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La faible dématérialisation du scrutin en Israël contribue (justement) à sa sécurité

Du vote au dépouillement par la Commission électorale centrale, Israël a de nombreux moyens de s’assurer de l’exactitude des résultats

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

La directrice générale de la Commission électorale centrale de la Knesset, Orly Adas, à Jérusalem, le 14 septembre 2022 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
La directrice générale de la Commission électorale centrale de la Knesset, Orly Adas, à Jérusalem, le 14 septembre 2022 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Près de 6,8 millions d’Israéliens pourront voter lors du scrutin du 1er novembre destiné à élire la 25e Knesset d’Israël.

Qui assure le dépouillement des bulletins de vote glissés dans les urnes des quelque 11 707 bureaux de vote du pays, et comment les autorités électorales garantissent-elles l’intégrité du vote et du dépouillement ?

Jeudi dernier, le président Isaac Herzog a lancé un appel à l’ensemble des partis politiques leur demandant d’accepter, sans les contester, les résultat des élections à venir.

Dimanche, son appel a été doublé par celui du Premier ministre Yair Lapid, confiant ses craintes que ses rivaux politiques du Likud ne mettent en doute les futurs résultats.

Le Likud a catégoriquement réfuté et déclaré qu’il respecterait la « décision des électeurs ».

Orly Adas, directrice générale de la Commission électorale centrale (CEC), responsable de l’organisation du scrutin et de son intégrité, a expliqué mercredi que la nature même du système électoral israélien était propice à une surveillance étroite des opérations.

Elle s’est dite confiante du caractère libre et équitable du prochain scrutin.

Les bureaux de vote, a expliqué Adas aux journalistes réunis à la Knesset, se trouvent placés sous la surveillance de personnes clés chargées de s’assurer de l’intégralité et de la neutralité des opérations.

Le secrétaire du bureau de vote – employé de la CEC – se trouve à la tête d’un comité composé de trois assesseurs, affiliés aux partis politiques en lice, et d’un inspecteur diligenté et rémunéré par l’État. À l’extérieur du poste, un policier assure la sécurité des accès.

Les assesseurs affiliés aux partis politiques – représentant les 13 partis de la Knesset sortante – sont mis en place par la CEC, qui a soin de ne jamais affecter plus d’un membre du même parti au sein d’un même bureau de vote.

Ces assesseurs, qui se contrôlent mutuellement, ont vocation à détecter et éviter fraudes et malversations.

L’inspecteur diligenté par la CEC quant à lui, présent à tout moment dans le bureau de vote et particulièrement pendant les opérations de dépouillement, est autorisé à filmer sous conditions, la principale tenant à la protection de la vie privée des électeurs.

L’inspecteur est la seule personne autorisée à filmer à l’intérieur du bureau de vote, a rappelé Adas et la CEC après les déclarations du chef du Likud, Benjamin Netanyahu, en faveur de la présence d’inspecteurs armés de caméras pour superviser le dépouillement.

Le député Mansour Abbas, leader de Raam, vote lors des élections législatives israéliennes dans un bureau de vote à Maghar, en Israël, le 23 mars 2021. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

Lors d’une discussion sur Twitter la semaine passée, Netanyahu avait en effet déclaré que le Likud enverrait des superviseurs pour « filmer le dépouillement… Cette fois, il y aura des preuves du décompte. »

Un porte-parole du parti a déclaré plus tard que le Likud se conformerait à la loi.

« L’autorisation de filmer à l’intérieur d’un bureau de vote ne peut être donnée que par la présidente de la CEC », a rappelé Adas, en réponse aux questions des journalistes sur la possibilité pour les partis de filmer les opérations de dépouillement.

Le soir du scrutin, à la fermeture des bureaux, le dépouillement est effectué sur place par la même équipe.

Il s’agit d’un processus long et ardu, consistant pour les membres du comité politique financé par l’État à ouvrir ensemble les bulletins, un par un, tenir chacun un décompte des votes qu’ils attribuent ensuite aux différents partis.

Les bulletins sont ensuite rassemblés dans des sacs et acheminés jusqu’à la Knesset, pour l’enregistrement des résultats.

Le risque de double vote est limité par l’utilisation de méthodes simples, parmi lesquelles l’attribution d’un bureau de vote à chaque électeur. Les électeurs amenés à voter dans un bureau different de leur bureau de rattachement déposent un bulletin de vote sous double enveloppe et leur nom peut être vérifié sur la liste de leur bureau officiel, afin de s’assurer qu’ils ne votent pas deux fois.

Des ouvriers préparent des urnes pour les prochaines élections israéliennes, dans l’entrepôt de la commission centrale électorale à Shoham, avant qu’elles ne soient expédiées aux bureaux de vote, le 12 octobre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Adas a regretté que certains « tentent » de voter deux fois.

« Cela constitue une infraction pénale. Chacune de ces enveloppes est tracée ».

Elle n’a pas pour autant précisé de quelle manière les bulletins de vote d’un électeur ayant voté à deux reprises seraient écartés.

S’agissant du sujet plus général de la fraude électorale, Adas a déclaré que le système de vote papier – qui en a interpellé plus d’un dans la Start up Nation – contribuait à l’intégrité du scrutin.

« Lorsque le vote et le dépouillement sont effectués à la main », il est impossible de procéder à une fraude massive, a-t-elle expliqué.

Selon Adas, le budget de la CEC pour le prochain scrutin est de 538 millions de shekels et de l’ordre de 2,2 milliards cumulés pour les cinq derniers scrutins depuis fin 2018.

Ce chiffre n’inclut pas les surcoûts induits, comme ceux liés à la neutralisation du jour du scrutin, officiellement férié.

Ce budget conséquent garantit l’intégrité de ce qu’Adas a qualifié « de plus importante opération civile dans la vie de l’État d’Israël », opération qui permettra au corps électoral de décider si oui ou non elle aura vocation à se répéter sous peu.

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