Rechercher

Élections sous menace de cyberattaques et de manipulations étrangères

Alors que Facebook et Meta ont pris des mesures contre les fake news, Israël - peut-être en raison de sa petite population communiquant principalement en hébreu - n'a pas bénéficié de la même attention

Des travailleurs préparent des urnes pour les prochaines élections, dans l'entrepôt du Comité central des élections à Shoham, le 12 octobre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des travailleurs préparent des urnes pour les prochaines élections, dans l'entrepôt du Comité central des élections à Shoham, le 12 octobre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

A la veille de nouvelles législatives, Israël se prépare à des cyberattaques et des campagnes d’influence menées par des Etats ennemis, notamment l’Iran, visant à perturber le scrutin ou à polariser davantage un pays en pleine crise politique.

Une journée électorale est une « cible de choix pour les campagnes d’influence » contre l’Etat hébreu, qui tient mardi ses cinquièmes législatives en trois ans et demi, a prévenu le ministre des Communications, Yoaz Hendel.

L’Autorité nationale de la cybersécurité se prépare à contrecarrer des attaques directes visant à mettre hors service les serveurs du comité électoral central et les infrastructures nationales.

Mais une autre menace, plus élusive, suscite aussi l’inquiétude : « il y a un risque d’intervention étrangère » via des campagnes d’influence, estime Yitzhak Amit, président du comité central des élections.

Le député Kakhol lavan Yoaz Hendel, le 8 septembre 2019. (Crédit : Flash90)

« Il y a des aspects techniques comme l’attaque de sites web et il y a des questions de contenu, comme les fake news ou la délégitimation des résultats », ajoute-t-il, l’objectif étant de « nuire à la démocratie (…) de provoquer des schismes, des suspicions ».

« Le principal danger est d’essayer d’influencer la société israélienne en diffusant des mensonges à contenu politique », affirme Ofir Barel, chercheur en cybersécurité à l’université de Tel Aviv, notant que les Iraniens sont « le facteur dominant ces dernières années en Israël ».

« Nous voyons parfois apparaître de faux comptes iraniens, suivis par des centaines de personnes, qui diffusent des messages de division et d’incitation à la violence, ou des mensonges pour nuire à l’image d’une personnalité politique », ajoute-t-il.

« Le but n’est pas de nuire directement à un politicien spécifique, mais d’encourager la polarisation et le chaos dans la politique israélienne, qui est déjà compliquée en raison de l’impasse politique », dit-il.

Les employés de Facebook prennent une photo avec le nouveau nom et le nouveau logo de l’entreprise à l’extérieur de son siège social à Menlo Park, en Californie, le jeudi 28 octobre 2021, après que l’entreprise a annoncé qu’elle changeait son nom pour Meta Platforms Inc. (AP Photo/Tony Avelaire)

Dans une lettre adressée à Facebook et à sa maison-mère Meta, l’association Internet israélienne (ISOC-IL), qui défend un accès sûr au Web, a ainsi mis en garde contre « l’absence de préparation suffisante des réseaux sociaux avant les élections en Israël ».

Alors que Facebook et Meta ont pris des mesures contre les fausses informations, l’incitation et les campagnes d’influence étrangères dans d’autres pays tels que l’Inde, le Brésil et les Etats-Unis, Israël – peut-être en raison de sa petite population communiquant principalement en hébreu – n’a pas bénéficié de la même attention.

En Israël, des organisations de la société civile ont joué un rôle clé pour démasquer des campagnes d’influence à l’instar du groupe Fake Reporter qui a récemment révélé un groupe d’une centaine de profils Facebook ciblant les partisans du chef de l’opposition Benjamin Netanyahu. Et un autre réseau de 40 faux comptes avait encouragé un politicien d’extrême droite à rompre avec son allié électoral.

L’Institut d’études de sécurité nationale (INSS) de l’université de Tel Aviv a récemment organisé une simulation de cyberattaques et de campagnes d’influence visant à affecter les élections et leurs résultats.

Le général de division Tamir Hayman, chef du renseignement militaire, lors de la conférence internationale annuelle de l’Institut d’études sur la sécurité nationale, à Tel Aviv, le 28 janvier 2020. (Crédit : Tomer Neuberg/FLASH90)

Même si le risque d’une cyber-attaque pendant les élections n’est « pas élevé » car les Israéliens votent avec des bulletins en papier, les réseaux sociaux sont « ouverts et susceptibles d’être influencés par l’étranger », estime le directeur de l’INSS, Tamir Hayman, jusque récemment chef du renseignement militaire israélien.

Une telle influence pourrait servir à remettre en cause la « légitimité et même les résultats » du processus de vote dans un scrutin qui s’annonce de surcroît serré entre le « bloc de droite » de Benjamin Netanyahu et les partis susceptibles de soutenir le Premier ministre sortant, le centriste Yaïr Lapid, prévient M. Hayman.

« Il est temps qu’Israël se dote d’un organe officiel, ayant la responsabilité et l’autorité de défendre la démocratie israélienne contre les tentatives d’influence venues de l’étranger », plaide-t-il.

Si les campagnes d’influence se nourrissent de l’intérêt et de l’attention active des internautes, la multiplication récente des élections en Israël et la fatigue électorale qui en découle pourraient servir à la torpiller.

Les électeurs sont « davantage en alerte, ils ne croient pas tout ce qui est publié », souligne Ofir Barel, chercheur de l’université de Tel Aviv. « Après tant de votes en si peu de temps, les gens sont fatigués des élections et de la politique, ils ne s’en soucient plus autant ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...