Des oligarques financent la campagne municipale d’Elkin à Jérusalem
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Des oligarques financent la campagne municipale d’Elkin à Jérusalem

Le ministre du Likud a collecté 1,68 million de dollars pour sa campagne selon le contrôleur de l'État, en partie grâce aux prêts de riches individus liés à l'ex-URSS

Zeev Elkin, candidat à la mairie de Jérusalem, assiste à un débat entre les candidats aux prochaines élections municipales de Jérusalem, à Jérusalem, le 21 octobre 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Zeev Elkin, candidat à la mairie de Jérusalem, assiste à un débat entre les candidats aux prochaines élections municipales de Jérusalem, à Jérusalem, le 21 octobre 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

De massives garanties de prêts financiers de la part de riches individus qui ont des liens avec l’ex-Union soviétique semblent avoir placé Zeev Elkin, l’un des principaux candidats en lice pour le poste de maire de Jérusalem, loin devant ses concurrents en termes de financement électoral.

Elkin – actuellement ministre de la Protection de l’environnement et des Affaires de Jérusalem – a récolté 6 166 000 shekels (1,5 million d’euros) pour sa campagne électorale, selon les chiffres publiés par le Bureau du contrôleur de l’Etat.

Ofer Berkovitch, le leader de 35 ans de la liste Hitorerut (Éveil), vient loin derrière avec 157 582 shekels (39 400 euros), et le troisième candidat est Moshe Lion, avec seulement 88 100 shekels (22 000 euros).

Toutefois, les chiffres ne reflètent que ce que les candidats déclarent réellement.

M. Lion, homme d’affaires, a dit qu’il mettrait une grande partie de son argent personnel à contribution.

Berkovitch obtient aussi un financement qu’il n’est pas légalement obligé de déclarer.

La loi exige que les candidats aux élections locales mettent en permanence à jour les détails des dons et des garanties de prêts sur le site internet du contrôleur de l’État.

Elle n’oblige toutefois pas à déclarer les prêts personnels.

Les garanties de prêts permettent aux candidats d’emprunter auprès des banques en supposant qu’ils soient en mesure de rembourser leurs dettes après les élections grâce aux fonds reçus de la part de l’État.

Les candidats des collectivités locales peuvent bénéficier d’un soutien financier de l’Etat pour autant qu’ils obtiennent au moins un mandat. Une partie de l’argent est avancée pendant la campagne, les calculs finaux n’étant effectués selon divers critères qu’une fois les élections terminées.

Les comptes déclarés de la campagne de Berkovitch et de Lion sont constitués de petites sommes qui vont jusqu’au maximum légal de 5 000 shekels (1 250 euros) par don, d’après les registres.

Le ministre du Likud Zeev Elkin (à gauche) et Moshe Lion au Parlement israélien le 26 mars 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90).

Le relevé d’Elkin, en revanche, compte 16 garanties de prêts, c’est le plus élevé avec 1 million de shekels par garantie (il n’y a aucune limite légale au montant des garanties de prêts), ainsi que des contributions émanant de particuliers.

Parmi ceux qui soutiennent Elkin, plusieurs sont des émigrés russophones en Israël, comme Elkin lui-même.

Parmi les trois garants des prêts de 1 million de shekels (250 000 euros), figure Yuri Zelvensky, qui réside dans la ville côtière de Césarée, où le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara ont également une maison.

Zelvensky a été l’un des fondateurs en 2003 de Sibinterneft, une compagnie pétrolière sibérienne basée à Tomsk – une des plus anciennes villes de Sibérie. Son nom apparaît souvent dans les médias russes à propos de plusieurs entreprises de Tomsk. Il a également été président de l’organisation locale d’autonomie culturelle juive à Tomsk et membre du présidium du congrès juif russe.

Zelvensky a été élu personne de l’année pour ses initiatives en faveur de la restauration d’une ancienne synagogue à Tomsk. En Israël, il est co-fondateur d’Ocsial S.A.R.L., une société spécialisée dans les nanotechnologies. Il a également contribué à la réalisation d’un projet de centre du patrimoine juif soviétique dans la ville de Maalot, en Galilée occidentale.

Alexander Milelis, de Rishon LeZion, dans le centre d’Israël, est un des autres garants d’un prêt de 1 million de shekels.

Le Times of Israel n’a pas réussi à le retrouver dans les médias anglais, israéliens ou russes.

Le plus important prêteur d’Elkin est Moshe Schwetz, qui a garanti deux prêts de 1 million de shekels chacun.

Schwetz, membre actif de la communauté religieuse de Beit Meir près de Jérusalem, a joué un rôle actif dans la création d’un complexe Habad dans la ville russe de Tolyatti (anciennement Stavropol).

Lev Kaganov soutient également Elkin, avec une garantie de prêt de 500 000 shekels (125 000 euros). Il a été présenté par le quotidien économique Globes comme un propriétaire de médias et de sociétés de production de langue russe basé à Jérusalem.

Temor Ben-Yehuda (Khikhinashvili), président du conseil des affaires israélo-russes basé en Russie et président de la nouvelle chambre de commerce israélo-russe basée en Israël, en photo à Jérusalem le 9 octobre 2018. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Temor Ben-Yehuda (Khikhinashvili), qui a également soutenu la carrière politique d’Elkin dans le passé, a pour sa part garanti un prêt de 360 000 shekels (90 000 euros).

Ben-Yehuda, éminent homme d’affaires juif russo-israélien d’origine géorgienne basé à Moscou – dont la plupart des intérêts commerciaux sont en Russie – était à Jérusalem au début du mois pour le lancement officiel de la chambre de commerce israélo-russe, en présence également d’Elkin.

La chambre de commerce est la partie israélienne du conseil d’affaires israélo-russe basé en Russie, qui a été créé il y a plusieurs années.

Ben-Yehuda est à la tête de cette chambre et présidera le conseil.

Mikhael Mirilashvili, homme d’affaires et philanthrope israélo-géorgien. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Deux grands noms qui sont manifestement absents de la liste des supporters d’Elkin sont ceux des magnats des affaires Vladimir Gusinsky et Mikhaïl Mirilashvili. Tous deux ont soutenu la candidature d’Elkin aux primaires du Likud en 2015, à hauteur d’environ 11 000 shekels (2 750 euros), le maximum permis par la loi.

Gusinsky, ancien propriétaire du journal Maariv, de nationalité espagnole et israélienne, était un magnat des médias russes au début des années 1990 sous la présidence de Boris Eltsine, alors président de la Russie.

Dirigeant du congrès juif russe, il est entré en conflit avec le successeur d’Eltsine, Vladimir Poutine, et a par la suite été accusé de diverses infractions, notamment de vol et de détournement de fonds dans des entreprises publiques, qui, selon ses partisans, étaient fausses. Gusinsky s’est enfui en Espagne, puis en Israël, évitant avec succès l’extradition vers la Russie.

En Israël, ses entreprises sont représentées par Aviad Friedman, un associé de longue date d’Elkin, qui fait partie de l’équipe de campagne du candidat.

Friedman, qui préside bénévolement l’Association of Community Centers, n’a pas voulu commenter cet article.

Mirilashvili, qui a été libéré d’une prison russe en 2009 après y avoir passé huit ans pour des accusations prétendument fallacieuses liées à l’enlèvement de son père, est l’un des citoyens les plus riches d’Israël, selon Haaretz, avec une fortune nette estimée à 3 milliards de dollars.

Ses vastes avoirs en Russie comprendraient des centres commerciaux, des casinos et d’autres établissements de jeux d’argent. En Israël, il a investi dans des entreprises de haute-technologie et de technologie agricole, a rapporté Haaretz.

Elkin et son équipe de campagne n’ont pas répondu à la demande de commentaires du Times of Israel avant la publication de l’article.

Zeev Elkin dans son bureau le 2 mai 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Elkin, 47 ans, a immigré d’Ukraine en 1990 et a commencé sa carrière politique au sein du parti Kadima créé par Ariel Sharon. Il est passé au Likud, dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, après que Tzipi Livni, plus à gauche, a pris la tête de Kadima.

Avant de devenir ministre de la Protection de l’environnement et des Affaires de Jérusalem, il a été vice-ministre des Affaires étrangères et président de la coalition, ainsi que président de la puissante commission des Affaires étrangères et de la Défense.

Considéré comme proche de Netanyahu, il a également été vice-Premier ministre par intérim lorsque le Premier ministre était à l’étranger.

Pour sa candidature à la mairie, Elkin a – et utilise pleinement – le soutien de Netanyahu, bien que le Likud soutienne une liste du Likud de Jérusalem dirigée par une avocate locale.

Le chef du parti HaBayit Hayehudi Naftali Bennett (à droite) avec Zeev Elkin, le 7 décembre 2016 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Elkin est également soutenu par le chef du parti HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett.

Le poste de maire de Jérusalem est considéré comme une rampe de lancement pour une candidature au poste de Premier ministre.

Ehud Olmert, qui a été Premier ministre de 2006 à 2008, a effectué deux mandats en tant que maire de Jérusalem entre 1993 et 2003.

La décision de l’actuel maire de la capitale, Nir Barkat, de rejoindre le Likud et de ne pas se présenter pour un troisième mandat à Jérusalem est également largement interprétée comme un pas vers la scène politique nationale.

Il y a plusieurs mois, Elkin a quitté l’implantation de Kfar Eldad en Cisjordanie, à 10 kilomètres au sud-est de la capitale, pour s’installer dans le quartier de Pisgat Zeev, situé à Jérusalem.

Plus tôt ce mois-ci, il a déclaré au Times of Israel qu’il s’était rendu compte qu’il pouvait donner plus au pays en tant que maire de Jérusalem, notamment en attirant plus d’entreprises dans la ville et en augmentant considérablement Ie nombre de logements pour les juifs à Jérusalem Est à majorité palestinienne.

Ofer Berkovitch, candidat à la mairie de Jérusalem et chef du mouvement Hitorerut (Eveil), lors de l’ouverture de la campagne électorale de Hitorerut à Jérusalem, le 2 septembre 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Elkin est actuellement situé dans les sondages derrière Berkovitch, du parti laïc Hitorerut, mais on s’attend à ce qu’il finisse au second tour. Aucun candidat ne devrait atteindre le seuil de 40 % nécessaire pour l’emporter au premier tour.

Lion a obtenu l’appui de rabbins ultra-orthodoxes de premier plan, bien que le soutien d’une grande partie de la communauté haredie de la ville lors de la course à la mairie de 2013 ne lui ait pas permis de battre Barkat.

Outre le financement de l’Etat et les dons, les candidats liés à un parti national peuvent également bénéficier des dons de ce parti, qui sont publiés en ligne.

Ne soutenant pas Elkin, le Likud affectera ses dons pour Jérusalem à Elisha Peleg, l’avocate qui dirige la liste locale du Likud pour les élections municipales.

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