Elargir l’antisémitisme à l’anti-sionisme : l’annonce de Macron interroge
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Elargir l’antisémitisme à l’anti-sionisme : l’annonce de Macron interroge

Après la multiplication récente des actes antisémites en France, le président français s'est engagé auprès des représentants des institutions juives à pénaliser l'antisionisme

Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du 34e dîner annuel du groupe CRIF, Conseil représentatif des institutions juives de France, à Paris, le mercredi 20 février 2019. (Crédit : Ludovic Marin, Pool Photo via AP)
Le président français Emmanuel Macron prononce un discours lors du 34e dîner annuel du groupe CRIF, Conseil représentatif des institutions juives de France, à Paris, le mercredi 20 février 2019. (Crédit : Ludovic Marin, Pool Photo via AP)

Emmanuel Macron a affirmé mercredi au dîner du Crif vouloir élargir la définition de l’antisémitisme à l’antisionisme, sans modifier le code pénal et en s’appuyant sur un texte non contraignant adopté par plusieurs pays européens.

Qu’a dit Emmanuel Macron au Crif ?

« L’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme », a déclaré le chef de l’Etat. « C’est pourquoi (…) la France (…) mettra en œuvre la définition de l’antisémitisme adoptée par l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah. Il ne s’agit pas de modifier le code pénal, encore moins d’empêcher ceux qui veulent critiquer (…) la politique israélienne de le faire ».

« Il s’agit de préciser et raffermir les pratiques de nos forces de l’ordre, de nos magistrats, de nos enseignants, de leur permettre de mieux lutter contre ceux qui cachent derrière le rejet d’Israël la négation même de l’existence d’Israël », a-t-il ajouté.

Cette annonce a créé une certaine confusion, M. Macron s’étant déclaré la veille opposé à une proposition de loi qui prévoyait de réprimer l’antisionisme au même titre que l’antisémitisme.

Quelles différences entre antisémitisme et anti-sionisme ?

« Il n’y a pas en France de définition officielle de l’antisémitisme, tout comme il n’y a pas de définition officielle, par exemple, du racisme antimusulman ou envers les personnes asiatiques. Notre droit est fondé sur une conception universaliste et globale, pas sur un ciblage explicite de chaque religion », explique Frédéric Potier, le Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah).

L’avocat Richard Malka abonde : « La loi n’utilise jamais le terme ‘antisémitisme’. De même qu’elle n’utilise jamais le mot ‘juif’ ou ‘musulman’ ou ‘catholique' ».

L’antisémitisme est appréhendé par le droit pénal à travers la loi de 1881 sur la liberté de la presse, pour ce qui est des injures publiques, de la provocation publique à la haine et de la provocation publique à la discrimination fondées sur l’appartenance « à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ».

Pas de définition officielle non plus de l’antisionisme, parfois décrit comme la contestation de l’existence même de l’Etat hébreu ou comme la critique des mesures visant à instaurer un « Grand Israël » au détriment des Palestiniens.

Selon la Chancellerie, les tribunaux peuvent déjà condamner des personnes qui, « sous couvert d’un antisionisme de circonstance, véhiculent en réalité un antisémitisme réel ». « A charge pour l’accusation d’établir que le mobile final vise bien à s’en prendre à un individu soit à raison de sa religion, soit à raison de sa nationalité ».

Que dit l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) ?

La définition de l’antisémitisme à laquelle s’est référé Emmanuel Macron renvoie à un texte adopté en mai 2016 par 31 pays européens, dont la France.

« L’antisémitisme est une certaine perception des Juifs, qui peut s’exprimer par de la haine envers les Juifs. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme sont dirigées vers des personnes juives ou non juives, et /ou leurs biens, vers les institutions communautaires ou lieux de culte juifs », indique ce texte rédigé en anglais.

Le terme d' »antisionisme » n’y figure donc pas expressément, mais une annexe inclut toutefois le fait de « nier aux Juifs leur droit à l’auto-détermination, par exemple en affirmant que l’existence d’un Etat israélien est (…) raciste ».

Quels effets concrets ?

L’annonce présidentielle revient à adopter ces recommandations qui permettront de mieux former les agents publics – forces de l’ordre, magistrats et enseignants -, selon l’Elysée.

« Lors de formations de policiers et de gendarmes, on peut faire des études de cas, par exemple de personnes brandissant des pancartes portant les inscriptions ‘morts aux sionistes’, et dans les décryptages, on explicite le fait que ce sont les Juifs qui sont visés. Cela leur permettra ensuite de mieux caractériser les enquêtes et appréhender les situations concrètes », explique Frédéric Potier.

« Pour les enseignants, dans les écoles de formation, on peut imaginer un atelier où la définition sera décortiquée », pour « aider à répondre aux élèves », ajoute-t-il.

La majorité LREM de son côté va « adopter une résolution » non contraignante reconnaissant « l’antisionisme comme une forme déguisée d’antisémitisme ».

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