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Décès de Richard Serra, monumental minimaliste

Né d'une mère d'origine juive russe et d'un père espagnol, le sculpteur est fasciné par les notions de poids et d'équilibre

L'artiste américain Richard Serra pose lors d'une conférence de presse à Oviedo le 21 octobre 2010, avant la remise des prix Prince des Asturies. Richard Serra est considéré comme l'un des sculpteurs d'avant-garde les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle, pour sa vision innovante de l'incorporation d'espaces urbains dans des œuvres d'art qui incitent les gens à réfléchir. (Crédit : MIGUEL RIOPA / AFP)
L'artiste américain Richard Serra pose lors d'une conférence de presse à Oviedo le 21 octobre 2010, avant la remise des prix Prince des Asturies. Richard Serra est considéré comme l'un des sculpteurs d'avant-garde les plus importants de la seconde moitié du XXe siècle, pour sa vision innovante de l'incorporation d'espaces urbains dans des œuvres d'art qui incitent les gens à réfléchir. (Crédit : MIGUEL RIOPA / AFP)

Figure majeure de l’art contemporain, l’Américain Richard Serra, mort mardi à 85 ans selon le New York Times, a placé le spectateur au cœur de son œuvre avec ses sculptures en acier monumentales et minimalistes, réflexion sur l’espace et l’environnement.

Pour lui, la forme de l’œuvre est déterminée par la matière et le lieu de son exposition, dont elle modifie la perception. Dans la nef du Grand Palais à Paris, il installe en 2008 pour l’exposition « Monumenta » de gigantesques plaques anguleuses à l’inclinaison inquiétante. Au musée Guggenheim de Bilbao, ce sont huit œuvres tout en courbes et spirales ocres qui enveloppent le visiteur.

« Quand on voit mes pièces, on ne retient pas un objet. On retient une expérience, un passage. Faire l’expérience d’une de mes pièces, c’est éprouver une notion du temps, du lieu et y réagir. Ce n’est pas se souvenir d’un objet parce qu’il n’y a pas d’objet à retenir », expliquait-il en 2004.

Carrure imposante et yeux d’acier, Richard Serra fait remonter sa fascination pour les notions de poids et d’équilibre à un de ses premiers souvenirs, devenu « rêve récurrent ».

Il a quatre ans et assiste à la sortie d’un cuirassé des chantiers navals où travaillent son père. Sous les yeux de l’enfant, l’énorme masse échouée à terre, pareille à « un gratte-ciel allongé », devient une « structure libre, flottante en dérive ».

« Mon intimidation et mon étonnement liés à ce moment n’ont jamais disparu », racontait le sculpteur, né le 2 novembre 1939 à San Francisco, d’une mère d’origine juive russe et d’un père espagnol.

Après des études en littérature anglaise à l’université de Californie, Serra intègre Yale en arts plastiques.

Titulaire d’une bourse, il part à Paris, où il se rend quasi quotidiennement dans l’atelier de Brancusi reconstitué au Musée national d’art moderne. L’aspirant peintre décide de se tourner vers la sculpture.

En Espagne, il tombe en arrêt devant « Les Ménines » de Velasquez, où par un jeu de miroirs le spectateur se retrouve partie intégrante de la composition. « Je l’ai regardé un bon moment avant de réaliser que j’étais une extension de la toile. Ca a été une révélation », disait-il.

Les jardins zen, qu’il découvre lors d’un voyage au Japon, ont également une influence majeure sur son œuvre. « La déambulation et le regard sont devenus pour moi des gestes fondateurs », confiait-il.

Vertige et insécurité

A la fin des années 1960, il s’installe à New York, en plein bouillonnement artistique. Pour survivre, il monte une entreprise d’enlèvement de meubles, dans laquelle il emploie notamment le compositeur Philip Glass, devenu son assistant.

En 1967-1968, il publie son manifeste : une liste de 84 verbes (« enrouler », « appuyer », « couper », « plier »…) et 24 éléments de contexte (« gravité », « entropie », « nature »…) qui recense tous les processus à sa disposition pour la réalisation d’une œuvre.

Pour ses premiers travaux, il utilise le caoutchouc, la fibre de verre, le latex et le néon, puis projette du plomb en fusion entre murs et planchers (« Splash », 1968-70).

A la fin des années 1960, il réalise une œuvre fondatrice « One ton prop (House of cards) », quatre plaques de plomb de 122×122 cm, maintenues en équilibre par leur propre poids, à la manière d’un château de cartes.

A partir de la décennie suivante, Richard Serra privilégie les installations en plein air et l’acier Corten. Le choix du matériau n’a rien d’arbitraire. Il en connaît parfaitement les caractéristiques et les potentialités pour avoir travaillé dans une aciérie tous les étés depuis ses 16 ans.

Les jeux d’équilibre, le poids de l’acier et la hauteur des plaques créent, pour le spectateur invité à circuler entre celles-ci, un sentiment d’insécurité, de petitesse ou de vertige.

Une expérience déstabilisante, voire dérangeante. En 1981, son œuvre « Tilted Arc », gigantesque plaque de métal de 3,6 m de haut sur 36,6 m de long, installée en travers de la Federal Plaza de New York, gêna tellement les riverains qu’elle dû être démontée au bout de huit ans, à la suite d’une longue bataille judiciaire.

Et l’une de ses récentes œuvres, des tours sombres qui semblent sortir de terre dans le désert du Qatar, est isolée, accessible uniquement en 4×4 par des températures pouvant monter jusqu’à 50 degrés Celsius.

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