Ehud Barak voit une « possibilité historique » de remplacer Netanyahu
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Ehud Barak voit une « possibilité historique » de remplacer Netanyahu

L'ex-Premier ministre a estimé, dans un discours pouvant laisser présager son retour en politique, que le moment est venu d'offrir un leadership de "vision et d'espoir"

L'ancien ministre de la Défense Ehud Barak à Tel Aviv, le 22 décembre 2017. (Crédit : Flash90)
L'ancien ministre de la Défense Ehud Barak à Tel Aviv, le 22 décembre 2017. (Crédit : Flash90)

Dans des propos énigmatiques qui pourraient éventuellement signaler un projet de retour sur la scène politique, l’ancien Premier ministre Ehud Barak a estimé mardi qu’il y a aujourd’hui une « possibilité réelle et historique » de remplacer le « gouvernement obscur et nationaliste » du Premier ministre Benjamin Netanyahu par un autre qui promettrait « l’espoir et la vision ».

S’exprimant depuis le centre de conférences de Katedra, à Tel Aviv, Barak a dit : « Il existe une possibilité historique très réelle d’établir un leadership alternatif – fort, uni, sobre et sans peur, qui apportera de la vision, l’espoir et des capacités ».

Il n’est pas rentré davantage dans les détails sur ce que pourrait inclure cette nouvelle impulsion.

Barak, 76 ans, qui a été le ministre de la Défense de Netanyahu entre 2009 et 2013, est au cours de l’année passée devenu un fervent critique du Premier ministre, un grand nombre d’observateurs considérant qu’il pourrait ainsi préparer un retour en politique.

Dans son discours de mardi, il a expliqué que le gouvernement Netanyahu a, ces dernières années, construit une plate-forme politique basée sur « une crainte profonde des ‘étrangers’, des ‘non-Juifs’, des ‘ennemis’ de l’extérieur, et des ‘traîtres’ et des ‘collaborateurs’ de l’intérieur ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son ministre de la Défense d’alors, Ehud Barak, pendant une conférence de presse au bureau du Premier ministre, le 21 novembre 2012. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Ce gouvernement, a-t-il dit, s’affaire à « dresser les Israéliens les uns contre les autres et à semer la haine des étrangers, des populations faibles et des minorités ».

« Cet obscur gouvernement nationaliste qui nous dirige aujourd’hui ne se joint pas à ces pays [en Europe] qui défendent les valeurs de la liberté, du progrès et de l’égalité », a-t-il ajouté.

« Il rejoint plutôt les centres européens du nationalisme lugubre – la Hongrie, la république Tchèque, la Slovaquie et, bien sûr, la Pologne ». « Pour cette dernière, le Premier ministre a eu la volonté d’effacer les crimes du passé même s’il fallait pour cela trahir la mémoire des morts et insulter les survivants – et ce, tant que Varsovie renverrait l’ascenseur lorsque c’est nécessaire à travers des votes au siège de l’Union européenne de Bruxelles ».

Le Premier ministre a fait l’objet d’intenses critiques dénonçant sa tentative de blanchir l’histoire de la Shoah après la publication par les gouvernements israélien et polonais d’une déclaration conjointe qui, selon les critiques, a offert aux Polonais une absolution non-méritée sur les crimes commis dans le pays durant la Deuxième guerre mondiale. Il a depuis promis de revoir la position israélienne.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une conférence de presse au ministère de la Défense à Tel Aviv le 27 juin 2018 pour discuter de la loi polonaise amendée sur la Shoah. (Tomer Neuberg/Flash90)

Barak a accusé Netanyahu d’utiliser une tactique basée sur la peur pour se maintenir au pouvoir tandis que « la seule véritable actuelle menace existentielle à Israël est interne ».

Il a ajouté que « la menace existentielle est inhérente à la vision et au dessein de Netanyahu et des extrémistes : Déjouer toute possibilité de divorce des Palestiniens » par le biais d’une solution à deux Etats.

« Le seul résultat inévitable de cette manière d’agir est la désintégration d’Israël en nation avec une majorité musulmane et des violences et des conflits internes constants, un pays qui n’est ni Juif, ni démocratique, ni sioniste ».

Le parti du Likud de Netanyahu a indiqué en réponse à ces propos qu’il « est inutile de répondre à la tentative hebdomadaire d’Ehud Barak, le pire Premier ministre de l’histoire israélienne, de glaner quelques gros titres ».

Au mois de décembre, Barak, dans une lettre ouverte du New York Times, avait expliqué que le gouvernement actuel mettait en péril le projet sioniste dans son ensemble dans la mesure où il se rapprochait d’une annexion de la Cisjordanie, « empêchant toute séparation permanente des Palestiniens ».

Il avait accusé le gouvernement dirigé par Netanyahu d’afficher un irrespect généralisé pour l’Etat de droit et affirmé qu’il avait « déclaré la guerre » aux tribunaux, aux médias, à la société civile, et au code éthique de l’armée israélienne.

L’ancien Premier ministre Ehud Barak assiste à une conférence marquant le 50ème anniversaire de la guerre des Six Jours, à l’Institut Ben Zvi de Jérusalem le 5 juin 2017 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Barak est l’homme qui est resté le plus longtemps au poste d’Etat-major et le soldat le plus décoré. Il est devenu Premier ministre en 1999 après avoir battu Netanyahu lors des élections.

Suite à sa défaite, en 2001, face à feu Ariel Sharon, Barak avait pris temporairement sa retraite politique mais il était ensuite retourné en 2005 au Parti travailliste.

De 2007 à 2013, il avait été ministre de la Défense, sous Netanyahu pendant les quatre dernières années.

En 2011, il avait quitté les travaillistes accompagné de quatre autres députés et il avait formé le parti de l’Indépendance – dont l’existence a été brève – afin de rester au sein de la coalition de Netanyahu malgré l’objection de la majorité du parti travailliste. La formation avait été effectivement démantelée lors de la seconde retraite de la politique de Barak, en 2013.

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