Drapeaux palestiniens sur les mairies : les politiques s’affrontent
À Paris, la tour Eiffel a affiché sur son écran au premier étage les drapeaux palestinien et israélien, encadrant un colombe

La classe politique française s’est de nouveau fracturée dimanche à propos du pavoisement ou non des mairies avec des drapeaux « palestiniens », le dirigeant socialiste Olivier Faure appelant Emmanuel Macron à « autoriser » cette initiative.
« Il s’agirait non seulement d’un acte fort envers tous ceux qui sont attachés à la résolution du conflit israélo-palestinien, mais aussi d’un geste cohérent avec la position de la France que vous proclamerez devant la communauté internationale », a plaidé dans une lettre le patron du PS, à la veille de la reconnaissance attendue d’un État palestinien par Macron à l’ONU, à New York.
Interrogé, l’entourage du président de la République n’a pas souhaité faire de commentaires à ce stade.
Faure vise notamment le ministre de l’Intérieur démissionnaire, Bruno Retailleau (LR), qui a enjoint les préfets de saisir la justice administrative si des mairies font flotter les couleurs palestiniennes, à défaut de pouvoir demander aux forces de l’ordre de retirer le drapeau.
Il fait valoir que « la justice administrative a ordonné […] le retrait de drapeaux palestiniens du fronton de mairies, au motif qu’ils portaient gravement atteinte au principe de neutralité des services publics ». Il exhorte également à « ne pas importer le conflit du Proche-Orient ».
« Ce n’est pas le drapeau qu’il conteste […], c’est la décision prise par le chef de l’État de reconnaître un État palestinien », a estimé dimanche soir sur BFMTV Faure.
Selon Beauvau, un maire a « l’interdiction […] d’afficher un parti pris politique, philosophique ou religieux » sur le fronton de son hôtel de ville.
Pour le patron des députés PS, Boris Vallaud, Retailleau « se trompe d’interprétation juridique ». Il rappelle qu’après le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, le 7 octobre 2023, « des mairies ont hissé à juste titre le drapeau israélien » et « qu’il y a aussi des drapeaux ukrainiens » sur certains édifices.
« Un drapeau sur le fronton d’une mairie n’a jamais tué personne, alors qu’à l’inverse, à Gaza, l’armée israélienne tue tous les jours », a martelé dimanche la patronne des Écologistes, Marine Tondelier, lors d’un rassemblement à Paris, dénonçant des polémiques « indécentes ».
À gauche toujours, le député LFI Éric Coquerel a apporté son soutien à ce pavoisement aux couleurs palestiniennes : « On est pour », a-t-il déclaré sur France 3.
Les drapeaux sur l’écran de la tour Eiffel
À l’inverse, le député d’extrême droite de l’Oise Philippe Ballard (RN) a accusé sur France 3 les municipalités prévoyant d’arborer le drapeau palestinien de « communautarisme de bas étage ».
« C’est illégal », a sobrement commenté son collègue Jean-Philippe Tanguy, député, sur le plateau de l’émission Questions politiques (France Inter/France Télévisions/Le Monde).
Dimanche, sur BFMTV, François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains, a également demandé que les maires qui hissent le drapeau palestinien « soient condamnés ».
Samedi, en région parisienne, Jacqueline Belhomme, la maire communiste de Malakoff (Hauts-de-Seine), a annoncé qu’elle ne comptait ni faire appel ni retirer le drapeau avant mardi, malgré une décision de justice contraire.
Les mairies devraient agir en ordre dispersé, y compris les socialistes.
À Paris, la tour Eiffel a affiché les drapeaux palestinien et israélien, encadrant une colombe, sur son écran au premier étage. « Paris soutient » la reconnaissance de l’État palestinien et « réaffirme son engagement pour la paix », a commenté la maire Anne Hidalgo (PS) sur le réseau social Bluesky.
À Créteil, le socialiste Laurent Cathala estime que « la première de ses responsabilités doit être de préserver la cohésion sociale au sein de la commune » et ne suivra pas l’appel de Faure.
Son homologue socialiste Mathieu Hanotin, maire de Saint-Denis, hissera le drapeau pour la journée, arguant qu’il « ne s’agit pas d’un acte militant de longue durée ». Faure se rendra sur place à 9 h 30.
À Nantes, la maire Johanna Rolland (PS) « installera le drapeau de la Palestine dans la cour de l’hôtel de ville », a-t-elle fait savoir dans un communiqué, et à Brest, la mairie illuminera le bâtiment aux couleurs palestiniennes.
Renaud Muselier, président du parti macroniste Renaissance de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, a prévenu dans Le Figaro qu’il déploierait une vingtaine de drapeaux français en réponse à ce qu’il qualifie de « calculs politiques ».







