Différend entre Gantz et Netanyahu sur l’échéance budgétaire de décembre
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Différend entre Gantz et Netanyahu sur l’échéance budgétaire de décembre

Une lettre écrite par le ministre de la Défense, qui insiste sur l'adoption d'un budget 2021, a entraîné la fureur du Likud, qui accuse Kakhol lavan de "politique politicienne"

Le ministre de la Défense Benny Gantz (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l'assemblée plénière de la Knesset le 24 août 2020. (Bureau du porte-parole de la Knesset)
Le ministre de la Défense Benny Gantz (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à l'assemblée plénière de la Knesset le 24 août 2020. (Bureau du porte-parole de la Knesset)

Le ministre de la Défense Benny Gantz a envoyé une lettre ouverte cinglante au Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans la journée de jeudi, réclamant l’adoption d’un budget d’Etat pour l’année 2021 et accusant le chef du gouvernement de violer l’accord de coalition conclu entre les deux partenaires et de nuire aux citoyens israéliens pour éviter d’avoir à céder le poste de Premier ministre à l’ex-chef d’état-major.

Le courrier a entraîné une réponse furieuse de Netanyahu et de sa formation du Likud, qui ont accusé le parti Kakhol lavan de Gantz de former une opposition au sein même du gouvernement – un échange qui a laissé une nouvelle fois entrevoir la possibilité de nouvelles élections d’ici quelques mois.

Aucun scrutin n’est prévu pour le moment, mais des spéculations laissent entendre qu’un vote anticipé pourrait bien avoir lieu d’ici quelques mois, les désaccords entre Netanyahu et Gantz continuant à s’accumuler dans l’ombre de l’échéance fixée pour l’approbation du budget national. Si cette date-butoir ne devait pas être respectée, les Israéliens devront automatiquement retourner aux urnes.

Gantz a demandé dans sa lettre, dimanche, que le Premier ministre donne immédiatement pour instruction au ministère des Finances qu’il commence à préparer le budget d’Etat 2021 et qu’il permette son approbation d’ici le mois de décembre. Le Likud, pour sa part, a insisté sur le fait que le gouvernement n’adopterait un budget que pour l’année 2020 – même si celle-ci sera presque terminée au mois de décembre.

« Tout agissement visant à déjouer l’approbation du budget signifie que des considérations personnelles seront favorisées sur le bien-être du peuple israélien », a écrit Gantz.

Il a aussi demandé à ce que les régulations du cabinet renforçant l’accord de partage du pouvoir entre le Likud et Kakhol lavan soient ratifiées – une ratification longtemps reportée – et que des progrès soient effectués sur les nominations, actuellement dans l’impasse dans les services publics, concernant notamment la désignation d’un nouveau procureur d’Etat et d’un dirigeant de la police.

« Il y a un écart énorme entre l’accord d’unité que nous avons signé et là où nous en sommes aujourd’hui », a-t-il accusé. « Il y a un écart incroyable entre la bonne foi et les engagements qui avaient été exprimés à ce moment-là et la réalité actuelle, qui est insupportable. La conduite du gouvernement ne permet pas l’exercice d’une gouvernance démocratique appropriée », a-t-il ajouté.

« Et ne pas répondre aux demandes qui sont exprimées n’est pas un coup qui m’est porté, ce n’est pas non plus un coup porté à Kakhol lavan : C’est un coup essuyé par les citoyens d’Israël, qui ne pardonneront pas qu’un responsable ait placé ses propres intérêts politiques et personnels avant leur bien-être », a conclu Gantz.

« Vous avez d’ores et déjà contrevenu à notre accord ; il serait tragique que vous contreveniez également à celui que vous avez conclu avec les citoyens de l’Etat d’Israël », a-t-il asséné.

Le ministre de la Défense Benny Gantz lors d’une conférence de presse, le 24 août 2020. (Oren Ben Hakoon / POOL)

Réagissant au courrier, le Likud a accusé Kakhol lavan de « continuer son jeu de politique politicienne pour détourner les critiques d’un parti qui s’effondre au moment même où le Premier ministre, pour sa part, combat le coronavirus ».

La formation a estimé elle que Kakhol lavan empêchait de procéder à de hautes nominations en « refusant d’établir la commission conjointe des nominations avec le Likud, comme le stipule par ailleurs l’accord de coalition ».

Netanyahu, a continué le parti, « continuera à faire ce qui est bon pour le pays, pas ce qui est bon pour le populisme de Kakhol lavan ».

Il a appelé Kakhol lavan à « cesser de chercher la bagarre et à rejoindre le combat conjoint contre le coronavirus ».

Netanyahu lui-même avait dit dans un entretien accordé à la station de radio ultra-orthodoxe Kol Barama que le Likud et Kakhol lavan avaient « convenu et adopté une loi disant que le budget pour l’année 2020 sera approuvé au mois de décembre et qu’en parallèle, le budget 2021 sera en cours de préparation. C’est la loi qui a été approuvée et, malheureusement, Kakhol lavan revient sur son engagement ».

« Il faut que ces gens cessent d’être une opposition au sein du gouvernement. Leurs luttes sans fin contre le gouvernement nous entraînent vers de nouvelles élections : il faut arrêter ça », avait-il ajouté.

Dans les faits, la loi adoptée par le Likud et Kakhol lavan s’était contentée de reporter l’échéance de l’adoption d’un budget de l’Etat du 25 août au 23 décembre. Un nouveau scrutin sera organisé si le budget n’a pas été approuvé à cette nouvelle date – et de nombreux observateurs ont la conviction que c’est ce qui va arriver.

Si un budget 2020 est approuvé, le budget 2021 devra passer au mois de mars, sous peine de nouvelles élections. Il s’agira de la dernière chance de Netanyahu de ramener les Israéliens dans les bureaux de vote sans avoir à confier à Gantz le poste de Premier ministre, comme le définit l’accord de partage de pouvoir qui a été signé par les deux hommes.

Les partis ont aussi échangé des piques, mercredi soir, après le nouvel « ultimatum » lancé par Kakhol lavan portant sur l’adoption immédiate d’un budget d’Etat.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu parle au ministre de la Défense Benny Gantz, alors que les deux hommes portent un masque de protection en raison du Covid-19 lors du conseil des ministres hebdomadaire à Jérusalem, le dimanche 7 juin 2020. (Menahem Kahana/Pool Photo via AP)

Le Likud a qualifié cet ultimatum de « tentative scandaleuse de la part de Kakhol lavan d’échapper à son effondrement dans les sondages ».

En réponse, Kakhol lavan a indiqué que les réactions du Likud « mettent en doute les capacités du Premier ministre à prendre des décisions sous les pressions induites par les circonstances actuelles ».

« Kakhol lavan continuera à insister sur l’adoption d’un budget 2021 en prenant en compte les meilleurs intérêts du pays, et protégera ces intérêts en utilisant tous les moyens politiques mis à sa disposition », a noté un communiqué du parti.

Ces échanges surviennent quelques jours après qu’un sondage télévisé a indiqué que le Likud était en train de perdre du terrain, principalement au profit de la formation religieuse de droite Yamina, avec à sa tête Naftali Bennett.

Si de nouvelles élections devaient avoir lieu maintenant, le Likud remporterait 26 sièges à la Knesset, forte de 120 membres, et Yamina 23, a a fait savoir une enquête d’opinion réalisée par la Douzième chaîne. Au cours des élections du mois de mars, le Likud avait engrangé 36 sièges et Yamina seulement six.

Yamina n’a cessé de progresser au fur et à mesure que le mouvement de protestation dénonçant la corruption présumée de Netanyahu a pris de l’ampleur, et alors que le pays tente de contenir la pandémie de coronavirus.

Le sondage de la Douzième chaîne a établi qu’un grand nombre de personnes interrogées – 49 %- avaient déclaré que le gouvernement devait être dissous et que des élections anticipées – elles seraient le quatrième vote national depuis le mois d’avril 2019 – devaient être organisées.

30 % ont indiqué penser que le gouvernement devait se maintenir et 21 % se sont prononcées sans opinion.

58 % des électeurs de centre-gauche et 54 % des votants de droite ont estimé que des élections devaient avoir lieu dans les meilleurs délais.

Depuis la formation du gouvernement, ce dernier a été déchiré par des conflits opposant le Likud et Kakhol lavan. La dissolution de la Knesset n’a été évitée que de peu au mois d’août avec l’adoption, à la dernière minute, de la loi repoussant l’échéance d’approbation du budget de l’Etat.

Si le parlement ne parvient pas à s’accorder sur un budget d’ici le mois de décembre, alors le pays devrait retourner dans les urnes sans que Netanyahu n’ait cédé le poste de Premier ministre à Gantz, ce qu’il s’est engagé à faire dans le cadre de l’accord de partage du pouvoir.

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