Israël en guerre - Jour 150

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Ehud Barak craint l’avènement d’une dictature et envisage la désobéissance civile

L’ex-Premier ministre, ministre de la Défense et chef d’état-major a déclaré que la réforme judiciaire était une menace « immédiate et bien réelle » pour la démocratie israélienne

L’ex-Premier ministre Ehud Barak s'exprime lors d'une conférence organisée par Haaretz, le 23 février 2023. (Capture d’écran sur YouTube; utilisé conformément à l’article 27a de la Loi sur les droits d’auteur)
L’ex-Premier ministre Ehud Barak s'exprime lors d'une conférence organisée par Haaretz, le 23 février 2023. (Capture d’écran sur YouTube; utilisé conformément à l’article 27a de la Loi sur les droits d’auteur)

L’ex-Premier ministre Ehud Barak a déclaré jeudi qu’Israël était sur le point de sombrer dans une dictature, poussé par un gouvernement radical désireux de renverser le système judiciaire. Il a ajouté que la population aurait l’obligation morale de refuser les ordres d’un « régime illégitime ».

S’exprimant lors d’une conférence organisée par le quotidien israélien de gauche Haaretz, Barak, qui fut également ministre de la Défense et chef d’état-major de Tsahal, a déclaré qu’Israël était confronté à « la plus grave » crise intérieure depuis la guerre d’indépendance, en 1948, et risquait bien de devenir une « dictature de facto » si la coalition d’extrême droite emmenée par Benjamin Netanyahu menait à son terme sa réforme judiciaire.

La réforme donnera au gouvernement un contrôle total sur la nomination des juges, dont ceux de la Cour Suprême et donnera toute latitude aux ministres pour nommer – et licencier – leurs propres conseillers juridiques. En outre, la Cour Suprême sera quasi-totalement privée de sa compétence d’examen et d’invalidation des lois.

Ce projet suscite des manifestations de grande ampleur, et désormais hebdomadaires, dans plusieurs grandes villes, et s’attire les réactions alarmistes d’économistes, spécialistes du droit et entrepreneurs du secteur technologique d’Israël et d’ailleurs, sans compter les vives critiques de l’opposition.

A l’issue du vote du projet de loi en première lecture, mardi, le shekel s’est déprécié par rapport au dollar américain, à son niveau le plus bas depuis trois ans, et la valeur des actions à la Bourse de Tel Aviv est à la baisse.

Les mises en garde des principaux responsables économiques du pays sur les graves conséquences économiques qui se profilent ont continué jeudi, balayées d’un revers de main par Netanyahu et d’autres hauts responsables.

Barak, qui est un critique féroce de Netanyahu et de la refonte du système judiciaire, a déclaré que la « menace [était] immédiate et bien réelle » et que d’ici « deux semaines, peut-être trois, nous serions une dictature de facto, comme la Hongrie ou la Pologne ».

Déjà ce mois-ci, Barak avait fait le parallèle entre la proposition du président Herzog de négocier avec le gouvernement sur la question de la réforme judiciaire aux efforts d’apaisement du Premier ministre britannique, Neville Chamberlain, avec Adolf Hitler.

Son message, publié sur les réseaux sociaux, avait très rapidement été supprimé.

« On ne débat pas avec un pistolet sur la tempe », a-t-il déclaré jeudi.

« Le comportement de ce gouvernement prouve qu’il n’y a pas de dialogue possible : il manque de respect au président israélien et se moque de nous tous. »

Il a accusé le gouvernement Netanyahu de vouloir faire un « coup d’État » et déclaré que le projet de réforme était une « attaque en règle contre la Déclaration d’indépendance », contraire aux intérêts de la population comme du pays.

« Cette reforme sert les intérêts d’un homme qui fait face à plusieurs accusations et d’une clique de criminels déjà été inculpés, sous influence d’un groupe de messianiques fous », a déclaré Barak, se référant à Netanyahu et à son procès pour corruption, ainsi qu’aux membres de sa coalition, comme le chef du Shas, Aryeh Deri et les ministres d’extrême droite Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir.

Les critiques estiment que Netanyahu et les députés de sa coalition veulent réformer le système judiciaire afin de soustraire le Premier ministre aux accusations de corruption portées contre lui au titre de trois procès.

L’intéressé nie résolument avoir commis une quelconque irrégularité, s’estimant victime d’une tentative de coup d’État fomentée par la police, le parquet, les médias et ses rivaux de gauche.

Autrefois à la tête du parti de centre-gauche Avoda, Barak établit un parallèle entre la réforme judiciaire et la menace des forces arabes alliées contre l’État d’Israël naissant, en 1948.

« Sauf qu’aujourd’hui, la menace vient de l’intérieur », a-t-il déclaré, rejetant tout compromis sur la réforme.

S’il est virulent envers le gouvernement, Barak se dit fier des Israéliens qui s’opposent à « cette tentative d’écraser le pouvoir judiciaire ».

Les Israéliens « ne se soumettront pas à la dictature », a-t-il dit.

À l’instar des soldats, à qui l’on enseigne lors de leur service à refuser un ordre illégal, les civils vont s’apercevoir « que ce n’est pas seulement un privilège de refuser [un ordre illégal], mais que c’est [un] devoir », a ajouté Barak.

« Nous avons un contrat avec la démocratie libérale, telle que définie par la Déclaration d’indépendance. Nous n’en avons pas – et il est absolument inenvisageable d’en avoir un – avec un dictateur. L’histoire nous a montré que le monde savait se rappeler qui, au sein des dictatures, avait obéi aux ordres et qui les donnait. »

Barak s’est dit confiant qu’Israël ne se transformerait pas en dictature, même si le combat pour l’empêcher durait des années.

« La population devra s’en charger, au nom de ceux qui ont échoué en prétendant nous représenter », a-t-il déclaré, assurant qu’un mouvement de protestation récurrent mobilisant 3,5 % de la population suffisait à renverser un gouvernement.

« J’ignore la nature des dégâts que ceci occasionnera », a ajouté Barak, « mais je suis certain que nous aurons gain de cause parce que nous sommes du bon côté de l’histoire. Nous n’avons peur de rien ni de personne. »

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