Discours de Reuven Rivlin aux funérailles de Shimon Peres
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Discours de Reuven Rivlin aux funérailles de Shimon Peres

« Le futur est plus important que le passé » disais-tu. « Ce qui s’est passé hier ne m’intéresse pas, seul demain compte », dirais-tu

Le président Reuven Rivlin commence le premier éloge.

“Je te parle aujourd’hui pour la dernière fois Shimon”, comme d’un président à un autre, comme tu dirais à chaque fois que vous avez appelé à offrir force et de bons conseils.

Alors que je parle, je te cherche des yeux, notre cher frère, notre frère aîné, et tu n’es pas là “, dit-il.

“Aujourd’hui, tu es réuni avec tes pères dans le pays que tu aimais tant, mais tes rêves et tes croyances demeurent.”

« Riez et amusez-vous avec mes rêves, je suis le rêveur qui s’interroge. Amusez-vous parce qu’en l’homme je crois et continue à croire. »

Ainsi écrivit le poète ShaulTchernikhovsky et vous vous êtes amusé, notre cher président, au cours des moments exaltants appelant à l’allégresse, durant les périodes de crise et de difficultés ainsi qu’au cours des petits moments de joie de la vie quotidienne, « parce qu’en l’homme je croirai et continue à croire ».

Comme un seul homme, tu as porté une nation toute entière sur les ailes de l’imagination, sur les ailes d’une vision. « Le « fils courageux » était le pseudonyme que tu t’étais choisi, jeune, à l’image du prophète visionnaire Isaïa.

Et pourtant, tu n’étais pas seulement un visionnaire mais également un homme d’action. Comme toi, je suis né dans le mouvement Sioniste à cette époque décisive entre la vision et la réalisation. J’ai eu la chance de t’avoir à mes côtés en tant que partenaire dans la construction de l’état d’Israël depuis ses toutes premières fondations. Pour nous deux, l’état d’Israël ne devrait jamais être tenu pour acquis. Cependant, et te remerciant grandement, Shimon, pour nos fils et nos filles, pour nos amis oui pour nos adversaires – l’état d’Israël ests un fait indiscutable.

Tu avais cette rare capacité, Shimon, à concevoir ce qui semblait inconcevable et le voyais réalisable. Tes yeux voyaient loin devant alors que tes jambes avaient recouvert de longues distances sur les terres de l’histoire du Judaïsme et du Sionisme.

Tu as toujours marché de l’avant et vers le haut comme l’alpiniste expérimenté qui sécurise son harnais avant de se lancer dans l’ascension des hauts sommets. Ainsi tu vivais ta vie.

Tu commençais par rêver, et seulement lorsque tu pouvais concevoir les aboutissements de l’état d’Israël et les objectifs réalisables, alors tu entamais l’ascension et nous emmenais avec toi vers le nouvel objectif.

Ta conviction dans cette combinaison sacrée entre un leadership éthique et la réalisation de prouesses militaires était ancrée dans le fait qu’Israël devait agir non seulement avec sagesse mais aussi avec justesse, fidèle à ses valeurs en tant qu’état juif et démocratique, démocratiquement et judaïquement.

Mon cher Shimon, tu étais le seul dans l’histoire de l’état d’Israël à avoir occupé les trois fonctions les plus prestigieuses du gouvernement, celle de ministre des Affaires étrangères, celle de ministre de la Défense et celle de ministre des Finances.

Tu es le seul à avoir été à la fois Premier ministre puis président. Ce ne serait pas exagéré de dire que : au-delà de ton sentiment de fierté d’avoir servi comme président de cette grande nation, la bénédiction de t’avoir eu comme président est une fierté pour la nation.

Dans toutes ces fonctions, tu étais notre cerveau, mais au-delà de cela, mon cher ami, tu étais notre cœur, un cœur qui aimait les gens, la terre et l’état. Un cœur qui aimait chaque individu, un cœur qui se souciait de chacun.

Ta foi obstinée dans l’humanité et la bonté des gens – dans la victoire du progrès sur l’ignorance, dans la victoire de l’espoir sur la peur – était ton éternelle fontaine de jouvence. C’était grâce à laquelle tu étais notre éternelle fontaine de jouvence à tous.

L’homme qui pensait que le temps ne s’arrêtait pas. Avec tout cet amour que tu avais pour l’histoire, ce savoir immense en la matière, tu méprisais le fait de te confiner dans le passé ou de te retrancher dans cette notion de justice par soi-même nous privant des nouvelles occasions que les lendemains apportent.

« Le futur est plus important que le passé » disais-tu. « Ce qui s’est passé hier ne m’intéresse pas, seul demain compte », dirais-tu.

L’amour que tu as reçu et qui a transcendé les clivages politiques les dernières années de ta vie-depuis tes partisans et jusqu’à tes adversaires- était l’expression de notre aspiration à tous d’être contaminés par ton optimisme indéfectible. Même lorsque nous n’étions pas d’accord avec toi, nous voulions croire que peut-être tu avais raison.

Crois-moi, ce n’était pas facile de refuser ton optimisme et parfois ton innocence. Qui plus que toi connaissais le lourd tribut de l’innocence et pourtant qui plus que toi croyais le prix de la médiocrité et de la mauvaise fois était plus élevé encore.

Shimon, je vais t’avouer honteusement, à la veille de la nouvelle année juive, Rosh Hashana, devant ta tombe parmi celles des dirigeants de notre nation, que ton pardon doit également être demandé.

Nous demanderons ton pardon. Nous avions le droit de ne pas être d’accord avec toi. Tes adversaires se devaient d’exprimer leur opinion. Cependant, il y a eu des années où la ligne rouge a été franchie au cours de disputes idéologiques et certains mots, certains actes n’avaient pas leur place. Tu as toujours agis en accord avec ce que tu étais persuadé de tout cœur que c’était bien pour le peuple que tu servais.

En tant que président, tu étais pour nous un honnête défenseur. Tu as appris à tant de gens dans le monde à aimer l’état d’Israël et tu nous as enseigné à nous aimer nous-mêmes et pour ainsi dire à voir le bon et le beau dans toute chose.

C’est un jour triste, Shimon, c’est un jour triste. Le voyage de tes rêves ayant vu naissance à Vishneyeva prend fin à Jérusalem, notre capitale, également un rêve devenu réalité. Ta mort est une grande perte personnelle et nationale tout comme elle se révèle être la fin d’une époque, la fin de l’ère des géants ayant vécu l’histoire du mouvement sioniste et de l’état d’Israël.

C’est notre sentiment le plus sincère aujourd’hui. Une sensation de la fin d’une époque de la vie d’une nation, la fin d’un chapitre de nos vies. L’adieu que nous t’adressons est également celui que nous adressons à nous-mêmes.
Lorsque nous voyons les dirigeants du monde-nos amis d’ici et d’ailleurs-venus jusqu’ici pour te rendre un dernier hommage, nous comprenons que non seulement ici mais partout dans le monde, tu seras regretté.

Et tu manques à chacun de nous déjà. Adieu Shimon. L’homme dont « les voies sont aisées et tous les chemins paisibles ». Repose en paix, et agis (au Ciel) en honnête défenseur du peuple d’Israël que tu aimais tant. « Parce que mon âme aspire à la liberté, je ne l’ai pas vendue pour un veau d’or. Parce que je vais également croire en l’homme, en son esprit, en sa force. »

Adieu Monsieur le président.

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