Décès de Maurice Bidermann, ancien roi du textile du Sentier
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Décès de Maurice Bidermann, ancien roi du textile du Sentier

Frère de la chanteuse Régine, il était né en 1932 dans une famille juive originaire de Pologne et a combattu dans les rangs de l’armée israélienne durant la guerre d'Indépendance

Maurice Bidermann, le 12 novembre 2003, à la sortie du tribunal à la fin du procès de l’affaire Elf. (Crédit : Jack Guez / AFP)
Maurice Bidermann, le 12 novembre 2003, à la sortie du tribunal à la fin du procès de l’affaire Elf. (Crédit : Jack Guez / AFP)

L’homme d’affaires français Maurice Bidermann, qui constitua un géant du textile à son nom et fut l’une des personnalités condamnées dans l’affaire Elf, est mort lundi à 87 ans, a annoncé son entourage à l’AFP.

Maurice Bidermann, de son vrai nom Maurice Zylberberg, est décédé dans la matinée de lundi dans un hôpital parisien, selon son entourage, qui précise qu’il souffrait de plusieurs maladies chroniques mais n’était a priori pas atteint du Covid-19.

Frère de la chanteuse Régine, il était né en 1932 en Belgique dans une famille juive originaire de Pologne. Durant la Seconde Guerre mondiale, il avait été recueilli par une famille de Justes d’Aix-en-Provence. Son père état Résistant.

Après la guerre, il a rejoint Israël et a combattu dans les rangs de l’armée israélienne durant la guerre d’indépendance, avant de retourner en France pour travailler dans l’entreprise de textile-habillement de son oncle comme simple employé, avant de constituer dans les années 1960 et 1970 un empire du textile à partir du petit groupe familial dont il avait hérité.

Le groupe, devenu numéro un français du vêtement masculin, avait ensuite rencontré des difficultés et, lourdement endetté, avait dû être vendu en 1995.

C’est dans ce contexte que Maurice Bidermann s’est trouvé impliqué l’affaire Elf, l’un des principaux scandales politico-financiers français des dernières décennies.

Il avait éclaté à la suite d’une enquête sur un prêt suspect, via des circuits offshore, de la société pétrolière au groupe Bidermann, d’un montant d’environ 800 millions de francs (près de 150 millions d’euros).

Maurice Bidermann avait été condamné en 2003 dans cette affaire à trois ans de prison dont deux avec sursis et un million d’euros d’amende.

L’industriel s’était ensuite domicilié au Maroc mais avait continué à s’afficher avec des personnalités en France, en particulier à la fin des années 2000 des membres de l’entourage de Nicolas Sarkozy, ainsi que le président de la République lui-même.

Au début des années 2010, il avait été visé par une enquête du fisc marocain, qui le soupçonnait de ne pas avoir déclaré tous ses revenus de source étrangère.

Sur Twitter, le député UDI Meyer Habib lui a rendu hommage, ajoutant – à tort – qu’il était atteint du coronavirus.

« Tristesse ! J’apprends le décès de mon ami Maurice Bidermann #coronavirus. Sauvé par des Justes pendant la #Shoah, capitaine d’industrie, humaniste, sioniste et immense philanthrope. Mes pensées accompagnent sa famille, son épouse, ses enfants et sa sœur Régine, qu’il aimait tant », a écrit le responsable politique.

L’erreur au sujet du coronavirus a également été reprise par le bureau français de l’AJC Paris, plus importante organisation juive américaine à l’international.

« Nos pensées vont vers les proches de #MauriceBidermann, emporté hier par le #coronavirus », a écrit l’organisation. « Fervent soutien et ami d’AJC, bienfaiteur de la communauté juive, c’était un industriel de renom qui avait hissé son entreprise familiale de textile au rang international. »

L’avocat Patrick Klugman, conseiller de Paris, qui le qualifie de « Mensh qui manque déjà », a lui aussi repris l’erreur dans un texte publié sur le site La Règle du Jeu.

« La liste est longue – et probablement même pas connue de lui-même – des personnes, causes ou institutions qu’il a soutenues », écrit-il. « Pas croyant, ni pratiquant, il se savait Juif et, toute sa vie durant, fut d’une fidélité sans faille à Israël comme aux différentes communautés juives. Cependant, il disait que, en tant que Juif, il se devait de soutenir avec la même énergie et prodigalité des causes humanitaires et scientifiques qui ne l’étaient pas. »

Maurice Bidermann a ainsi notamment créé, en 1974, l’association des Amis français de l’université Ben-Gurion du Negev). Il a soutenu le développement d’un programme entre étudiants juifs et musulmans à l’université de Haïfa et créé le collège-lycée franco-israélien Raymond Leven à Tel Aviv.

Il était également le trésorier de l’association Afikim, réseau de centres de soutien scolaire en Israël pour les familles défavorisées.

« Lors du renouveau de l’antisémitisme, il a joué un rôle majeur dans la structuration et l’essor des Amis de CRIF, pour doter l’institution d’une plus grande assise communautaire et autonomie financière », a ajouté Patrick Klugman.

Maurice Bidermann était père de deux filles. Il avait été décoré chevalier de l’ordre national du Mérite en septembre 1991.

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