Des responsables palestiniens condamnent une rave dans une mosquée
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Des responsables palestiniens condamnent une rave dans une mosquée

L'Autorité palestinienne a formé une commission pour retrouver l'organisateur de la soirée à la mosquée Nabi Musa, une DJ a été arrêtée ; le Hamas parle d'une fête "méprisable"

Des Palestiniens et des Arabes israéliens lors d'une rave à la mosquée Nabi Musa en Cisjordanie, le 26 décembre 2020. (Capture d'écran/Twitter)
Des Palestiniens et des Arabes israéliens lors d'une rave à la mosquée Nabi Musa en Cisjordanie, le 26 décembre 2020. (Capture d'écran/Twitter)

Une rave organisée samedi soir par des Palestiniens dans un lieu de culte musulman en Cisjordanie a été condamnée par l’ensemble du spectre politique palestinien.

Des vidéos de la mosquée Nabi Musa, située entre Jérusalem et Jéricho, ont montré des images de la soirée, avec de jeunes Palestiniens et Arabes israéliens dansant sur de la musique électronique et buvant de l’alcool.

C’est la célèbre DJ palestinienne Sama Abd al-Hadi qui était aux platines. Abd al-Hadi, originaire de Ramallah, est considérée comme une artiste pionnière sur la scène musicale techno palestinienne, ainsi que comme l’une des toutes premières femmes à se distinguer dans un milieu essentiellement masculin.

Abd al-Hadi a été arrêtée dimanche soir par la police de l’Autorité palestinienne, a noté la chaîne publique Kan, citant des sources palestiniennes.

Sur les images apparaissent de l’alcool, et des hommes et des femmes dansant ensemble dans la mosquée. La plus grande partie des courants de l’islam interdisent la consommation d’alcool et les danses mixtes sont également controversées au sein de la société palestinienne, réputée pour être plutôt conservatrice.

Un certain nombre d’autres Palestiniens, apparemment furieux face à ce qu’ils ont considéré comme une profanation du lieu de culte, se sont rendus à la mosquée et se sont heurtés aux fêtards. Ces derniers ont déclaré aux nouveaux arrivants qu’ils avaient eu l’autorisation d’organiser l’événement auprès du ministère du Tourisme de l’Autorité palestinienne de Ramallah.

« Du whisky! de l’alcool! des femmes ! Au Ministère de l’Intérieur, ce n’est pas là la morale religieuse… En fait, il n’y a rien de moral là-dedans », s’exclame avec colère un manifestant en filmant l’intérieur de la mosquée à l’aide de son téléphone portable.

La mosquée Nabi Musa – elle porte le nom de Moïse qui est considéré par de nombreux Juifs, ainsi que par de nombreux chrétiens et musulmans comme un prophète – est un important rendez-vous de pèlerinage en Cisjordanie. Chaque année, au printemps, les musulmans palestiniens se rendent à pied à la mosquée, qui est située entre Jérusalem et Jéricho.

La plus grande partie des fêtards, samedi soir, était constituée d’Arabes israéliens ou de résidents palestiniens de Jérusalem-Est, et l’affaire est actuellement examinée par la police israélienne. Il a été impossible d’entrer en contact avec un porte-parole de la division de la police de Cisjordanie pour obtenir une réaction.

Le Premier ministre de l’AP, Mohammad Shtayyeh, a mis en place une commission d’enquête qui se penchera sur l’incident, a fait savoir, pour sa part, le porte-parole du gouvernement de l’AP Ibrahim Milhem.

« Je ressens du dégoût et de la rage face à ce qu’il s’est passé à la mosquée Nabi Musa… Je ne sais toujours pas qui est responsable de ce péché, mais la sanction sera à la hauteur de l’atrocité commise. Une mosquée est une maison de Dieu, son caractère sacré est le caractère sacré de la religion elle-même », a commenté Mahmoud al-Habbash, le conseiller aux Affaires religieuses du président de l’AP Mahmoud Abbas.

Nabi Musa se trouve largement dans la Zone C – ce qui signifie que le secteur est placé sous le contrôle civil et sécuritaire israélien. Les forces de sécurité israéliennes sont arrivées sur les lieux de la rave pendant la nuit, alors qu’éclataient les heurts entre les fêtards et les habitants outrés.

« Il y avait des soldats israéliens là-bas, mais l’incident a été pris en charge conjointement par la police israélienne et par les institutions palestiniennes », a indiqué un porte-parole de l’armée israélienne sans entrer dans les détails.

Suite à l’incident, les ministères de l’Autorité palestinienne se sont mutuellement attribués la responsabilité des faits pour tenter d’éviter la colère populaire face à ce qui a été considéré comme une profanation du lieu saint. Le ministère du Tourisme a mis en cause le ministère des Affaires religieuses qui a démenti avoir été au courant d’un plan visant à organiser une rave sur le site.

« J’ai été surpris d’entendre que des gens étaient entrés dans la mosquée… Aucune permission n’a été demandée au ministère des Affaires religieuses, il n’y a pas eu de consultations et il n’y a sûrement pas eu d’autorisation donnée pour organiser une fête dans la mosquée », a commenté le ministre des Affaires religieuses, Hassan Abu al-Rabb, au micro de la station de radio Ajyal, dimanche.

La mosquée Nabi Musa dans le désert de Judée, au sud de Jérusalem, le 29 janvier 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Dimanche après-midi, des dizaines de Palestiniens sont allés prier sur le site. Des vidéos partagées sur les réseaux sociaux ont montré les fidèles en train de nettoyer les lieux, plaçant tout ce que les fêtards avaient abandonné derrière eux à l’extérieur du sanctuaire avant d’y mettre le feu.

Des responsables du Hamas, groupe terroriste soutenu par l’Iran à la tête de la bande de Gaza, a rapidement profité de la colère suscitée par la rave pour critiquer ses adversaires de l’AP, accusant l’Autorité palestinienne d’avoir donné l’autorisation à une telle fête. La police de l’AP n’a toutefois que rarement la permission de la part d’Israël de faire appliquer les lois dans la Zone C.

« Nous condamnons le fait que tout cela ait pu se produire avec l’approbation formelle du gouvernement de Mohammad Shtayyeh et avec sa protection », a commenté un porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, qui a évoqué « une violation méprisable de la maison de Dieu ».

« C’est un crime commis par des voyous, à un moment où les mosquées sont fermées et où les fidèles sont poursuivis et arrêtés pour commettre le seul crime de prier et pour contrevenir à la loi et aux ordres du gouvernement… Comment une telle violation du caractère sacré de la mosquée et de la loi a-t-elle pu être autorisée ? », a interrogé le député du Hamas en Cisjordanie Nayef Rajoub.

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