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Diffamation envers une journaliste : Pas de prison pour Alain Soral

La présidente du tribunal de police de Lausanne a estimé que ses propos relevaient de la diffamation mais pas de l'incitation à la haine à l'encontre de la communauté homosexuelle

Alain Soral s'adresse aux journalistes à son arrivée au palais de justice de Paris, le 12 mars 2015. (Crédit : LOIC VENANCE / AFP)
Alain Soral s'adresse aux journalistes à son arrivée au palais de justice de Paris, le 12 mars 2015. (Crédit : LOIC VENANCE / AFP)

L’essayiste d’extrême-droite franco-suisse Alain Soral a échappé à la prison ferme et écopé d’une amende vendredi en Suisse pour propos injurieux à l’égard d’une journaliste qu’il avait qualifié de « grosse lesbienne ».

La présidente du tribunal de police de Lausanne (ouest de la Suisse), Malika Turki, a estimé que les propos de M. Soral relevaient de la diffamation mais pas de l’incitation à la haine à l’encontre de la communauté homosexuelle.

Il a été condamné à payer 1 500 francs suisses (soit environ la même somme en euros) d’amende. Il doit verser 500 francs suisses à la journaliste pour le tort moral et payer ses frais d’avocat, à hauteur de 7 000 francs suisses.

De son vrai nom Alain Bonnet, M. Soral, qui réside à Lausanne depuis octobre 2019, peut faire appel de la décision rendue vendredi. Mais il s’est dit, après le verdict, quelque peu soulagé.

« Le jugement est assez mesuré », a-t-il dit aux journalistes, soulignant que « l’homophobie n’a pas été retenue ».

« Je ne m’attendais pas à une relaxe totale », a-t-il ajouté.

La journaliste Cathy Macherel, du quotidien La Tribune de Genève, avait déposé plainte après la diffusion de la vidéo de M. Soral. À l’issue du procès, la journaliste s’est dite « satisfaite » du jugement car la diffamation à son encontre a été reconnue.

Mais elle a dit regretter que l’incitation à la haine n’ait pas été retenue « car M. Soral cible les communautés ».

Dans un communiqué, la Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD) a « salué cette première procédure suisse et la détermination du ministère public vaudois pour demander une condamnation pour discrimination et incitation à la haine ».

« Malheureusement, le tribunal n’aura pas suivi ces recommandations, seule la diffamation contre la journaliste Cathy Macherel ayant été retenue », a néanmoins regretté l’association, qui a ajouté « réaffirmer sa totale solidarité à la plaignante ».

« Pour la CICAD, qui suit les activités d’Alain Soral, maintes fois condamné en France pour son antisémitisme, la position du tribunal est quelque peu décevante. Le ministère public peut encore faire appel de cette décision. Aucun recours ne sera, en revanche, possible pour les organisations engagées dans la lutte contre la discrimination, telle que définie dans l’art.261bis du code pénal. Le code de procédure pénale ne le permettant pas. »

« Cette affaire démontre une nouvelle fois cette lacune législative dans notre pays, qui empêche les organisations mobilisées contre le racisme, l’antisémitisme et désormais l’orientation sexuelle de se porter partie civile dans ce type de procédure. Plus que jamais, les associations concernées qui luttent contre les discriminations doivent se mobiliser. Autoriser les associations qui se battent contre les discriminations d’être partie lors des procédures pénales permettra d’apporter une meilleure expertise et un soutien complet aux victimes. »

Alain Soral avait été condamné début avril à trois mois de prison ferme par ordonnance pénale par le procureur général du canton de Vaud (ouest de la Suisse) Eric Cottier pour « diffamation, discrimination et incitation à la haine », les procureurs en Suisse ayant le pouvoir de condamner à des peines allant jusqu’à six mois de prison.

L’essayiste, 64 ans, avait fait appel de cette sanction et avait dû passer devant un juge mercredi, lors d’une audience publique.

« Attentatoires à l’honneur »

Sa condamnation en avril faisait suite à la diffusion d’une vidéo où il attaquait la journaliste qui lui avait consacré un article en août 2021.

Dans cette vidéo diffusée sur le site internet de son association Egalité et Réconciliation, M. Soral l’avait traité de « grosse lesbienne militante » et de « queer », un terme qu’il veut synonyme de « désaxé ».

La présidente du tribunal a estimé vendredi qu’il n’est pas évident de voir dans ces propos « un état de mépris envers la communauté homosexuelle » ou une « haine farouche envers les homosexuels », et estimé qu’il s’agissait plutôt « d’une atteinte ciblée envers une personne ».

« La juxtaposition des termes de grosse lesbienne, militante, queer, pris dans leur ensemble font bien apparaitre Catherine Macherel comme une personne méprisable. Les propos sont donc attentatoires à l’honneur », a-t-elle assuré.

Lors de son procès mercredi, M. Soral avait affirmé n’avoir « pas de haine anti-homosexuelle » et avait qualifié sa vidéo de « droit de réponse », tout en reconnaissant que son ton était « trop virulent ».

En avril, le procureur général avait toutefois estimé que « les propos tenus par le prévenu » à l’encontre de Mme Macherel « sont profondément homophobes et incitent à la discrimination en raison de l’orientation sexuelle de la plaignante et, plus généralement, des personnes homosexuelles ».

La pénalisation de l’homophobie est récente en Suisse, entérinée début 2020 par un vote populaire. Cette nouvelle disposition élargit une législation déjà existante en matière de lutte contre les discriminations et appels à la haine raciale ou religieuse, en l’étendant à l’orientation sexuelle.

Alain Soral a déjà été condamné à une vingtaine de reprises en France, en grande partie pour des infractions de provocation à la haine, diffamation et injure publique.

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