Des méga-donateurs s’emparent de la philanthropie juive – étude
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Des méga-donateurs s’emparent de la philanthropie juive – étude

Alors que le montant total donné aux causes juives a baissé au cours de ces dernières décennies, le nombre de donateurs a chuté, selon une étude

Illustration: Un homme écrit un chèque (Crédit :  PeopleImages/Getty Images via JTA)
Illustration: Un homme écrit un chèque (Crédit : PeopleImages/Getty Images via JTA)

NEW YORK (JTA) — D’importants donateurs et fondations sont à l’origine d’une part croissante de dons chez les Juifs américains et ils influencent plus considérablement dorénavant les priorités communautaires que ce n’était le cas dans les générations précédentes, selon une nouvelle étude.

Cette tendance à de nouveaux méga-donateurs est quantifiée dans une étude consacrée à la philanthropie juive américaine, publiée par la Fondation Avi Chai le 8 mars et écrite par l’historien juif Jack Wertheimer. Cette étude établit qu’alors que le montant total d’argent donné à des causes juives a décliné ces dernières décennies, le nombre de donateurs a chuté.

Les fédérations juives, par exemple, n’ont reçu que 30 % à 40 % du nombre de donations qu’elles obtenaient au début des années 1970 tout en ne s’appuyant que sur un petit groupe de donateurs disposant d’importantes ressources financières. L’étude se réfère à la « règle des 80/20 et même des 90/10 : Entre 80 et 90 % des fonds collectés proviennent d’une petite minorité des donateurs ».

Cet appui croissant sur les gros donateurs signifie que les organisations juives n’ont pas autant de comptes à rendre aux Juifs de la base que ce n’était le cas auparavant, a confié Wertheimer à JTA, et que les donateurs moins importants peuvent moins revendiquer d’avoir une part dans ces institutions que par le passé.

« La communauté juive tient moins de la démocratie représentative que ce n’était le cas auparavant », a commenté Wertheimer, professeur d’histoire juive américaine au Séminaire théologique juif.

« Les organisations juives vont être bien plus redevables envers un nombre plus réduit de donateurs. Cette approche menée par l’idée de consensus de la vie communautaire juive est ainsi mise en péril, parce que ces donateurs-là veulent ce qu’ils veulent ».

Jack Wertheimer (Autorisation de Wertheimer via JTA)

Wertheimer a également observé que les grands donateurs veulent plus de contrôle sur la destination de leurs fonds et sur la manière dont ils sont dépensés. Dans le passé, les importants donateurs faisaient des dons à des organisations-cadres communautaires comme une fédération juive ou une agence de service social. Mais de nos jours, a-t-il dit, les donateurs se concentrent moins sur le destinataire de leurs fonds et davantage sur les causes soutenues. Ce qui signifie qu’ils sont moins fidèles à des institutions spécifiques – comme un centre communautaire juif ou une maison de retraite – et se préoccupent plutôt, comme l’établit l’étude, « de la réalisation d’un objectif social ou de la gestion d’un problème systémique ».

« Certains financiers plus importants pensent à avoir un impact plus large », a dit Wertheimer. « Et pour avoir un impact plus large, il ne faut pas soutenir une institution mais plutôt soutenir de nouveaux genres de programmes qui s’attaquent à des défis ou à des innovations systémiques. C’est un compromis entre soutenir ce qui a été essayé et déjà prouvé et soutenir l’innovation ».

Sur la base de ses observations de l’histoire de la philanthropie juive américaine, Wertheimer a expliqué que les donateurs se concentrent dorénavant sur la sensibilisation et l’engagement des Juifs non-affiliés au détriment du financement des services sociaux. L’étude ne comprend pas toutefois de données fondamentales témoignant d’un tel changement. Mais Wertheimer a cité plusieurs initiatives importantes portant sur l’engagement qui ont émergé au cours des 20 dernières années – comme Birthright (Taglit), le voyage gratuit de 10 jours en Israël et le Partenariat pour l’excellence dans l’éducation juive – en soulignant les programmes mis en place sur les campus juifs et les camps d’été.

« Certains des plus importants donateurs sont convaincus que la majorité des Juifs, en particulier parmi les millenials et les familles mixtes, ne deviendront pas des participants actifs au sein des synagogues, des fédérations ou d’autres institutions établies », a dit l’étude. « Pour les atteindre, il est nécessaire d’offrir des opportunités aux Juifs pour qu’ils se réunissent, même si ce n’est pas fréquemment. Autre glissement associé, les programmes de construction de l’identité juive ont supplanté les services sociaux comme causes favorisées ».

Wertheimer a ajouté que malgré le nombre de donateurs qui n’a cessé de chuter, l’étude le rend optimiste sur le fait que les générations successives se sentent encore investies dans le financement des causes juives. Il n’a pas trouvé de preuves concluantes que les enfants nés en l’an 2 000 ne font aucun don aux groupes juifs. Un autre groupe de donateurs qui augmente, a-t-il poursuivi, est celui des ultra-orthodoxes.

« Elle repose sur une base de soutien plus petite », a noté Wertheimer en évoquant la philanthropie juive. « Mais il y a de nouvelles personnes qui font leur apparition, qui s’investissent dans ce domaine, qui veulent en devenir des acteurs et avoir de l’impact ».

Les dons totaux américains aux Etats-Unis et en Israël à des causes juives ont atteint 5,5 à 6 milliards de dollars en 2015, selon une recherche empruntée par Wertheimer au journal Forward. Ce qui représente une baisse de 15 % à 20 % par rapport à il y a vingt ans, selon une analyse des données faite par JTA.

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