Décès de l’émir du Koweït, doyen de la diplomatie dans le Golfe sous tensions
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Décès de l’émir du Koweït, doyen de la diplomatie dans le Golfe sous tensions

L'homme, vieux routier de la politique, était un doyen de la diplomatie dans un Golfe tourmenté par plus de cinq décennies de crises et de conflits ayant impliqué son pays

L'émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad al-Jaber al-Sabah, assiste à l'ouverture du 30e Sommet arabe à Tunis, en Tunisie, le 31 mars 2019. (Crédit : Fethi Belaid / photo de Pool via AP)
L'émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad al-Jaber al-Sabah, assiste à l'ouverture du 30e Sommet arabe à Tunis, en Tunisie, le 31 mars 2019. (Crédit : Fethi Belaid / photo de Pool via AP)

L’émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah est mort mardi à 91 ans, a annoncé le palais royal de ce riche pays pétrolier du Golfe.

L’homme, vieux routier de la politique, était un doyen de la diplomatie dans un Golfe tourmenté par plus de cinq décennies de crises et de conflits ayant impliqué son pays.

Après la mort en janvier du sultan Qabous d’Oman, c’est un autre médiateur influent qui disparaît dans une région marquée par des tensions avec l’Iran ainsi que l’inimitié entre le Qatar et plusieurs de ses voisins.

Il était considéré comme l’architecte de la politique étrangère du Koweït moderne en étant à la fois un grand allié des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite tout en entretenant de bonnes relations avec le rival de ces derniers, l’Iran.

« C’est avec une grande tristesse et un grand chagrin que nous pleurons (…) la mort de cheikh Sabah al-Ahmad al-Jaber al-Sabah, émir du Koweït », a déclaré cheikh Ali Jarrah al-Sabah, ministre chargé des affaires royales dans un enregistrement diffusé à la télévision.

La télévision au Koweït avait interrompu ses programmes et diffusé des versets du coran avant l’annonce officielle.

Après son hospitalisation au Koweït le 18 juillet, le chef de l’Etat, arrivé au pouvoir en 2006, avait transféré « temporairement » une partie de ses pouvoirs au prince héritier, cheikh Nawaf Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah. Ce dernier, son demi-frère âgé de 83 ans, devrait lui succéder.

Cheikh Sabah s’était ensuite rendu aux Etats-Unis fin juillet pour continuer un traitement médical, selon les autorités qui n’avaient donné aucun détail sur la nature de sa maladie.

Il n’était pas clair dans l’immédiat si l’émir était toujours aux Etats-Unis au moment de sa mort où s’il était revenu dans son pays.

Il avait subi une ablation de l’appendice en 2002 et s’était fait poser un stimulateur cardiaque en février 2000. En 2007, il avait subi une opération des voies urinaires aux Etats-Unis.

En septembre 2019, cheikh Sabah avait subi des examens médicaux après son arrivée aux Etats-Unis, entraînant le report puis l’annulation de sa rencontre avec le président américain Donald Trump.

Son hospitalisation en juillet avait précédé celle du roi Salmane d’Arabie saoudite, 84 ans, qui a quitté l’hôpital après y avoir passé 10 jours pendant lesquels il a subi une ablation de la vésicule biliaire.

Le roi Salmane ben Abdel Aziz al-Saoud (Crédit : Wikimedia)

Descendant d’une famille qui a gouverné le Koweït pendant plus de 250 ans, Cheikh Nawaf Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah a occupé plusieurs postes importants au sein du gouvernement et avait été nommé prince héritier en 2006, après un consensus de la famille dirigeante qui l’a choisi pour occuper ce poste, en raison de sa popularité au sein de la famille.

Il a notamment connu la guerre Irak-Iran (1980-1988) pendant laquelle son pays était un allié de facto de Bagdad. Il a ensuite vécu la tourmente de l’invasion de son pays par les troupes de Saddam Hussein en 1990 et les crises au sein du Conseil de coopération du Golfe, dont la dernière autour du Qatar.

Proche allié des Etats-Unis et relativement ouvert à l’Iran, il est apparu ces dernières années comme le « doyen de la diplomatie » dans le Golfe, se mettant en avant comme médiateur dans la dispute qui a éclaté en 2017 entre le Qatar d’une part et l’Arabie saoudite et ses alliés d’autre part à propos des liens présumés de Doha avec des groupes islamistes.

Lors du sommet arabe de La Mecque, en mai 2019, l’émir avait plaidé avec force pour une désescalade dans le Golfe sur fond de tensions entre l’Iran et les Etats-Unis. « Nous devons déployer tous les efforts pour contenir la situation », avait-il déclaré.

Troubles politiques

En interne, le riche émirat pétrolier a connu des turbulences politiques, des manifestations et des arrestations d’opposants qui avaient osé le critiquer, notamment sur les réseaux sociaux.

L’émir, considéré comme un libéral, a cherché à transformer le pays. Après une longue bataille avec le Parlement, il a obtenu en 2005 une loi donnant aux femmes le droit de vote.

Mais il a écarté la légalisation des partis politiques, officiellement interdits au Koweït. Et de nombreuses arrestations ont été opérées sous son règne, principalement d’opposants accusés de l’avoir critiqué.

Des réformes économiques et sociales ont été éclipsées par des crises à répétition impliquant le gouvernement, des personnalités de la famille régnante et le Parlement, dissous à sept reprises.

Né le 6 juin 1929, cheikh Sabah est devenu le leader de facto du Koweït plusieurs années avant son intronisation en janvier 2006, en raison des problèmes de santé de son prédécesseur, son demi-frère cheikh Jaber, et du prince héritier de l’époque, son cousin cheikh Saad, décédé en 2008.

Longtemps ministre des Affaires étrangères, cheikh Sabah avait obtenu de larges prérogatives avant de devenir en 2003 chef du gouvernement.

Sa nomination était intervenue après la destitution par le Parlement élu, dans un vote sans précédent et pour raisons de santé, de cheikh Saad, émir pendant seulement une semaine en 2006.

L’émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad al-Jaber al-Sabah, le 10 juillet 2018. (Crédit : AP Photo/Mark Schiefelbein)

Pétrole en chute

L’arrivée au pouvoir de cheikh Sabah est survenue au moment où l’émirat enregistrait ses meilleurs indicateurs avec une accumulation de réserves financières de 600 milliards de dollars, grâce à l’envolée des cours du brut.

Mais la chute des prix pétroliers en 2014 a sérieusement affecté l’économie du Koweït. L’effondrement de ces prix et le ralentissement économique provoqués par la pandémie de Covid-19 cette année, a accentué ces difficultés.

Contrairement aux autres membres de haut rang des Al-Sabah, qui ont des familles nombreuses, l’émir défunt n’avait que deux garçons, nommés à des postes importants au Koweït. Son unique fille était décédée en 2002.

Amateur de chasse, il avait l’habitude de passer des vacances en Mongolie.

Les responsables palestiniens de tout l’éventail politique ont publiquement pleuré la mort de l’émir Sabah Al Sabah, le chef d’État koweïtien décédé mercredi.

« Avec son départ, la Palestine a perdu un leader arabe, un leader de toute l’humanité… qui a passé sa vie au service de son peuple, de sa nation et de toute l’humanité, et qui a toujours défendu notre cause nationale », a déclaré le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, dans un communiqué.

Le groupe terroriste du Hamas considère l’émir Sabah comme un personnage important pour « promouvoir notre unité, notre sécurité et notre stabilité ».

Les Palestiniens ont eu une histoire mouvementée avec le petit État princier du Golfe.

Le pays a accueilli une importante communauté de travailleurs palestiniens pendant des décennies jusqu’en 1990, lorsque le président de l’Organisation de libération de la Palestine, Yasser Arafat, a publiquement soutenu Saddam Hussein lors de son invasion du Koweït. L’émirat a réagi en expulsant des centaines de milliers de travailleurs palestiniens et leurs familles. Sur les 400 000 personnes qui considéraient le Koweït comme leur foyer avant la guerre, il n’en reste plus que 20 000 environ.

Les relations se sont toutefois améliorées ces dernières années. Au cours du mois dernier, les institutions gouvernementales koweïtiennes ont publié des déclarations dénonçant les accords de normalisation entre ses voisins du sud et Israël.

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