Décès de la résistante Noëlla Rouget, qui avait fait gracier son bourreau
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Décès de la résistante Noëlla Rouget, qui avait fait gracier son bourreau

Emmanuel Macron a salué dans un communiqué "une partisane de la liberté qui donna aux valeurs de fraternité et de pardon leur incarnation la plus haute"

Noëlla Rouget, déléguée pour la Suisse de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance lors de la cérémonie du 8 mai 2013, au Consulat de France, à Genève. (Crédit : Erdrokan / CC BY-SA 3.0)
Noëlla Rouget, déléguée pour la Suisse de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance lors de la cérémonie du 8 mai 2013, au Consulat de France, à Genève. (Crédit : Erdrokan / CC BY-SA 3.0)

L’ancienne résistante et déportée Noëlla Rouget, qui avait fait gracier son bourreau en 1966, est morte dimanche à Genève à l’âge de 100 ans, a annoncé lundi l’Elysée.

Le Président de la République Emmanuel Macron a salué dans un communiqué « une partisane de la liberté qui donna aux valeurs de fraternité et de pardon leur incarnation la plus haute ».

Née le jour de Noël 1919 à Saumur dans une famille de fervents catholiques, Noëlla Rouget, née Peaudeau, avait 20 ans quand elle entra dans la Résistance, faisant transiter des colis et des armes pour le mouvement gaulliste Honneur et patrie et pour un réseau des services d’espionnage britanniques.

En juin 1943, les bans de son mariage avec un autre résistant Adrien Tigeot étaient à peine publiés que les fiancés furent dénoncés et arrêtés. Adrien fut torturé et fusillé dans les jours qui suivirent. Noëlla Peaudeau, elle, fut déportée à Ravensbrück.

Soignée à son retour du camp de concentration pour la tuberculose dans un sanatorium suisse, Noëlla se maria avec un homme du pays en 1947 et s’installa à Genève. Ils eurent deux enfants.

En 1962, elle est rattrapée par son passé avec l’arrestation de Jacques Vasseur, ancien membre français de la Gestapo, responsable de 310 déportations, dont la sienne, et de 230 morts, dont celle d’Adrien Tigeot.

Opposée à la peine capitale, contre l’esprit de vengeance, elle avait plaidé la mansuétude devant le Cour de sûreté de l’Etat qui a condamné Vasseur à la guillotine en 1965.

Elle supplia alors le général de Gaulle d’accorder la grâce de Vasseur et l’obtint en février 1966, la peine étant commuée en prison à vie.

Elle écrivit ensuite régulièrement à Vasseur en prison, sans jamais obtenir de son bourreau le moindre signe de repentance.

« Cet acte de pardon, d’autant plus impressionnant qu’il se heurta à l’incompréhension hostile de ses contemporains et à l’impénitence du coupable, était la marque d’une immense générosité d’âme, d’un humanisme à toute épreuve », a salué l’Elysée dans son communiqué.

« Avec Noëlla Rouget nous quitte une grande résistante, qui a fait de son vécu un combat pour la Mémoire et la transmission. Je retiens son courage et sa force morale exceptionnelle », lui a rendu hommage sur Twitter Geneviève Darrieussecq, la ministre déléguée chargée de la Mémoire et des Anciens combattants.

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