Des écologistes expliquent les conséquences de l’incendie de Jérusalem
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Des écologistes expliquent les conséquences de l’incendie de Jérusalem

Des centaines de milliers de petits animaux ont pu mourir dans les flammes et des dégâts massifs ont été essuyés par les champignons et les insectes - à la base du vivant

Un caméléon mort dans l'incendie qui a ravagé les collines de Jérusalem, le 17 août 2021. (Crédit : Yaniv Cohen, Autorité israélienne de la nature et des parcs)
Un caméléon mort dans l'incendie qui a ravagé les collines de Jérusalem, le 17 août 2021. (Crédit : Yaniv Cohen, Autorité israélienne de la nature et des parcs)

Difficile d’évaluer l’étendue des dégâts écologiques qui ont été entraînés par le gigantesque incendie qui a touché les collines de Jérusalem depuis dimanche, transformant environ 2 500 hectares de bois en terre brûlée.

La ministre de la Protection environnementale, Tamar Zandberg, a déclaré alors qu’elle s’était rendue sur les lieux dévastés par le feu, mardi, que les dommages étaient « inimaginables » et que « des zones entières d’écosystèmes vivants ont été totalement anéantis ».

« Il n’y a aucun doute sur le fait qu’il va être très dur pour la nature des collines de Jérusalem de se régénérer », a-t-elle estimé.

L’origine du sinistre reste indéterminée pour le moment et il est difficile de dire s’il a résulté de l’acte intentionnel d’un pyromane ou non. Alors qu’il n’y a pas d’orages d’été au sein de l’État juif, les incendies sont toujours causés par une main humaine.

Le commissaire aux incendies Dedy Simhi fait un briefing sur le feu qui ravage les collines de Jérusalem à la ministre de la Protection environnementale Tamar Zandberg (en noir) et à d’autres responsables ministériels, le 17 août 2021. (Autorisation)

Yariv Malichi, chargé de l’écologie au bureau du district central au sein de l’Autorité de la nature et des parcs, explique au Times of Israel qu’il craint que les champignons et insectes qui sont à la base du vivant, dans le secteur touché, n’aient été complètement détruits.

« Les températures ont été tellement intenses que nous nous sommes inquiétés pour les espèces qui vivent sous terre », dit-il. « L’incendie risque d’avoir mis à mort les insectes et il faudra que nous soyons attentifs à la manière dont ils vont se rétablir ».

Malichi note que contrairement à ce qui était arrivé lors du gigantesque incendie de 2010 au mont Carmel, dans le nord d’Israël, les secteurs qui ont été détruits, cette semaine, sont entourés de réserves naturelles qui n’ont pas été touchées.

Ces réserves offrent un sanctuaire à certains mammifères plus grands qui ont pu fuir les flammes, comme le daim – qui a été réintroduit au sein de l’État juif après son extinction dans le pays – et les gazelles.

Un jeune daim blessé par le feu sur le mont Tayassim de Jérusalem, le 17 août 2021. (Crédit : Ariel Kedem, Autorité israélienne de la nature et des parcs)

Concernant les animaux plus petits – lézards, caméléons, hérissons ou reptiles – Malichi estime qu’ils ont été des centaines de milliers à mourir brûlés.

Les serpents ou les rongeurs servent de nourriture pour les oiseaux prédateurs qui ont tendance à revenir toujours au même endroit pour nicher, rappelle-t-il.

Mais les arbres ont été anéantis et les oiseaux devront nicher ailleurs – dans des secteurs où la concurrence est rude et où il n’y a pas beaucoup de place pour les accueillir.

Et qui pollinisera les fleurs alors qu’un nombre aussi important de papillons, de chenilles et de fourmis pourrait bien avoir péri ?

Un lézard mort brûlé dans les collines de Jérusalem, le 17 août 2021. (Crédit : Yaniv Cohen, Autorité israélienne de la nature et des parcs)

« C’est l’équilibre de l’écosystème tout entier qui a été ébranlé et nous ne savons absolument comment les choses vont se dérouler à l’avenir pour cet écosystème », répond-il.

Le feu a ravagé des milliers d’hectares – ce qui implique que lorsque les pluies hivernales feront leur apparition, avant que les plantes de l’année ne germent, il n’y aura plus de racines pour permettre de maintenir en place ce sol de montagne ténu.

Malichi dit craindre que les pluies n’entraînent le sol vers les vallées, annihilant toutes les graines qui attendent de germer.

Il se demande si les orchidées – 15 espèces différentes de cette fleur s’épanouissent au mois de février, un spectacle qui attire de nombreux Israéliens vers le mont Tassayim – fleuriront comme c’était le cas auparavant – avant la disparition des pins.

L’une des premières préoccupations est néanmoins de trouver un moyen de se débarrasser des jeeps et des motos qui arpentent à grande vitesse le territoire dévoré par les flammes.

L’Acacia Saligna. (Crédit : Zeynel Cebeci, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Common)

La nature n’aime pas le vide et les spécialistes de l’écologie attendent de voir quelles espèces repartiront les premières. Peut-être l’acacia Saligna – une plante invasive qui germe facilement dans des sols peu amènes et qui tapisse le bord de l’autoroute qui relie Jérusalem à Tel Aviv en exhibant ses fleurs jaunes à chaque printemps.

Les espèces méditerranéennes – comme le chêne ou le pistachier – savent reprendre leur croissance après un feu.

Le sort réservé aux arbousiers à écorce rouge – connus en hébreu sous le nom de ktalav – dépendra pour sa part des champignons symbiotiques, leur croissance dépendant de ces derniers, ajoute Malichi.

Les experts de l’Autorité israélienne de la Nature et des Parcs (INPA) et du Fonds National Juif (KKL-JNF), qui ont la responsabilité de secteurs différents, en sont convaincus : La meilleure manière d’aider la nature à reprendre ses droits est de la laisser faire. Ils sont malgré tout en désaccord sur la prise en charge des pins dont la résine et les épines sont excessivement inflammables.

Des pins brûlés après un incendie majeur dans les collines de Jérusalem, le 17 août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

A l’exception de certains qui avaient été plantés dans des temps plus anciens, la majorité des pins, en Israël, datent du mandat britannique ou ils ont été plantés ensuite par le KKL lors des premières années d’existence de l’État parce qu’ils étaient la seule espèce susceptible de s’épanouir sur une terre devenue stérile suite à des siècles de déforestation et de pâture incontrôlée.

Les pins ne survivent pas au feu. Mais leurs pommes de pins, qui ont été programmées à travers l’évolution pour attendre la chaleur la plus extrême avant de s’ouvrir, diffusent leurs semences dans le sol après les incendies, un sol rendu fertile par les cendres. Ces semences germent en masse lors des deux hivers qui suivent et, sans intervention, elles vont se développer en arbres hautement combustibles et denses qui empêchent par ailleurs les autres arbres et les animaux de s’implanter.

Suite à l’incendie de 2010 qui a ravagé le parc national et la réserve du mont Carmel dans le nord d’Israël – 44 personnes avaient trouvé la mort au cours de cet incendie – l’État avait commencé à investir des fonds dans la protection contre le feu.

Amit Dolev, chargé de l’écologie pour le district du nord au sein de l’INPA, a alors établi une équipe forestière dont la mission était de s’assurer que des travaux de débroussaillage et d’élagage sont régulièrement réalisés ; que les jeunes plants de pins sont arrachés, chaque année, de manière à ne jamais atteindre la maturité sexuelle ; que les herbivores – vaches, moutons, ou encore gazelles et daims – parviennent à absorber le trop-plein d’herbe inflammable et que des coupe-feux sont créés de manière à contenir la propagation des flammes.

Les pins, comme ceux de la forêt de Kommemiyut, dans le sud d’Israël, sont très inflammables. (Crédit : Shmuel Bar-am)

« Après l’incendie de 1989 au Carmel, nous avons laissé quelques secteurs se régénérer seuls », dit Dolev. « Aujourd’hui, la densité dans ces secteurs est telle qu’il est impossible d’y pénétrer ».

Le docteur Yehoshua Shkedy, chef scientifique de l’INPA, va plus loin, estimant qu’il y a trop d’arbres dans le pays et qu’il faut en supprimer pour prévenir de nouvelles catastrophes.

« On veut plus d’arbres de manière à ce qu’ils puissent absorber le dioxyde de carbone mais la réalité est que quand ils brûlent, ils en émettent encore davantage », s’exclame-t-il. « Notre pays n’est pas adapté à une telle densité en matière d’arbres. Nous vivons avec une bombe à retardement ».

Mais pour Nurit Hivshar, cheffe du département forestier central du KKL-JNF, « il y aura toujours des feux – avec ou sans pins ».

Le docteur Yehoshua Shkedy, chef scientifique de l’Autorité de la nature et des parcs. (Autorisation : INPA)

L’organisation a enlevé des pins dans des secteurs particuliers – par exemple, là où poussent des arbustes ou dans des périmètres agricoles – mais elle explique ne voir aucune raison de les faire disparaître dans les forêts en général, à l’exception des abords des zones résidentielles.

La majorité des pins qui ont été plantés dans les premières années de l’État ont disparu, attaqués par les pucerons. Certains ont ensuite été replantés et d’autres ont poussé par eux-mêmes, précise-t-elle.

Alon Tal, défenseur de l’environnement, devenu député à la Knesset et qui a travaillé au sein du KKL sur les problématiques liées à la forêt, déclare : « Il y a beaucoup de désinformation sur les stratégies de remise en état des forêts incendiées. La grande leçon de ces 20 à 30 dernières années, c’est que la nature et la succession naturelle (le processus de régénérescence des forêts, qui se fait par étapes) restent la meilleure des stratégies. C’est pour cela que la politique du KKL prône de ne pas intervenir pendant deux ans ».

« Le public veut que des arbres soient replantés, mais ce n’est pas ce qu’il faut faire. Habituellement, ce qui repousse naturellement est plus robuste, plus authentique que l’arbre qui va être replanté ».

Sur le front domestique, environ 10 000 poules pondeuses sont mortes dans l’incendie lorsque les poulaillers dans lesquels elles se trouvaient ont été détruits par les flammes près du moshav de Ramat Raziel.

Un poulailler qui a brûlé avec 10 000 poules pondeuses à l’intérieur au moshav de Ramat Raziel sur les collines de Jérusalem, le 17 août 2020. (Crédit : Hatem Awadalla, Mateh Yehuda Regional Council)

Le seul animal domestique qui aurait péri brûlé dans l’incendie serait Alice, une chienne âgée.

Initialement sauvée par la police à Ksalon, Alice se serait échappée et elle serait retournée chez elle – où elle est morte dans les flammes.

Le docteur Gil Hacohen, Directeur des services vétérinaires du conseil régional de Mateh Yehuda, dit au Times of Israel que son service a envoyé un message par texto à tous les propriétaires d’animaux, avec le nom de leur animal de compagnie, leur recommandant de ne pas oublier leur fidèle compagnon en cas d’évacuation.

Le service a aussi évacué des centaines d’animaux d’institutions d’éducation et des dizaines de chiens qui se trouvaient dans une fourrière.

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