Deux Israéliens accusés aux États-Unis de fraude aux options binaires pour 20 M$
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Deux Israéliens accusés aux États-Unis de fraude aux options binaires pour 20 M$

Tal Valariola et Itay Barak sont accusés d'avoir escroqué des milliers de victimes

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Tal Valariola au bureau de Digital Platinum Ltd. sur une photo Facebook datée du 28 novembre 2018. (Capture d'écran Facebook)
Tal Valariola au bureau de Digital Platinum Ltd. sur une photo Facebook datée du 28 novembre 2018. (Capture d'écran Facebook)

La Commodity Futures Trading Commission (CFTC) du gouvernement américain a accusé deux citoyens israéliens et une société israélienne de fraude boursière après avoir monté un système d’options binaires et de crypto-devises qui aurait rapporté 20 millions de dollars.

Le 7 mai, la CFTC a annoncé qu’elle avait intenté un procès civil contre Tal Valariola et Itay Barak, leur société Digital Platinum Ltd. à Herzliya, leur partenaire commercial Eric Fingerhut, basé en Floride, et d’autres sociétés qui leur sont associées, au sujet de « deux vastes combines de sollicitation frauduleuse » impliquant des options binaires et des crypto-devises.

Selon la plainte de la CFTC, les défendeurs étaient des spécialistes du marketing affilié pour divers sites Web de négociation d’options binaires et de crypto-devises.

« Tout au long de la période allant d’octobre 2013 au moins à août 2018 au moins, deux vastes opérations de sollicitation frauduleuse ont eu lieu, l’une impliquant des options binaires et l’autre des actifs numériques, dont le Bitcoin et l’Ethereum. La fraude sur les options binaires s’est produite entre au moins octobre 2013 et novembre 2016 ; la fraude sur les actifs numériques s’est produite entre au moins octobre 2016 et août 2018 », selon la plainte.

Itay Barak, l’un des propriétaires de la société israélienne de marketing affilié Digital Platinum Ltd. qui a été accusée de fraude par la CFTC. (LinkedIn)

La plainte de la CFTC allègue que les défendeurs ont créé du matériel marketing frauduleux qu’ils ont envoyé aux internautes par courrier électronique ou mis à disposition en ligne.

Le matériel comprenait des vidéos de comédiens qui se présentaient comme de vraies personnes devenues riches en négociant des options binaires ou des crypto-devises. Posant dans des jets privés et des manoirs luxueux, ces acteurs promettaient de partager leurs secrets pour devenir riches avec un groupe de spectateurs choisis qui se sont rapidement inscrits pour cette opportunité.

Selon la plainte, ces vidéos ont conduit plus de 59 000 clients à ouvrir des comptes d’options binaires et d’autres comptes de commerce en ligne. Les défendeurs ont reçu entre 350 et 450 dollars pour chaque « premier dépôt » (« FTD » ; first-time deposit) sur un site de commerce en ligne et auraient gagné un total de 20 millions de dollars en commissions.

Valariola et Barak auraient été des « commerciaux affiliés » dans ces industries frauduleuses aux options binaires et aux crypto-devises. Ce type de commerciaux reçoivent une commission lorsqu’ils vendent le produit d’une partie tierce sur Internet. Tandis que le commerce affilié peut être utilisé pour vendre des produits tout à fait légaux – livres, applications non-frauduleuses – les commissions les plus élevées sont versées dans le secteur de cette industrie vendant des produits douteux, comme les faux médicaments, les jeux en ligne, les sites de Forex et d’options binaires qui arnaquent leurs clients. Les négociants en ligne n’hésitent pas alors à escroquer leurs victimes de sommes importantes pour toucher des commissions élevées.

Selon la plainte, Valariola et Barak auraient agi comme intermédiaires entre Fingerhut, basée en Californie, qui aurait créé de nombreuses vidéos frauduleuses, et les propriétaires des sites sur lesquels les victimes de la fraude ont finalement perdu leur argent. La plainte ne nomme pas les sites vers lesquels Valariola, Barak et Fingerhut redirigeaient, mais il est probable que ces sites opéraient depuis Israël.

Des employés de Digital Platinum chevauchent un taureau mécanique à Herzliya dans une publication Facebook, publiée le 26 novembre 2018. (Capture d’écran Facebook)

« Valariola et Barak ont agi comme intermédiaires entre [Fingerhut] et les négociants recommandés, étaient responsables des opérations d’arrière-plan des campagnes de marketing d’affiliation, collectaient et distribuaient les paiements de commissions, fournissaient des vidéos de vente à [Fingerhut] pour ses campagnes, et fournissaient les Trading Systems, entre autres choses », affirme la plainte.

La poursuite de la CFTC a été déposée dans le district sud de la Floride au civil, par opposition à une action pénale. Si le juge se prononce finalement en faveur de la commission, les prévenus seront tenus de payer des amendes et des dédommagements, mais ne seront pas condamnés à une peine d’emprisonnement.

Le Times of Israël a contacté Valariola, Itay Barak et Avi Barak pour obtenir une réponse aux allégations mais n’a obtenu aucune réponse avant la publication de ces lignes.

Le 9 mai, un avocat de Valariola et d’Itay Barak aurait déclaré au journal israélien Calcalist qu’il s’agit d’une « action civile qui a été déposée aux États-Unis et que le lien entre cette action et Tal Valariola et Itay Barak n’est pas significatif. Il n’y a aucune restriction à l’activité commerciale de Valariola et Barak et elle continue comme d’habitude ».

Les crypto-devises remplacent les options binaires

L’industrie des options binaires a prospéré en Israël pendant une décennie avant d’être interdite par la Knesset en octobre 2017, en grande partie grâce à un travail d’investigation du Times of Israël qui a commencé avec un article de mars 2016 intitulé « Les loups de Tel Aviv« . À son apogée, des centaines d’entreprises en Israël employaient des milliers d’Israéliens qui auraient volé des milliards de dollars à des victimes du monde entier. Les sociétés frauduleuses faisaient croire aux victimes qu’elles investissaient et gagnaient de l’argent, les encourageant à déposer de plus en plus de capitaux sur leurs comptes, jusqu’à ce que la société finisse par couper le contact avec l’investisseur et disparaisse avec tout ou presque tout leur argent.

Itay Barak (g) et Tal Valariola (d) devant les bureaux de Digital Platinum à Herzliya. Photo publiée sur Facebook en novembre 2018. (Capture d’écran Facebook)

Une fois l’industrie interdite en Israël, beaucoup de ses agents ont délocalisé leurs centres d’appel à l’étranger, tandis que d’autres se sont contentés de changer le nom et les attributs superficiels du produit financier qu’ils offraient en apparence et ont continué à escroquer les investisseurs comme auparavant.

La plainte de la CFTC décrit comment, à partir d’octobre 2016 et jusqu’en août 2018, les prévenus ont commercialisé des avoirs numériques comme le Bitcoin et l’Ethereum au lieu d’options binaires, mais indique que leurs activités frauduleuses présumées étaient très similaires.

Les « prévenus … se sont livrés à un stratagème de sollicitation frauduleux similaire à celui qui avait été mené [précédemment] mais qui se concentrait sur des avoirs numériques plutôt que sur des options binaires », selon la plainte.

À la recherche du changement

Parmi les dizaines de vidéos prétendument diffusées par Valariola et Barak, il y en avait une appelée « Fastcash.biz » et une autre appelée « Push Money App ».

Ces vidéos ont donné le sentiment à de nombreuses personnes d’être coincées dans leur vie et de ne pas pouvoir atteindre le statut social ou le confort financier auquel elles aspiraient.

Dans la vidéo « Fastcash.biz », une femme et un homme amicaux qui se font appeler Madison Clark et David Graham se promènent en Bentley, prennent un jet privé et reçoivent des invités dans un manoir, tout en promettant de partager leurs secrets pour devenir riches avec un groupe de « bêta-testeurs » de leur système.

« Je suppose que, étant donné que vous êtes arrivé jusqu’ici, vous êtes probablement à la recherche d’un petit changement dans votre vie », dit l’homme.

Le couple présente l’une de leurs clientes satisfaites, Mary.

« Je vis dans une petite ville juste à l’extérieur de Wichita, au Kansas », dit-elle. « Et j’ai 50 ans… Je viens de divorcer après 28 ans de mariage. Je l’ai mal vécu. J’ai vraiment touché le fond. Mon ex-mari avait toujours été le pilier de la famille. »

Selon « Mary », le site Fastcash.biz a dépassé toutes ses attentes.

« Je savais que si je pouvais juste générer un peu de revenus, cela me permettrait au moins d’avoir un peu de confort et de satisfaction. Mais je ne savais pas que ma vie deviendrait ce qu’elle est aujourd’hui. Il se trouve que je me suis trouvée juste au bon endroit au bon moment. C’est devenu le cas par la grâce de Dieu. »

Dans « Push Money App », un bel acteur bien habillé décrit la honte que certains téléspectateurs peuvent éprouver lorsque leur carte de crédit est refusée.

« C’est embarrassant, n’est-ce pas ? Et quand cela arrive lorsque l’on a un rendez-vous galant, lorsque le serveur pose la carte sur la table avec le mot « refusée », il gifle au passage votre estime… Si quelque chose de ce genre vous est déjà arrivé, l’univers tente de vous dire quelque chose. Il vous dit que ce que vous gagnez est honteux, pour vous et pour ceux qui vous entourent. »

Le remède à cette humiliation, dit l’homme, est d’acheter des options binaires.

« Mon terrain de jeu, c’est le marché des options binaires. Parce que c’est sans aucun doute l’endroit le plus efficace pour devenir riche. Les commerçants les plus intelligents du monde y sont, parce qu’ils savent que c’est là que tout se passe. »

Les fils de l’élite israélienne

La plainte de la CFTC met en évidence la manière dont des activités commerciales prétendument frauduleuses ont infiltré la société israélienne dans son ensemble, et même l’élite.

Itay Barak est le fils d’Avi Avraham Barak, ancien directeur [hébreu] des géants israéliens des télécommunications Bezeq et Pelephone ainsi qu’ancien président et PDG de la société de développement de recherche Yissum, qui commercialise les découvertes scientifiques faites à l’université hébraïque de Jérusalem. Avi Barak possède lui-même 5 % de Digital Platinum Ltd, qui a été accusé de fraude dans la plainte de la CFTC, mais il n’a pas été cité comme défendeur.

Avi Barak. (Facebook)

Tal Valariola est le fils d’Aaron Valariola, un commandant de la police israélienne à la retraite qui a mené des enquêtes sur le crime organisé et la criminalité financière.

Un reportage de 2013 relatait qu’Aaron Valariola avait recruté un témoin d’État contre le redoutable patron du crime israélien Riko Shirazi, qui a été condamné à huit ans de prison en 2015.

En 2008, il aurait orchestré l’arrestation d’un gang de trafiquants de drogue israélo-pakistano-serbe en collaboration avec la police d’autres pays.

« Nous avons contacté la DEA aux États-Unis. Ils ont une branche à Chypre », avait-il déclaré au journal Makor Rishon. « Elle est considérée comme l’une des plus grandes unités de lutte contre la drogue dans le monde. En même temps, nous avons informé la police allemande, après avoir appris que certains des investisseurs dans le trafic de drogue étaient des criminels allemands. Nous avons synchronisé nos activités avec trois unités de police du monde entier qui ont toutes suivi notre bateau [de trafic de drogue]. »

Deux des autres enfants d’Aaron Valariola ont également travaillé chez Digital Platinum Ltd, qui a été fondée en 2013, après sa retraite des forces de police.

Aaron Valariola en 2010. (Facebook)

Un litige datant de 2014 entre Itay Barak et Tal Valariola et l’un de leurs clients, le courtier en options binaires EZTD, met en lumière la manière dont les jeunes hommes se sont impliqués dans le marketing d’affiliation.

« Les plaignants sont des professionnels ayant des compétences variées dans l’industrie de l’Internet en général et dans les domaines du jeu, des rencontres et du commerce électronique en particulier », peut-on lire dans l’un des dossiers.

L’industrie du jeu en ligne a commencé à se répandre en Israël au milieu des années 90, malgré le fait que le jeu soit illégal en Israël. Elle a apporté la richesse à un certain nombre de ses participants, mais a dû faire face à des difficultés dans le traitement des paiements. Une grande partie des participants à l’industrie israélienne des jeux d’argent en ligne sont ensuite passés à l’industrie des options binaires, et dans de nombreux cas, la propriété des sites de jeux d’argent en ligne et de leurs successeurs en options binaires reste un mystère, car cette propriété est bien cachée derrière des sociétés offshore.

Par exemple, selon le profil LinkedIn d’Itay Barak, il a brièvement travaillé en tant que spécialiste du marketing d’affiliation chez Mansion Group, une société de jeux d’argent dont la propriété est inconnue, bien qu’elle ait été fondée en 2003 et qu’elle ait sponsorisé de nombreuses équipes de football britanniques.

La manière dont Israël est devenu une plaque tournante pour les jeux d’argent en ligne, le commerce financier en ligne et le traitement des paiements pour le commerce électronique frauduleux et les raisons pour lesquelles il l’est devenu sont des questions qui restent largement sans réponse.

La plainte de la CFTC met en évidence l’échec des forces de l’ordre israéliennes à poursuivre les opérateurs d’options binaires sur des accusations liées à leur activité d’options binaires (quelques uns ont été accusés d’infractions sans rapport). Cela a conduit à une situation où des milliers de fraudeurs non poursuivis sont restés libres en Israël, en profitant de leurs gains mal acquis et en ne souffrant que peu de stigmatisation sociale ou de peur de la punition, sauf les rares fois où un organisme étranger chargé de l’application des lois a porté des accusations contre une petite partie d’entre eux. Jusqu’à présent, le ministère américain de la Justice a poursuivi une vingtaine d’agents israéliens des options binaires, tandis que la SEC et la CFTC ont porté des accusations civiles contre de nombreux autres.

La CFTC a remercié l’Autorité israélienne des valeurs mobilières, le Federal Bureau of Investigation, la Securities and Exchange Commission et le ministère de la Justice pour leur aide dans l’application de la loi. Les membres du personnel de la CFTC responsables de cette affaire étaient Candice Haan, Allison V. Passman, Joseph Patrick, Susan J. Gradman et Scott R. Williamson.

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