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Ehud Barak compare la négociation sur la réforme à l’apaisement des nazis, puis s’excuse

L’ex-Premier ministre avait publié une photo retouchée comparant Herzog à Neville Chamberlain et, par conséquent, le nouveau gouvernement de Netanyahu à l’Allemagne nazie

L'ex- Premier ministre Ehud Barak prend la parole lors d'une conférence de l'Institut Gazit, à Tel Aviv, le 5 novembre 2022. Illustration (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90/Dossier)
L'ex- Premier ministre Ehud Barak prend la parole lors d'une conférence de l'Institut Gazit, à Tel Aviv, le 5 novembre 2022. Illustration (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90/Dossier)

L’ex-Premier ministre, Ehud Barak, a comparé vendredi la proposition du président Isaac Herzog d’héberger les négociations en vue de trouver un compromis sur le projet de reforme du système judiciaire à la politique d’apaisement du Premier ministre britannique Neville Chamberlain vis-à-vis d’Adolf Hitler.

Barak a diffusé une publication illustrée d’une photo retouchée représentant la tête d’Herzog sur le corps de Chamberlain.

La photo originale est tirée de la déclaration « La paix pour notre temps », que Chamberlain a faite à son retour à Londres, en septembre 1938, suite à la signature des accords de Munich, qui ont concédé à l’Allemagne des territoires tchécoslovaques dans l’espoir d’empêcher le déclenchement d’un conflit de grande ampleur en Europe.

En comparant Herzog à Chamberlain, Barak établit implicitement un lien entre le nouveau gouvernement religieux de droite de Netanyahu et l’Allemagne nazie.

Barak a ensuite supprimé le message et a présenté ses excuses.

« J’ai fait une grave erreur en choisissant cette photo pour mon tweet de ce matin. Je suis profondément désolé et je présente mes excuses au président ainsi qu’à tous ceux qui ont été blessés à juste titre », a-t-il déclaré.

Barak a fait cette comparaison au lendemain de la diffusion de la nouvelle, par la Douzième chaine, que Herzog avait récemment contacté des personnalités de tout bord dans le but de négocier, et proposé une pause de deux semaines pour le projet de loi sur la reforme judiciaire.

Pendant cette période, des négociations « inconditionnelles » pourraient se tenir à la résidence du président, dans le cadre d’une équipe ou d’un comité ad hoc agréé par tous.

« Les manifestations ne cesseront pas », a affirmé Barak sur ses réseaux sociaux.

Il a expliqué que le dialogue ne devait être envisagé que si les tenants de la réforme acceptaient de geler le processus législatif et proposaient un nouveau projet, plus consensuel, susceptible de n’entrer en vigueur qu’à l’issue des prochaines élections.

« À défaut, cela revient à travailler avec un D-9 [bulldozer] et Netanyahu, qui, selon Baharav-Miara, agit illégalement », a déclaré Barak.

Il a ajouté que si les tenants de la réforme n’étaient pas d’accord, Netanyahu devrait immédiatement se mettre en congé des affaires.

Herzog, qui, tout comme Barak, a présidé le parti de centre-gauche Avoda, n’a pas encore réagi.

Les deux hommes se connaissent de longue date, Herzog ayant été secrétaire du cabinet de Barak lorsque ce dernier était Premier ministre entre 1999 et 2001.

Le projet de refonte du ministre de la Justice Yariv Levin, qui est soutenu par Netanyahu, prévoit de restreindre de manière importante la capacité de la Haute-cour à invalider des lois et des décisions gouvernementales avec l’adoption d’une clause dite « dérogatoire » qui permettrait au Parlement de surseoir aux décisions de la Cour suprême avec un vote à la majorité simple de 61 députés. Ces propositions prévoient aussi de donner au gouvernement le contrôle total de la sélection des juges ; de faire disparaître la notion juridique du « caractère raisonnable » du code pénal israélien, une notion sur laquelle s’appuient les magistrats pour juger une législation ou une décision prise par la coalition et elles prévoient également que les ministres seront autorisés à nommer leurs propres conseillers juridiques au lieu de devoir faire appel à ceux qui opèrent sous les auspices du ministère de la Justice.

Le plan a suscité des critiques intenses et des avertissements de la part des plus éminents experts, ainsi que des manifestations massives et des pétitions publiques lancées par des officiels variés, des professionnels et des entreprises privées, qui ont tous averti que ces réformes porteront atteinte à la démocratie et à l’économie. Même le prestigieux secteur de la technologie israélienne a ajouté sa voix ces critiques.

Le cabinet de Herzog n’a pas démenti l’information donnée par la Douzième chaine, soulignant que le président « faisait son possible, depuis plusieurs semaines, pour empêcher la survenue d’une crise constitutionnelle historique et lutter contre le clivage du pays ».

« La résidence du président, espace de neutralité, sert aujourd’hui de cadre à un dialogue fructueux destiné à maintenir la confiance entre les parties et la confidentialité des échanges », a-t-il ajouté.

Il a, en outre, précisé que Herzog avait tenu des réunions ces dernières semaines « avec toutes les parties prenantes, y compris des groupes de réflexion et autres organisations, afin de mettre en place un dialogue de nature à mettre un terme à la crise, dans le respect des principes fondamentaux d’Israël, État juif démocratique, pour le maintien de l’unité de la nation ».

Ni Netanyahu ni son ministre de la Justice, Yariv Levin, qui porte le projet de loi de réforme judiciaire, n’ont fait de commentaire à ce stade. Le reportage de la Douzième chaine évoquait pourtant des sources proches des deux hommes, assurant qu’ils ne suspendraient pas le processus législatif mais étaient ouverts au dialogue.

Le chef du Likud, Benjamin Netanyahu, s’entretenant avec le député Yariv Levin lors de l’élection de ce dernier au poste de président de la Knesset, le 13 décembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mardi, la Treizième chaine évoquait elle aussi la proposition de médiation de Herzog.

Selon cette information, Herzog aurait proposé de constituer une équipe de juristes représentatifs des deux parties au conflit afin d’entamer un cycle de négociations et de présenter un projet à la juge en chef de la Cour suprême, Esther Hayut. Cette dernière aurait accepté à la condition que le processus législatif autour du projet de loi de réforme judiciaire soit arrêté « complètement et immédiatement ».

Lorsque Herzog a parlé de cette condition à Netanyahu et Levin, les deux hommes auraient refusé et le processus de médiation se serait enlisé, a indiqué la Treizième chaine.

Herzog n’est pas le seul à demander instamment au gouvernement intransigeant de Netanyahu de négocier sur son projet de réforme judiciaire.

La semaine passée, le président a lancé un appel aux dirigeants israéliens pour qu’ils « fassent preuve de responsabilité… Prenez le temps nécessaire à cette discussion cruciale », affirmant que ce conflit « pourrait nous consumer tous ».

« L’absence de dialogue nous déchire de l’intérieur. Je vous le dis haut et fort : cette poudrière est sur le point d’exploser. C’est une urgence. »

Herzog a déclaré que la « réforme judiciaire, menée précipitamment et sans négociation, suscitait de vives oppositions et de profondes inquiétudes au sein de la population », priant la coalition d’écouter les diverses communautés d’Israël.

« Nous devons nous efforcer de parvenir à un consensus », a ajouté Herzog.

Le président Isaac Herzog, lors de la conférence de la Fédération des Autorités locales, à Tel Aviv, le 6 décembre 2022. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Plus tôt ce mois-ci, c’est la quasi-totalité des ex-procureurs généraux et procureurs d’État depuis 1975 qui ont signé une lettre ouverte dénonçant les projets du gouvernement au motif qu’ils « menacent de mort le système judiciaire ».

Le mois dernier, Hayut a prononcé un discours particulièrement tonitruant dénonçant les projets du gouvernement Netanyahu, porteurs d’une « menace fatale » pour l’identité démocratique du pays.

Hayut a déclaré que la reforme prévue du système judiciaire porterait atteinte à l’indépendance judiciaire, donnerait à la Knesset un « chèque en blanc » pour adopter toutes les lois qu’elle souhaite – même en violation des droits civils fondamentaux – et priverait les tribunaux des outils nécessaires pour contrôler le pouvoir exécutif.

Levin a fustigé le discours de Hayut, affirmant qu’il confirmait sa propre vision des choses, à savoir que le système judiciaire était politisé. Il lui a même reproché d’avoir violé l’éthique des juges en exercice.

Hier jeudi, la procureure générale Gali Baharav-Miara a remis à Levin un long avis sur le projet de réforme judiciaire, disant qu’il donnerait au gouvernement des pouvoirs quasiment illimités, sans aucune protection institutionnelle pour les droits individuels ou le caractère démocratique d’Israël.

Selon une déclaration des services de la procureure générale, Baharav-Miara aurait dit à Levin que ce projet de loi « altèrerait la nature démocratique de l’État ».

Baharav-Miara a notamment écrit dans cet avis qu’un « projet aussi important » ne devait pas être mené sans consultations approfondies ni un travail préparatoire sérieux.

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