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Décès de Marcelle Ninio, l’espionne israélienne dans l’Affaire Lavon

Elle avait passé 14 ans dans des prisons égyptiennes pour son rôle dans l'opération ratée qui a été surnommée "La mauvaise affaire" en Israël

Marcelle Ninio (Capture d'écran)
Marcelle Ninio (Capture d'écran)

Marcelle Ninio, l’une des six espions israéliens qui avaient été emprisonnés en Egypte dans le fiasco de l’Affaire Lavon dans les années 1950, est décédée mercredi à l’âge de 90 ans.

Ninio sera enterrée à 11 heures vendredi au Kibboutz Einat.

Dans l’Affaire Lavon, également connue en Israël comme « La mauvaise affaire » (« Esek Habish ») et officiellement surnommée l’Opération Susannah, des espions, agissant sans que le Premier ministre Moshe Sharett ne soit au courant, ont recruté des Juifs égyptiens pour mener des attaques terroristes de diversion sur des cibles civiles dans le pays afin de déstabiliser le régime du président Gamal Abdel Nasser. L’opération a mal tourné, huit membres de la cellule ont été emprisonnés et deux autres ont été exécutés.

Ninio, qui servait comme agent de liaison entre les membres de la cellule et qui était la seule femme dans l’équipe, a passé 14 années dans une prison égyptienne pour ses actions.

L’Opération Susannah a été lancée à cause des craintes d’Israël au sujet des bonnes relations de Washington et de Londres avec Nasser, et particulièrement des projets des autorités britanniques d’évacuer leurs forces du canal de Suez. Les autorités israéliennes craignaient que Nasser ne choisisse de nationaliser le canal et d’empêcher Israël d’avoir accès à la voie navigable. Ils espéraient saboter les bonnes relations entre l’Egypte et les nations occidentales pour empêcher Nasser de prendre plus de pouvoir.

Le ministre de la Défense Pinchas Loavon, gauche, et le chef de l’armée israélienne Moshe Dayan, avec Shimon Peres, en arrière plan, le 8 février 1953. (GPO/ crédit des Archives de Tsahal au ministère de la Défense)

En 1954, la cellule d’espions juifs en Egypte, qui se composait de 13 membres, a posé des bombes incendiaires sur des sites liés aux Etats-Unis – des bibliothèques, des bureaux de poste et des cinémas – au Caire et à Alexandrie, suscitant la consternation, mais n’ont fait aucune victime. Ils ont été attrapés après l’arrestation d’un des agents qui a été interrogé.

On pense également, mais cela n’a jamais été officiellement confirmé, qu’ils ont été trahis par Avri Elad, un agent des renseignements militaires qui a recruté les espions et supervisé leurs campagnes d’attaques à la bombe. Il est ensuite apparu qu’Elad avait été en contact régulier avec un ancien chef de renseignements militaires. Il a passé 10 ans en prison en Israël pour ces contacts.

L’affaire a scandalisé Israël et la responsabilité de l’opération n’a jamais pu être clairement établie, puisque le colonel Binyamin Jibli, le chef du renseignement militaire, et Pinchas Lavon, le ministre de la Défense, se sont accusés mutuellement de mentir sur leur responsabilité pendant des années. Les deux hommes ont perdu leur place à cause de cette affaire.

Ninio, née au Caire en 1929, avait 24 ans à l’époque de son arrestation. Elle a tenté de se suicider à plusieurs reprises après avoir été arrêtée.

Marcelle Ninio, la seule femme dans l’unité d’infiltration en Egypte, le 20 janvier 1985 – 18 ans après sa sortie de prison (Crédit : Noam Armon / Archives IDF)

Elle a été libérée en 1968 et est arrivée en Israël, où elle s’est mariée trois ans plus tard et a eu des enfants. Ces dernières années, elle vivait dans la ville du centre du pays d’Hod Hasharon. En 1988, elle a eu l’honneur de l’allumage de la torche lors des célébrations du 40e Yom HaAtsmaout.

De nombreux détails sur l’affaire et sur les personnes impliquées ont été gardés secrets par la censure militaire pendant des années.

Dans un entretien de 1986 avec Maariv, Ninio a dit qu’elle ne se sentait pas amère, même si les longues années en prison ont souvent été difficiles. « La vie est courte et belle, elle ne devrait pas être gâchée par de l’amertume… regardez le beau pays que nous avons… [J’ai] un mari, des enfants, des beaux petits-enfants. Il ne me manque rien ».

« Je suis seulement désolée pour les années perdues au cours desquelles j’aurais pu avoir des enfants et faire l’expérience d’Israël. Mais à quoi bon ressasser le passé ? »

JTA a contribué à cet article.

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