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Des centaines d’activistes occupent encore les « nouveaux » avant-postes illégaux

Après le démantèlement des autres campements, des activistes ont été vus nettoyant la colline et dressant des murs au nouvel avant-poste de Givat Netanel, près de Kiryat Arba

Le nouvel avant-poste illégal de "Givat Netanel", au nord de Kiryat Arba, dressé par des activistes dans le cadre d'une campagne massive de l'organisation pro-implantation Nachala, le 21 juillet 2021. (Autorisation : Mouvement Nachala)
Le nouvel avant-poste illégal de "Givat Netanel", au nord de Kiryat Arba, dressé par des activistes dans le cadre d'une campagne massive de l'organisation pro-implantation Nachala, le 21 juillet 2021. (Autorisation : Mouvement Nachala)

La police et les soldats israéliens ont démantelé la majorité des campements illégaux qui avaient été établis par des nationalistes juifs sur six sites de toute la Cisjordanie, mais des centaines d’activistes étaient encore présents, jeudi matin, dans un camp situé sur une colline jouxtant l’implantation de Kiryat Arba.

Ce nouveau campement avait été installé dans le cadre d’une opération plus large lancée par le groupe pro-implantation radical Nachala, une opération qui visait à établir de nouveaux avant-postes dans toute la Cisjordanie.

Selon l’organisation à l’origine de l’initiative, ce sont près d’un millier de personnes qui se trouvent actuellement sur une colline située au nord-est de Kiryat Arba, dans le sud de la Cisjordanie. Il s’agirait de 700 jeunes et de 55 familles.

Nachala a diffusé des images et des vidéos tournées jeudi matin dans ce nouvel avant-poste – qui a été baptisé Givat Netanel – montrant de nombreux activistes sur le site, aux côtés de plusieurs tentes et de dizaines de sacs de couchage.

Des images montrent les militants nettoyant les terres de la colline, construisant des murs en pierre sèche et délimitant des voies d’accès.

Des activistes installent une cuisine dans le nouvel avant-poste illégal de Givat Netanel. (Capture d’écran : Nachala Settlement Movement)

De grands chapiteaux ont été installés sur le site pour accueillir des activités communautaires variées, notamment une yeshiva pour les études religieuses.

Une cuisine artisanale est aussi en cours de construction.

Les familles n’ont pas été oubliées, avec un château gonflable pour que les enfants s’y amusent et de la musique, ainsi que des machines à pop-corn et à barbe à papa.

Les députés Orit Strock et Simcha Rothman, du parti Sionisme religieux d’extrême-droite, sont arrivés au nouvel avant-poste jeudi matin pour soutenir l’initiative.

Des partisans de l’organisation pro-implantation Nachala dressent des tentes près de Kiryat Arba avec l’intention d’établir un nouvel avant-poste illégal en Cisjordanie, le 20 juillet 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’organisation La Paix Maintenant a condamné l’établissement de ce nouvel avant-poste et elle a accusé les services de sécurité et le gouvernement de ne pas agir suffisamment pour entraver les initiatives prises par ces activistes ultra-nationalistes.

« Plutôt que d’évacuer tous ces criminels du territoire et d’arrêter les organisateurs, les partisans du mouvement pro-implantation sont autorisés à se saisir de terres dont ils ont déclaré qu’elles deviendraient ‘le nouvel Evyatar’, » a déploré l’organisation pacifiste de gauche.

Evyatar est un avant-poste illégal qui avait été créé par Nachala au mois de mai 2021 et qui est actuellement inoccupé.

Le groupe a appelé le Premier ministre Yair Lapid à ordonner l’évacuation immédiate des activistes.

Des milliers d’activistes de droite avaient afflué, mercredi, en Cisjordanie avec pour objectif d’établir sept nouveaux avant-postes illégaux sur le territoire – trois dans le district de Samarie, dans le nord ; deux dans le district de Binyamin, et deux dans la région de Judée, au sud.

La police et l’armée israélienne étaient rapidement intervenues pour démanteler les campements et cinq personnes avaient été arrêtées.

L’armée israélienne et la police n’avaient, de leur côté, transmis aucune information nouvelle sur le statut de ces camps illégaux dans la matinée de jeudi.

La police et l’armée avaient émis mercredi un communiqué conjoint disant qu’elles « œuvraient à prévenir l’établissement d’avant-postes illégaux » sur « plusieurs sites », ajoutant que le chef du commandement central avait approuvé des ordonnances de fermeture concernant les sites en question.

De son côté, la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked a écrit sur Twitter que les jeunes filmés en train d’affronter les policiers étaient « une réelle inspiration ». Elle a demandé dans sa publication à ces « jeunes merveilleux » de se montrer « forts et courageux ». Elle a toutefois été la seule membre de la coalition sortante à soutenir ouvertement l’opération que son collègue au cabinet Benny Gantz a qualifiée, pour sa part, « d’illégale ».

La ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked lors d’une conférence de presse à la Knesset de Jérusalem, le 8 mars 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

De nombreux autres parlementaires du Likud et du parti Sionisme religieux de droite ont aussi fait part de leur soutien à cette campagne.

Et jeudi matin, le président de la World Zionist Organization et président en titre de l’Agence juive, Yaakov Hagoel, a exprimé son admiration et son soutien pour les activités pro-implantation en général, attribuant aux implantations juives pré-État le mérite du renouveau de la vie juive en Israël.

« Les implantations font partie intégrante des valeurs sionistes, de l’identité juive, de l’Alyah, de la langue et de la culture », a dit avec enthousiasme Hagoel qui s’est toutefois abstenu d’approuver ouvertement la campagne de Nachala.

Pour sa part, la députée du parti Sionisme religieux, Orit Strock, avait diffusé une vidéo, mercredi soir, montrant le tout nouvel avant-poste « d’Orot Eliezer », près de Kiryat Arba, avec de nombreuses tentes visibles en arrière-plan et des activistes s’affairant tout autour.

« Il y a des centaines de familles ici, des centaines de personnes avec des enfants, des bébés, des jeunes qui viennent de tout le pays et qui ont installé ici une implantation qui aurait dû faire partie depuis toujours de Kiryat Arba, » avait écrit Strock dans un message accompagnant ces images.

« Le ministre de la Défense Benny Gantz a donné toute latitude à l’Autorité palestinienne pour construire et pour contrôler toutes les terres qui restent encore en Judée-Samarie, ce qui lui permet de les annexer dans les faits et de créer un État palestinien sans conclusion d’un quelconque accord, et simplement en se saisissant illégalement de ces terres. Nous sommes venus pour mettre un terme à cela », avait-elle ajouté, utilisant le terme biblique désignant la Cisjordanie.

La députée Orit Strook dans le campement dressé par des activistes du groupe pro-implantation Nachala, avec l’intention d’établir un nouvel avant-poste illégal aux abords de Kiryat Arba, en Cisjordanie, le 20 juillet 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Environ 200 activistes s’étaient rassemblés en début d’après-midi au carrefour de Gush Etzion avant de se disperser pour rejoindre les sites choisis pour l’opération.

Orit Strock, la parlementaire du parti Sionisme religieux, était là.

« Ces gens qui sont venus ici mettent en pratique les principes auxquels je crois : que la terre entière d’Israël nous appartient et qu’il nous est interdit de l’abandonner à l’Autorité palestinienne », avait-elle confié au Times of Israel au carrefour où les activistes étaient réunis.

De son côté, Osnat, 34 ans, était venue avec ses huit enfants, et notamment avec ses jumeaux âgés de deux ans seulement, avec l’intention claire de créer un nouvel avant-poste.

Elle avait reconnu que s’installer sur une colline nue et aride, sans électricité, sans eau potable ou sans infrastructure de base avec une famille de dix personnes, dont de jeunes enfants, serait « une tâche difficile », ajoutant que « c’est pourtant la mission que doit mener aujourd’hui le peuple juif ».

Comme Strock et comme d’autres activistes qui ont pu tenir des propos similaires concernant l’objectif de l’opération, Osnat avait déclaré que les constructions palestiniennes dans la Zone C de Cisjordanie – qui est placée sous le contrôle civil et sécuritaire total de l’État juif – étaient nombreuses et qu’elles se développaient à un rythme incontrôlable.

« Les Arabes s’approprient les terres à une cadence sans précédent ; ils en font la conquête sans armée en avançant sur le terrain », avait-elle estimé.

« C’est quelque chose que nous devons empêcher. Nous croyons dans ce que nous a dit Dieu : que cette terre est à nous. Les prophètes nous ont dit de nous implanter sur cette terre et c’est ce que nous faisons aujourd’hui », avait-elle continué.

Osnat avec sa fille aînée et l’un de ses jumeaux de deux ans au carrefour de Gush Etzion, le 20 juillet 2022. (Crédit : Jeremy Sharon/Times of Israel)

Les groupes activistes pro-implantation et les politiciens de droite ont protesté de plus en plus fort, ces dernières années, contre les constructions illégales dans la Zone C.

Les permis de construire ne sont que rarement délivrés en faveur de projets de logement palestiniens dans la Zone C, selon l’ONU, tandis que des dizaines de milliers d’autorisations sont avancées chaque année à différents stades de planification par le gouvernement israélien en faveur des implantations.

Osnat avait insisté sur le fait que les Palestiniens n’avaient aucun droit sur le territoire, ajoutant qu’ils pouvaient « s’installer en Arabie saoudite, en Égypte » ou dans les autres pays à majorité arabe.

« Il n’y a de la place, ici, que pour un seul peuple : le peuple Juif », avait-elle statué.

Pendant l’opération de mercredi, La Paix Maintenant et d’autres groupes activistes de gauche s’étaient rendus dans plusieurs endroits où les campements des jeunes militants avaient été dressés afin de tenter d’entraver leurs initiatives.

Selon La Paix Maintenant, la police leur avait donné l’ordre de retourner de l’autre côté de la Ligne verte.

« On ne peut pas permettre à ces criminels de lever la tête en portant préjudice aux intérêts de l’État d’Israël », avait fait savoir le groupe pacifiste de gauche dans un communiqué émis mercredi.

« Si le gouvernement, l’armée et la police s’inclinent face aux milices des politiciens et députés d’extrême-droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich et qu’ils permettent cette opération criminelle, alors nous les arrêterons », avait continué le communiqué.

Avant l’opération de l’organisation Nachala, l’armée et la police avaient aussi émis un communiqué conjoint qui établissait clairement que la mise en place d’avant-postes en Cisjordanie était « illégale et interdite » sans les autorisations nécessaires et qui avertissait que les forces de sécurité « empêcheront toute activité illégale pour assumer la mission qui est au cœur de leur travail et qui est de prévenir et de déjouer le terrorisme ».

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