts enlevés au cours des rénovations non-autorisées des écuries de Salomon, sur le mont du Temple, en 1999, a été l'objectif original du projet de criblage du mont du Temple (Crédit : Projet de criblage du mont du Temple)
  • La pièce, frappée par les Juifs, de Yéhud, une province semi-autonome placée sous gouvernance juive durant l'empire perse, découverte lors du projet de criblage du mont du Temple (Autorisation : Projet de criblage du mont du Temple)
    La pièce, frappée par les Juifs, de Yéhud, une province semi-autonome placée sous gouvernance juive durant l'empire perse, découverte lors du projet de criblage du mont du Temple (Autorisation : Projet de criblage du mont du Temple)

Trois pièces excessivement rares frappées d’un sceau juif et datant du 4e siècle avant l’ère commune ont été découvertes dans le cadre du projet de filtrage du mont du Temple (Temple Mount Sifting Project), doublant le nombre de ces vestiges de monnaie similaires et exceptionnels qui ont pu être trouvés à l’occasion de fouilles entreprises à Jérusalem, sur les sites antiques, jusqu’à aujourd’hui. Ces pièces figurent parmi les toutes premières traces d’un monnayage juif effectué en terre d’Israël.

Mais elles sont toutefois faciles à rater : elles ne font que 7 millimètres de diamètre et leur poids est quasiment négligeable. Fabriquées en argent, leur création s’est basée sur l’obole d’Athènes, utilisant le motif de la chouette-effraie qui représente la déesse Athena. Toutefois, à la place des lettres grecques AOE qui désignent Athènes, elles portent une inscription en hébreu ancien – « yhd » ou Judée.

Le projet de filtrage a permis de découvrir 6 000 pièces anciennes au cours d’une étude systématique et méticuleuse des milliers de tonnes de terre prélevées sur le mont du Temple, qui avait été jetées au cours des rénovations non-autorisées d’une mosquée souterraine à la fin des années 1990.

Seulement trois pièces avaient été clairement identifiées comme appartenant à cette monnaie « Yehud » – qui avait été frappée à Jérusalem durant l’ère de l’empire perse. Deux autres, qui ont également été découvertes récemment, pourraient également relever de la même catégorie.

À ce jour, il y a en Israël 193 pièces d’archéologie qui ont été frappées localement, à travers toute la terre sainte durant la période de l’empire perse. Parmi elles, il y a 51 pièces « Yehud ».

La pièce, frappée par les Juifs, de Yéhud, une province semi-autonome placée sous gouvernance juive durant l’empire perse, découverte lors du projet de filtrage du mont du Temple (Autorisation : Temple Mount Sifting Project)

Ces pièces Yehud ont été frappés lors d’une période exceptionnelle durant laquelle les Juifs ont gouverné de manière semi-autonome l’empire achéménide perse, aux environs de l’an 539 avant l’ère commune jusqu’en l’an 332 avant l’ère commune, dans une province qui était appelée Yehud Medinata. Avec une capitale à Jérusalem, Yehud Medinata aura existé pendant environ 200 ans jusqu’à la conquête d’Alexandre le Grand.

Cette période est inscrite dans plusieurs livres de la Bible hébraïque. Le livre de Néhémiah décrit les essais et les tribulations de ce dernier, échanson du roi Artaxerxès Ier de Perse, qui avait demandé à devenir gouverneur de Yehud/Judée pour pouvoir reconstruire les murs de Jérusalem suite à la conquête babylonienne.

De plus, les livres d’Ezra et de Néhémiah ainsi que le second livre des Chroniques témoignent de la construction du Second Temple suite à un décret de Cyrius le grand, qui avait gouverné à partir de l’an 559 avant l’ère commune. Dans le livre d’Ezra, il est inscrit que Darius le grand avait achevé cette construction aux environs de l’an 516 avant l’ère commune.

Ces pièces sont un témoignage matériel de cette époque et émanent de la fin de la brève gouvernance juive sous l’empire perse. Selon le célèbre numismate israélien aujourd’hui décédé, Yaakov Meshorer, ces pièces de Yehud pourraient avoir été frappées aux environ de l’an 350 avant l’ère commune.

Mais elles ne sont pas, de caractère, si « juives » – car clairement basées sur des créations étrangères.

Une peinture du 15ème siècle réalisée par Jean Fouquet du roi perse Cyrius II le Grand, libérant les Juifs de l’exil de Babylone (Crédit: CC-PD-Mark, by Yann, Wikimedia Commons)

« Le seul symbole juif sur ces pièces est le lys, caractéristique de l’art juif à Jérusalem et une création fréquente utilisée dans le temple », avait écrit Meshorer dans un article paru en 1978 dans la Biblical Archaeology Review, « la Terre Sainte en pièces ».

De la même façon, la monnaie principale utilisée dans la région était encore frappée hors de la terre sainte. « Les pièces de valeur moindre venaient de frappes locales, en particulier de Gaza et de Jérusalem. Ces pièces, plus petites, allaient d’un drachme (soit quatre grammes d’argent) jusqu’à la plus petite dénomination, le hémiobole (un tiers de gramme d’argent) », avait écrit Meshorer.

Yehud, une « nouvelle » catégorie de pièces

A la fin des années 1990, la branche du nord du mouvement islamique et le Waqf – les administrateurs jordaniens des lieux saints musulmans de Jérusalem – avaient enlevé 9 000 tonnes de terre, riche en artefacts, du mont du Temple, la jetant dans la vallée Kidron avoisinante. Ces tonnes de terre avaient été enlevée au cours de rénovations non-autorisées des « écuries de Salomon » enfouies sous le sol, pour élargir son utilisation contemporaine de mosquée souterraine, selon le Temple Mount Sifting Project.

Sauver les artefacts enlevés au cours des rénovations non-autorisées des écuries de Salomon, sur le mont du Temple, en 1999, a été l’objectif original du projet de filtrage du mont du Temple (Crédit : Temple Mount Sifting Project)

En 2004, les archéologues Gabriel Barkay et Zachi Dvira (Zweig) avaient fondé le projet de filtrage avec pour objectif de sauver les objets antiques précieux qui pourraient être découverts dans les décombres. Les deux hommes ont créé un système de « filtrage humide » avec un tamis à maille, classifiant les matériaux découverts en catégories comme le verre, la mosaïque, le métal, l’os, l’argile et le bois.

Environ 70 % de la terre récupérée a été filtrée jusqu’à présent, en premier lieu à l’ancien siège du projet, situé à Emek HaTsurim, adjacent au mont des Oliviers.

Aujourd’hui, le projet, mené sous les auspices académique de l’Institut d’archéologie de l’université de Bar-Ilan, se concentre sur la recherche et les publications consacrées à son demi-million d’objets découverts – un nombre qui ne cesse de croître. Un projet pilote, qui reprend la méthode de filtrage humide, a été récemment lancé avec des chargements de terre à bord de camions qui sont emmenés dans différentes localités pour être examinées par les élèves des écoles et les membres des communautés.

De la terre du mont du Temple filtrée dans la ville de Petach Tikva par les élèves du lycée Yeshurun (Crédit : Inbal Dasberg/Temple Mount Sifting Project)

Selon un communiqué de presse du projet de filtrée qui annonçait la découverte des pièces, « le nombre relativement élevé de telles pièces trouvées par le projet de filtrage est le résultat de cette méthodologie de filtrage humide qui a été perfectionnée par le projet, et le fait que le mont du Temple a servi de centre administratif et commercial au cours des débuts du Second temple en plus d’être le site accueillant le Temple lui-même ».

Mais les numismates ignorent encore si ces pièces de Yehud étaient véritablement originaires de Jérusalem.

A cours de la période de l’empire perse, sur la terre d’Israël – en plus de la frappe « Yehud » – il y avait quatre autres frappes locales qui fabriquaient de la monnaie, notamment les catégories philistine, édomite, samarienne et dor.

De manière intéressante, la catégorie Yehud a été pour la toute première fois identifiée en 1934 par l’archéologue pionnier Eleazar Sukenik. Dans un article, il avait inclus dans cette nouvelle catégorie un drachme – qui était déjà connu depuis le 18e siècle – ainsi qu’une obole palestinienne de collecteur et une hémiobole, qui avait été déterrée en 1931 à Beth Zur, un site biblique situé au sud de Jérusalem, à proximité de Hébron.

La pièce, frappée par les Juifs, de Yéhud, une province semi-autonome placée sous gouvernance juive durant l’empire perse, découverte lors du projet de filtrage du mont du Temple (Autorisation : Temple Mount Sifting Project)

Contrairement à d’autres pièces également frappées sur placec sous l’empire perse – qui possédaient des marques claires indiquant l’endroit où elles avaient été fabriquées – le lieu où avaient été frappées ces monnaies Yehud était encore indéterminé. 38 ans seulement après l’article de Sukenik, une autre pièce Yehud avait été découverte, cette fois-ci lors d’une fouille dans le quartier de la colline française de Jérusalem, à deux kilomètres au nord du Jérusalem antique.

Malheureusement, retrouver ces vestiges de monnaie in-situ est devenu de plus en plus difficile. Suite à la guerre des Six jours de 1967, « le vol d’antiquités a entraîné un nombre croissant de pièces [mises sur le marché] issues de ces séries », selon un article rédigé en 2016 sur le sujet par le chef du département de la monnaie de l’Autorité israélienne des antiquités Donald Ariel et qui était intitulé « la circulation des pièces frappées localement pendant la période de l’empire perse au Levant sud ».

De nombreuses pièces de cette période se sont retrouvées sur le marché via les pillages et les trafiquants d’antiquités. Toutefois, alors que la provenance archéologique de ces vestiges n’était pas assurée, les trafiquants ont « parlé de lieux privilégiés de découverte dans le sud de Jérusalem », avait-il écrit.

Les bénévoles du projet de filtrage du mont du Temple tentent de découvrir des artefacts archéologiques (Crédit :Temple Mount Sifting Project)

Il a été déterminé par des analyses de données archéologiques que les pièces Yehud se concentraient en Judée, avait écrit Ariel, même si elles ont été également découvertes hors de la province, et notamment sur le mont Gerizim en Samarie.

En 1977, il a été résolu que Jérusalem avait été en effet le lieu de frappe des vestiges de monnaie de la catégorie Yehud. Ariel avait indiqué que « en raison de la rareté de telles pièces dans les fouilles effectuées au sein de la capitale, et du fait que les inscriptions sur les pièces ne mentionnaient pas yršlm (Jérusalem) mais plutôt yhd, yhwd ou (plus tard) yhdh (Judée), le lieu de la frappe n’avait pas été initialement clair. Il a pris un certain temps avant qu’un consensus n’ait lieu sur le fait que les frappes se sont effectuées à Jérusalem, capitale de la Judée ».

Zachi Dvira (Autorisation)

LeTemple Mount Sifting Project espère que davantage des pièces de Yehud seront découvertes dans les 30 % de terre qui doivent encore être examinées.

Dans un article publié sur Ynet, le co-directeur Dvira a expliqué que « tout au long des 150 ans de fouilles archéologiques des sites de Jérusalem, cinq de ces pièces avaient été trouvées. Nous avons découvert maintenant trois pièces entières, ainsi que deux érodées, apparemment de la même série et nous pouvons supposer que nous en trouverons encore à l’avenir ».

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