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Ekrem Imamoglu, l’ambitieux maire d’Istanbul qui dérange Erdogan

Etoile montante de la scène politique turque, il a été condamné à plus de deux et quinze mois de prison et à une suspension de toute activité politique pendant la même durée

Le candidat de l'opposition turque aux élections municipales d'Istanbul Ekrem Imamoglu, en campagne, le 22 mai 2019. (Crédit : OZAN KOSE / AFP)
Le candidat de l'opposition turque aux élections municipales d'Istanbul Ekrem Imamoglu, en campagne, le 22 mai 2019. (Crédit : OZAN KOSE / AFP)

Le maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu, érigé en champion de l’opposition au président Recep Tayyip Erdogan après son élection en 2019, s’est lui aussi retrouvé dans le viseur du régime.

Etoile montante de la scène politique turque, il a été condamné mercredi à plus de deux et quinze mois de prison, et à une suspension de toute activité politique pendant la même durée par un tribunal d’Istanbul.

Ekrem Imamoglu – qui a aussitôt annoncé qu’il fera appel, ce qui suspend l’application des peines – était poursuivi pour « insulte » proférée après avoir vu sa première victoire aux municipales, remportée de justesse en mars 2019, être annulée par le haut conseil électoral.

Cette décision, mal avisée, lui avait assuré, trois mois plus tard, un triomphe éclatant à la faveur d’une nouvelle élection.

« Les gens qui ont pris cette décision sont des idiots », avait-il lancé en novembre de la même année. Il a depuis expliqué qu’il n’avait fait que retourner une insulte au ministre de l’Intérieur.

Avec ses lunettes sans monture, son flegme et ses chemises blanches, le quinquagénaire (il a eu 52 ans en juin), quasi inconnu il y a encore quatre ans, ne semblait pas alors représenter une menace particulière.

Le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, rejoint ses partisan devant la municipalité métropolitaine d’Istanbul lors d’une manifestation à Istanbul, après qu’un tribunal turc l’a condamné à près de trois ans de prison dans un procès à charge politique, le 14 décembre 2022. (Crédit : Yasin AKGUL/AFP)

Et pourtant, cet habile communicant a infligé sa plus humiliante défaite au parti AKP de M. Erdogan, qui régnait sur la mégapole depuis vingt-cinq années.

Avec cette prise de guerre pour son parti, le CHP (social-démocrate) – également vainqueur à Ankara, la capitale -, M. Imamoglu apparaissait capable de défier le chef de l’Etat, âgé de 68 ans et confronté à une grave crise économique, lors de la prochaine élection présidentielle en 2023.

De récents sondages l’ont montré, ainsi que le plus discret maire CHP d’Ankara, Mansur Yavas, comme l’un des mieux à même de mettre fin aux deux décennies de domination de l’AKP et de M. Erdogan sur la vie politique turque.

Pressentant néanmoins qu’il pourrait être empêché, Ekrem Imamoglu ne manque pas d’exprimer son soutien au leader du CHP, Kemal Kilicdaroglu: « Aujourd’hui tu es dans l’opposition, demain tu seras à la tête du pays ».

Ce qui ne l’a pas privé d’affirmer, mardi soir à la veille de son procès, que ses « épaules sont capables de porter toutes sortes de responsabilité ».

Tremplin vers le pouvoir

A six mois du scrutin, l’Alliance de l’opposition, plateforme de six partis dont le CHP, n’a pas encore désigné celui qui partira au front contre l’AKP et M. Erdogan.

Musulman pratiquant, quoique membre du CHP laïque fondé par Mustafa Kemal « Atatürk », le « père » de la République turque, Ekrem Imamoglu avait su séduire Istanbul au-delà de son parti et mercredi, les représentants de plusieurs formations d’opposition ont convergé vers les bureaux pour afficher leur soutien.

Au soir de sa victoire en 2019, il avait invité M. Erdogan « à travailler ensemble pour servir Istanbul ».

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’exprime devant le parlement à l’Assemblée nationale générale de la Turquie à Ankara, le 1er octobre 2022. (Crédit : Adem ALTAN / AFP)

Mais le chef de l’Etat ne lui a jamais pardonné sa victoire. D’autant qu’Istanbul, dont il fut le maire (1994-1998), lui avait aussi servi de tremplin jusqu’au sommet du pouvoir.

Depuis, Imamoglu est loin d’avoir accompli un sans faute à la tête de la puissante mégapole, la plus riche ville du pays.

Son manque d’anticipation et de réaction en janvier dernier, lors d’une tempête de neige qui avait paralysé le principal aéroport d’Istanbul, lui a été reproché tout comme une tournée hors d’Istanbul avec la presse pro-gouvernemenale.

Jusque dans son camp, certains l’accusent de se préoccuper davantage de son avenir politique que de ses administrés.

Mais le régime n’a pas manqué non plus de s’en prendre à lui à chaque occasion.

Il a ainsi été accusé de faire « l’éloge de criminels » après ses rencontres avec des maires issus du Parti démocratique des peuples (HDP), formation prokurde menacée d’interdiction et dont le leader est en prison.

Né en 1970 à Trabzon (nord-est), sur les bords de la mer Noire, M. Imamoglu partage avec le président Erdogan une passion pour le football, qu’il a pratiqué au niveau amateur avant d’intégrer la direction du club de sa ville natale, Trabzonspor – champion national en titre.

Homme d’affaires, il a fait fortune dans le bâtiment avant de se lancer en politique.

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