Deux caravanes installées à Amona
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Deux caravanes installées à Amona

Des activistes de droite affirment avoir acheté quatre hectares de terre à des Palestiniens. Selon le ministère de la Défense, cette démarche n'a pas été coordonnée correctement

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Des habitants ont profité de l’obscurité jeudi soir pour installer deux mobil-homes sur la colline où se tenait l’avant-poste illégal d’Amona, dans le centre de la Cisjordanie, clamant avoir acheté les terrains à des Palestiniens.

Un responsable de l’Administration civile, instance du ministère de la Défense qui autorise les constructions en Cisjordanie, a déclaré au Times of Israel que l’initiative n’avait pas été coordonnée avec elle.

Amona avait été établi en 1995 et démoli en février 2017 après que la Haute-cour de justice a statué que l’avant-poste avait été construit sur des terres privées palestiniennes. Au mois de mars dernier, les habitants, évacués, se sont installés à Amichai, nouvelle implantation autorisée par le gouvernement et construite en Cisjordanie depuis plus de 25 ans. La communauté est située à l’est de l’implantation de Siloh, dans le centre de la Cisjordanie.

Depuis la démolition, l’armée israélienne a déclaré la colline de zone militaire fermée, ce qui signifie que la présence d’habitants d’implantation sur le site serait illégale.

L’armée avait cité cette ordonnance de manière à empêcher les propriétaires palestiniens d’accéder aux terrains, au cours de l’année passée. Une porte-parole de la police n’a pas répondu aux demandes de commentaires du Times of Israel sur la raison de la non-application de l’ordonnance militaire.

Les forces de police arrêtent des manifestants dans l’avant-poste illégal d’Amona, le 1er février 2017, lors de l’évacuation du campement. (Hadas Parush/Flash90)

Amichai Boaron, ancien habitant et leader de la communauté d’Amona, a expliqué que les résidents – avec l’aide « d’investisseurs et de donateurs » – ont acheté 4 hectares de terrain aux propriétaires d’origine palestiniens.

Il a néanmoins refusé de montrer les documents prouvant la transaction, de rendre publique l’identité des propriétaires palestiniens ou la date à laquelle aurait été effectuée la transaction.

(De gauche à droite) Le leader d’Amona Avichai Boaron, le président du conseil régional de Binyamin Yisrael Gantz, le député de HaBayit HaYehudi Bezalel Smotrich et le chef du conseil régional de Samarie Yossi Dagan devant une nouvelle caravane qui a été installée sur la colline de l’avant-poste illégal d’Amona, le 14 décembre 2018 (Crédit : Conseil régional de Binyamin)

Cela faisait plus d’une décennie que les habitants d’Amona se battaient devant la Haute-cour pour empêcher la démolition de leur communauté. Pendant tout ce temps, ils ont également clamé avoir acheté légalement les terrains qui accueillaient l’avant-poste mais l’Etat a estimé que cette affirmation était mensongère.

En 2016, un couple d’Israéliens avait été inculpé pour avoir falsifié des documents qui voulaient prouver l’achat par les habitants d’implantation de terres sur lesquelles des habitations avaient été construites à Amona, Migron, Beit El et Givat Assaf. Le dossier est encore en cours et une prochaine audience est prévue mercredi – mais le nom des deux suspects a été placé sous embargo.

L’installation, survenue jeudi soir, des caravanes a été facilitée par le conseil régional de Binyamin, dont dépendait l’avant-poste d’Amona. Son président Yisrael Gantz a noté dans un communiqué qu’après « deux années durant lesquelles les lieux ont été désertés, nous avons eu le privilège de réinstaurer une vie juive là-bas », insistant sur le fait que les terrains ont été légalement acquis.

Vue des caravanes dans l’avant-poste illégal d’Amona en Cisjordanie, le 16 janvier 2017 (Crédit :Lior Mizrahi/Flash90)

« Hier, j’ai promis que nous établirions une nouvelle implantation à Binyamin (dans la centre de la Cisjordanie) en réponse aux graves attentats récents. Et nous l’avons fait aujourd’hui », a dit Gantz.

Egalement sur le site à l’occasion de l’installation des caravanes, le député de HaBayit HaYehudi Bezalel Smotrich, qui a appelé le Premier ministre Benjamin Netanyahu à autoriser le maintien des mobil-homes.

« La dernière fois que je me suis tenu ici, dans le froid, à Amona, c’était lors de la nuit terrible de l’expulsion et de la destruction de la communauté florissante et prospère qui était ici. C’est un grand plaisir de se tenir dans le froid une fois encore cette nuit mais cette fois, avec un coeur chaleureux et heureux », a-t-il écrit sur Twitter.

Cette initiative survient lors d’une semaine marquée par des violences palestiniennes dans toute la Cisjordanie. Les habitants d’implantation ont appelé le gouvernement à autoriser les militaires à prendre des mesures punitives d’ampleur contre les Palestiniens et à élargir les implantations.

Quelques heures après l’installation des caravanes, un Palestinien a poignardé un soldat israélien et l’a frappé à la tête à l’aide d’une pierre, le blessant grièvement, à un poste militaire situé aux abords de l’implantation de Beit El. L’attaquant a alors fui les lieux avant de se rendre.

L’attaque a eu lieu à proximité de l’endroit où a été commise jeudi une fusillade meurtrière, à un arrêt de bus situé à proximité de l’avant-poste de Givat Assaf. Deux soldats ont été tués et deux autres personnes – un militaire et une femme civile – ont été grièvement touchés.

Dimanche dernier, un terroriste palestinien a ouvert le feu depuis une voiture sur un groupe d’Israéliens qui se tenaient à un arrêt de bus, aux abords de l’implantation d’Ofra. Sept personnes ont été blessées et notamment une femme enceinte dont l’enfant est décédé après être né prématurément, par césarienne et en urgence.

Des groupes de jeunes habitants d’implantation ont répondu aux violences en lançant des pierres sur des véhicules palestiniens à travers toute la Cisjordanie. Ils auraient tiré à balles réelles sur des habitations des villages d’Ein Yabroud et de Beitin, et agressé un chauffeur de bus palestinien au sein de l’implantation de Modiin Illit. Plus d’une douzaine de Palestiniens ont été blessés dans des attaques variées, selon le ministère de la Santé palestinien à Ramallah.

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