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Décès de Stephen Sondheim, icône juive du théâtre musical américain

Il était le compositeur-parolier le plus respecté et le plus influent du théâtre de la deuxième moitié du 20e siècle

Le compositeur et parolier Stephen Sondheim lors d'une cérémonie au Guildhall de Londres, le 27 septembre 2018. (Crédit : AP/Kirsty Wigglesworth, File)
Le compositeur et parolier Stephen Sondheim lors d'une cérémonie au Guildhall de Londres, le 27 septembre 2018. (Crédit : AP/Kirsty Wigglesworth, File)

Force motrice de certains des spectacles les plus appréciés et les plus célèbres de Broadway. Vendredi, Stephen Sondheim est décédé à l’âge de 91 ans.

Compositeur et parolier, Stephen Sondheim a considérablement marqué l’histoire de l’écriture de chansons de Broadway. Sa musique et ses paroles ont élevé et réinitialisé le niveau artistique de la comédie musicale américaine. Vendredi, il est décédé à son domicile de Roxbury, dans le Connecticut.

Son décès a été annoncé par son avocat et ami, F. Richard Pappas qui a dit ne pas en connaître la cause. Selon F. Richard Pappas, Stephen Sondheim n’était pas malade, sa mort était soudaine. La veille, l’artiste avait célébré Thanksgiving lors d’un dîner avec des amis à Roxbury.

Né le 22 mars 1930 à Manhattan, il a d’abord vécu dans l’Upper West Side. Herbert Sondheim, son père, était propriétaire d’une entreprise de couture. Sa mère, l’ancienne Etta Janet Fox, connue sous le nom de Foxy, a travaillé pour son mari en tant que designer jusqu’à ce qu’il la quitte, quand Stephen avait 10 ans.

Il n’a pas révélé son homosexualité avant l’âge de 40 ans. Il a vécu avec le dramaturge Peter Jones pendant huit ans dans les années 1990. En 2017, il a épousé Jeffrey Scott Romley. Ensemble, ils vivaient à Manhattan et à Roxbury, Connecticut, là où il s’est éteint vendredi.

Au début de sa carrière, Sondheim a écrit les paroles de deux spectacles considérés comme des classiques de la scène américaine, « West Side Story » (1957) et « Gypsy » (1959).

« West Side Story » transposait « Roméo et Juliette » de Shakespeare dans les rues et les gangs du New York d’aujourd’hui. « Gypsy », dont la musique est signée Jule Styne, raconte l’histoire des coulisses de l’ultime mère de scène et de la fille qui deviendra Gypsy Rose Lee.

Ce n’est qu’en 1962 que Sondheim a écrit à la fois la musique et les paroles d’un spectacle de Broadway, qui s’est avéré être un succès – la pièce paillarde « A Funny Thing Happened on the Way to the Forum », avec Zero Mostel dans le rôle d’un esclave rusé de la Rome antique désireux d’être libre.

En avril 1970, « Company » a cimenté la réputation de Sondheim. Les aventures épisodiques d’un célibataire (joué par Dean Jones) incapable de s’engager dans une relation ont été saluées comme illustrant la nature obsessionnelle des New-Yorkais égocentriques et ambitieux. Le spectacle, produit et mis en scène par Hal Prince, a valu à Sondheim son premier Tony de la meilleure partition. « The Ladies Who Lunch » devient un standard pour Elaine Stritch.

L’année suivante, il a écrit la partition de « Follies », un regard sur les espoirs brisés et les rêves déçus de femmes qui avaient joué dans de somptueuses revues de style Ziegfeld. La musique et les paroles rendaient hommage aux grands compositeurs du passé, tels que Jerome Kern, Cole Porter et les Gershwin.

En 1973, « A Little Night Music », avec Glynis Johns et Len Cariou, a vu le jour. Basée sur « Smiles of a Summer Night » de Bergman, cette romance triste d’amoureux d’âge moyen contient la chanson « Send in the Clowns », qui a gagné en popularité en dehors du spectacle. Une reprise en 2009 avec Angela Lansbury et Catherine Zeta-Jones a été nominée pour un Tony de la meilleure reprise.

Le président américain de l’époque, Barack Obama (à droite), remet la médaille présidentielle de la liberté au compositeur Stephen Sondheim lors d’une cérémonie dans la salle Est de la Maison Blanche, le 24 novembre 2015, à Washington, DC. (Crédit : AP/Evan Vucci, File)

L’un de ses spectacles les plus troublés est « Road Show », qui réunissait Sondheim et Weidman et dont l’élaboration a duré des années. Cette histoire des frères Mizner, dont les combines pour s’enrichir au début du XXe siècle, a finalement été présentée au Public Theater en 2008 après avoir connu plusieurs titres, metteurs en scène et distributions.

Six de ses comédies musicales ont remporté le Tony Award de la meilleure partition, et il a également reçu un prix Pulitzer (« Sunday in the Park »), un Academy Award (pour la chanson « Sooner or Later » du film « Dick Tracy »), cinq Olivier Awards et la Presidential Medal of Honor. En 2008, il a reçu un Tony Award pour l’ensemble de son œuvre.

En 2010, l’année de ses 80 ans, un théâtre de Broadway a été renommé en son honneur.

Lors d’une cérémonie à l’extérieur de l’auditorium de 1 055 places de la 43e rue West, après avoir reçu des mots élogieux de la part d’admirateurs comme Patti LuPone et Nathan Lane le compositeur est monté sur le podium et a déclaré : « Je suis ravi, mais profondément embarrassé », a-t-il déclaré, les larmes aux yeux, alors qu’un soleil de mi-septembre tombait sur le Stephen Sondheim Theatre. « J’ai toujours détesté mon nom de famille. Il ne chante tout simplement pas. »

Ce commentaire a révélé combien la brillante musicalité de Sondheim et son perfectionnisme allaient de pair. Le géant du théâtre était aussi complexe que ses textes, dogmatique dans ses règles et peu généreux en éloges sur son travail.

Mais il était aussi son pire critique. Dans son autocritique autobiographique, au sujet de l’emblématique chanson « America » de « West Side Story », pour laquelle il a fourni les paroles de la musique de Leonard Bernstein il écrit : « certaines lignes de ce texte sont de manière respectable nettes et précises, mais d’autres fondent dans la bouche aussi gracieusement que du beurre de cacahuète et sont impossibles à comprendre, comme ‘For a small fee in America’, qui écrase les l et les f ensemble, ce qui donne l’impression que c’est ‘For a smafee' ».

Ces derniers temps, il travaillait sur une nouvelle comédie musicale avec le dramaturge de « Venus in Fur », David Ives, qui a qualifié son collaborateur de génie. « Non seulement ses comédies musicales sont brillantes, mais je ne peux pas penser à une autre personne du théâtre qui a fait la chronique de toute une époque avec autant d’éloquence. Il est l’esprit de l’époque d’une certaine manière », a déclaré Ives en 2013.

Sondheim a rarement écrit pour le cinéma. Il a collaboré avec l’acteur Anthony Perkins sur le scénario du film policier « La dernière des Sheila » (1973) et, outre son travail sur « Dick Tracy » (1990), il a écrit des partitions pour des films tels que « Stavisky » d’Alain Resnais (1974) et « Reds » de Warren Beatty (1981).

Au fil des ans, nombre de ses spectacles ont été repris à Broadway, en particulier « Gypsy », qui a été réincarné par Angela Lansbury (1974), Tyne Daly (1989) et Peters (2003).

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