Des chiens et des clowns: Des vidéos de partis haredim contre les Juifs réformés
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Des chiens et des clowns: Des vidéos de partis haredim contre les Juifs réformés

Les partis haredim cherchent à discréditer les Juifs non-Orthodoxes suite à une décision historique de la Cour suprême sur les conversions

Capture d'écran d'une publicité de Yahadout HaTorah qui semblait comparer les juifs réformés convertis à des chiens. (Capture d'écran)
Capture d'écran d'une publicité de Yahadout HaTorah qui semblait comparer les juifs réformés convertis à des chiens. (Capture d'écran)

JTA — Les deux plus grands partis politiques ultra-orthodoxes d’Israël ont tous deux publié des vidéos visant les Juifs réformés.

Dans une vidéo montrant des chiens en kippa, la voix off déclare : « Il est Juif, et il est Juif. Et lui ? Évidemment, sa grand-mère était rabbin. »

Dans une autre vidéo, la photo d’un individu supposé représenté un demandeur d’asile africain en Israël est accompagné de la légende : « Juifs certifiés par la Haute Cour. Danger ! Des milliers d’infiltrés et de travailleurs étrangers deviendront Juifs par la conversion réformée. »

Ces deux vidéos font référence à une récente décision de la Haute cour qui exige qu’Israël accorde la citoyenneté à ceux qui se convertissent en Israël au judaïsme sous des auspices non orthodoxes.

La vidéo avec le chien, produite par le parti Yahadout HaTorah, suggère que les exigences du mouvement réformé sont tellement légères qu’elles autoriseraient même des chiens à se convertir, et dénigre au passage les femmes rabbins. Facebook a retiré la séquence de sa plateforme.

De gauche à droite : Yizhar Hess, chef du mouvement Conservative israélien, le rabbin Gilad Kariv, chef du mouvement Réformé israélien, la dirigeante des Femmes du Mur Anat Hoffman et le procureur général Avichai Mandelblit, sur la plateforme pluraliste du mur Occidental. (Autorisation)

L’autre vidéo, diffusée par le parti séfarade orthodoxe Shas, joue sur le racisme israélien à l’égard des demandeurs d’asile africains.

Le député Shas Moshe Aboutboul a proclamé, lors de l’annonce de la décision de la Haute cour : « Béni soit le Juge de la Vérité », une bénédiction traditionnellement récitée à l’annonce d’un décès.

« Ce qu’ils essayent de faire, essentiellement, c’est de tuer le peuple juif », a déclaré Aboutboul au site Ynet. Il a déclaré que cette décision « profiterait à n’importe quel clown en Amérique qui se définit comme réformé ou comme rabbin réformé ».

Les attaques contre les Juifs réformés, par les politiciens ultra-orthodoxes en Israël, ne sont pas nouvelles. L’une des priorité des politiciens haredim ces dernières années a été de préserver le monopole du rabbinat orthodoxe sur les cérémonies religieuses officielles en Israël et d’empêcher le gouvernement de reconnaître les courants réformés et massorti – qui représentent la majorité des Juifs américains.

Les dirigeants haredim considèrent que le mouvement réformé n’est pas une forme authentique du judaïsme et ne reconnait donc pas ses rabbins. Ils affirment que le fait de tolérer les mariages interreligieux mènera à la destruction du peuple juif. Pendant des années, les politiciens haredim et les militants ont diabolisé les Juifs réformés, qu’ils ne considèrent pas comme des coreligionnaires mais comme un danger à la survie du peuple juif.

Le rabbin Gilad Kariv prend part à la prière lors de la Journée israélienne de l’indépendance à Beit Daniel à Tel Aviv, en 2018. (Autorisation : Mouvement israélien pour le Judaïsme progressiste)

« Les ultra-orthodoxes cherchent un ennemi et ont fait de nous leurs ennemis sans raison valable », a expliqué Anat Hoffman, directrice exécutive de l’Israel Religious Action Center, une organisation réformée. « À chaque brèche dans leur monopole, ils en font tout une affaire. »

Pour ne prendre que quelques exemples, les responsables haredim et leurs alliés ont accusé le judaïsme réformé ou ses fidèles « de promouvoir la destruction du judaïsme », d’être une « fausse religion », de chercher à « déraciner la loi juive », de mener une « guerre contre la religion » et d’être « un groupe de clowns qui poignardent la sainte Torah ».

Le dénigrement du judaïsme réformé est devenu si répandu parmi certains Haredim israéliens qu’une femme orthodoxe a intenté un procès en diffamation en 2018 contre un rabbin qui l’avait taxée de « réformée ».

Récemment, ces attaques se sont multipliées. En plus de s’opposer à la décision de la Cour suprême, les dirigeants haredim sont sur la défensive depuis des mois suite à des violations massives des restrictions liées au coronavirus lors de funérailles haredim et dans les villes haredim. Les conflits liés à ces violations ont parfois conduit à des attaques contre des officiers de police et, dans un cas, à l’incendie d’un bus.

Les politiciens haredim ont également attaqué Gilad Kariv, un rabbin réformé de premier plan qui est en passe d’être élu à la Knesset, le Parlement israélien, en tant que membre du Parti travailliste lors du vote du 23 mars. Kariv serait le premier rabbin réformé à entrer à la Knesset, et les législateurs haredim ont promis de boycotter et même d’exclure ce dernier des quorums de prière.

« Incroyable », a écrit le journaliste haredi Israel Cohen sur Twitter la semaine dernière au-dessus d’une photo de Kariv installant une mezuzah au siège du Parti travailliste. « Dans l’ancien Parti travailliste, ils faisaient venir des rabbins haredim pour installer une mezuzah. Maintenant, ils amènent des Juifs réformés. C’est triste. »

Moshe Gafni, président de Degel haTorah, lors de la cérémonie d’ouverture de la campagne électorale du parti, avant les élections israéliennes, à Jérusalem, le 12 février 2020. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Mercredi, un groupe de défense politique orthodoxe appelé Hotam a organisé une conférence en ligne sur le judaïsme réformé intitulée « La mutation juive ».

« Le mouvement réformé est-il un type de judaïsme ou une nouvelle religion ? », a demandé le groupe sur Facebook, annonçant la conférence. « [Est-ce] une étreinte de frères lointains ou un danger spirituel et national ? »

Cette semaine, les attaques de la part des Haredim ont dépassé le cadre du judaïsme réformé. Mardi, un législateur haredi a utilisé un terme péjoratif pour les non-Juifs afin de désigner les femmes qui se convertissent dans le cadre d’un cours de conversion dans l’armée israélienne. Le cours est organisé selon les normes orthodoxes, bien que les dirigeants ultra-orthodoxes estiment qu’il ne soit pas assez rigoureux.

Certains partisans israéliens de la laïcité ont condamné les attaques des Haredim. Yair Lapid, qui dirige le parti centriste Yesh Atid, a tweeté que la vidéo de Yahadout HaTorah était « dégoûtante ».

« Les antisémites, à travers les générations, ont toujours comparé les Juifs et les chiens », a écrit Lapid. « Maintenant, Yahadout HaTorah les a rejoints. »

Même Bezalel Smotrich, un législateur orthodoxe de droite qui a un jour qualifié le judaïsme réformé de « fausse religion », a défendu les Juifs non-orthodoxes mardi dans le sillage des vidéos. Selon le Jerusalem Post, il a déclaré que, s’il aura toujours des différends avec les Juifs conservateurs et réformés, il « comprend que nous sommes frères ». Nous devons parler, dialoguer et chercher un terrain d’entente ».

Anat Hoffman, responsable du Centre d’action religieuse israélien, porte un châle de prière alors qu’elle prie aux côtés d’autres membres des « Femmes du mur » au mur Occidental, à Jérusalem, le 8 juillet 2013. (Miriam Alster/Flash90)

Smotrich a déclaré qu’il avait changé d’avis après un voyage aux États-Unis, il y a trois ans, au cours duquel il avait été confronté aux communautés réformées et conservatrices.

« Tout à coup, un monde entier de Juifs de la diaspora que je ne connaissais pas m’a été révélé », a-t-il dit. « Je comprends vraiment que beaucoup de choses que nous faisons ici en Israël ont un impact sur ce qui se passe à l’étranger. »

Anat Hoffman a déclaré qu’en dépit des attaques, elle « ne pouvait pas être plus heureuse » de la probable élection de Kariv. Et bien que l’arrêt de la Cour suprême ne touche qu’un petit nombre de personnes, elle a dit qu’il avait une valeur symbolique.

« C’est un élément de l’hégémonie ultra-orthodoxe », a-t-elle déclaré. « Je pense qu’Israël devrait avoir le plus de choix dans le judaïsme. »

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